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L’économie politique de la révolution en deux barils trois mouvements

18 mars 2019 à 10 h 00 min

L’après-Bouteflika est miné économiquement, par quoi ? L’économie algérienne est sur une trajectoire de banqueroute sur la distance d’un mandat présidentiel. Mais ses difficultés pourraient ne pas attendre la fonte définitive des réserves de change à raison de 12 à 18 milliards de dollars par an pour devenir politiquement intenables. Le tableau ressemble finalement par beaucoup d’aspects à celui de l’ouverture démocratique de l’après- octobre 88.

Il a fallu attendre une année entière avant d’engager à partir de septembre 1989 la transformation en profondeur que nécessitait l’économie étatique des années Chadli. Les réformes économiques se télescopent avec une expression populaire demandeuse d’un mieux-être social. Dans le cas de la Révolution en cours, l’expression de cette demande est cachée par la revendication démocratique de recouvrement de la citoyenneté. Elle reviendra en première ligne dès les premiers pas du prochain pouvoir issu de la Révolution.

C’est ce qui s’est passé en Tunisie sous la présidence de Moncef Marzouki, arrivé aux affaires dès la fin de l’année 2011 dans un contexte récessif lié à l’incertitude post-Benali. Les réformes qui comportent un chapitre austérité sont rarement celles qu’engage en premier un régime politique issu de l’expression populaire. Même le mouvement de gauche radicale Syriza, en Grèce, a dû faire, en 2015, un bref passage par la résistance à l’Union européenne et aux autres bailleurs de fonds et créanciers multilatéraux avant d’accepter un plan d’austérité très dur. Le calendrier économique de la transition est souvent décalé.

Dans le cas algérien, il ne peut pas l’être beaucoup. Le temps compte. D’autant que le chantier est très probablement plus ample qu’il n’y paraît. Le financement des déficits par la planche à billets a déjà largement dérapé. De lourdes incertitudes pèsent sur le rendement des principaux gisements de pétrole et de gaz dans le Sahara, et la courbe d’augmentation de la consommation énergétique interne n’arrive toujours pas à être lissée. Les atouts d’un Exécutif démocratiquement issu des urnes peuvent vite s’estomper dans un tel contexte. Il faut le savoir. Et commencer à l’enseigner aussitôt finie l’ère Bouteflika.

La diversité sociale des manifestations contre la prétention du régime politique à se maintenir en Algérie a surpris tout le monde. A l’inverse d’Octobre 88, le processus révolutionnaire du 22 février n’est pas l’émanation de jeunes marginalisés ou de moins jeunes déclassés. C’est un mouvement intergénérationnel et interclassistes. La petite bourgeoisie urbaine y est aussi fortement représentée, proportionnellement à sa démographie, que ne le sont les classes populaires. La propagande officielle tente d’ailleurs dans la bouche de Lakhdar Brahimi et de Lamtane Lamamra de réduire la révolte citoyenne aux seuls jeunes, et par ricochet aux jeunes non insérés.

Assertion à laquelle on a tordu le cou tous les vendredis depuis 4 semaines. En réalité, le pouvoir politique algérien n’a pas su générer une économie suffisamment diversifiée pour sortir de la mono-exportation primaire. Il a par contre financé l’autonomisation d’une partie de la société algérienne qui par différents canaux (aide au logement, aide à la création d’entreprises, subventions) a réussi à se consolider économiquement au point de devenir un acteur demandeur de droits politiques.

En 1988, seuls les jeunes ont exprimé à leur manière leur colère face à l’impasse de l’Etat Léviathan qui ne pouvait plus assurer son contrat social. La très grande majorité des Algériens avait comme employeur l’Etat. 100% des journalistes par exemple. Cela impactait la composante du soulèvement d’Octobre. En 2019, la proportion des Algériens qui sont dans la rue et dont l’Etat n’est pas l’employeur direct a prodigieusement changé.

Salariés d’entreprises privées ou de multinationales, commerçants, retraités, professions libérales, jeunes entrepreneurs, sont aussi nombreux que les enseignants, les médecins, les fonctionnaires de toute administration ou même encore que les salariés du secteur public économique dont la part de l’emploi n’a fait que décroître ces 30 dernières années. Une fois de plus, la distribution rentière clientéliste des années Bouteflika espérait corrompre l’expression politique des Algériens. Elle a empêché une distribution performante des ressources de l’Etat gaspillées dans un pacte mou antiéconomique. Mais elle a, dans le même temps, sans que le mouvement puisse être mesure dans sa profondeur, créer une base matérielle à l’autonomisation suffisante des acteurs sociaux pour qu’ils s’émancipent du statut de consommateurs de la rente vers celui de citoyens.

Faudra-t-il aller jusqu’à la grève dans l’amont pétrolier pour faire gagner le mouvement populaire ? C’est l’objet d’un échange policé entre deux spécialistes pétroliers, Mourad Preure et Ali Aissaoui, cette semaine sur Maghreb Emergent. Le premier estime qu’il faut mettre à l’abri Sonatrach de la tentation de la grève, car les dommages sur les puits d’exploitation pourraient être irréversibles. Le second considère qu’il existe des moyens de pression et des formes de lutte pour les travailleurs du secteur pétrolier qui ont fait leurs preuves ailleurs dans le monde sans mettre en péril l’industrie de la filière.

Les arguments se tiennent dans les deux cas. La question est donc de savoir si le régime fini de Abdelaziz Bouteflika veut réaliser une autre première. Faire qu’après avoir été le premier à fédérer autant d’Algériens contre lui, devenir le premier aussi à provoquer une baisse de la production d’hydrocarbures sur les champs de Sonatrach pour des motifs politiques. Même les années noires du terrorisme n’avaient pas réussi à perturber la filière de l’amont vers l’aval. L’Algérie est tout le temps restée un fournisseur stable de pétrole et de gaz pour ses clients. Il pourrait bien y avoir un début à tout dans le contexte révolutionnaire montant.

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