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MAINTIEN DE LA FERMETURE DES FRONTIÈRES

Le tourisme tunisien souffre de la défection des Algériens

20 juillet 2020 à 9 h 45 min

Avec la décision présidentielle prise au terme du Conseil des ministres, du 29 juin dernier, de maintenir fermées, jusqu’à nouvel ordre, outre celles aériennes et maritimes, des frontières terrestres, les réactions des voisins de l’Est ne se sont pas fait attendre, aussi bien du côté des officiels que sur la Toile.

Quelques jours plus tard, le ministre tunisien de la Santé, Abdellatif Mekki, déclarait, dans un entretien à la télévision publique française France 24, que «les Algériens sont les bienvenus en Tunisie dès maintenant… Nous avons les protocoles qu’il faut, sauf que l’Algérie a décidé de maintenir la fermeture de ses frontières jusqu’au 13 juillet». Pour le même ministre, lorsque l’Algérie et la Libye auront décidé de rouvrir leurs frontières, son pays sera prêt à «les recevoir, selon des protocoles sanitaires basés sur des fondements scientifiques», et ce, tout en poursuivant les discussions autour «des détails en accord avec ces pays voisins».

Pour la plupart des internautes tunisiens, les touristes algériens feraient mieux de rester chez eux, jugeant la décision salutaire pour leur pays compte tenu de la recrudescence des contaminations à la Covid-19 en Algérie. Pourtant, c’est sur ces mêmes Algériens que le secteur du tourisme tunisien a toujours misé, surtout en période estivale, avec des records répétitifs d’entrées ou de séjours, médicaux, touristiques ou d’affaires, comparativement aux autres nationalités.

Pour preuve, malgré la situation sanitaire, «bien maîtrisée», avec un nombre insignifiant de nouvelles contaminations au coronavirus, à en croire les statistiques officielles, la rigueur et le contrôle tatillon dans l’application des mesures barrières ainsi que la mise en œuvre d’un protocole de sécurité sanitaire quasi infaillible et l’amélioration des conditions d’accès, les touristes étrangers auxquels sont rouvertes, depuis plus d’une quinzaine de jours, les frontières aériennes et maritimes, ne se bousculent pas pour aller passer leurs vacances estivales en Tunisie. En effet, de l’aveu même d’un haut responsable de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques (FTRT), le secteur «n’a toujours pas enregistré des réservations dans les hôtels tunisiens, que ce soit de la part des Tunisiens ou des touristes».

Outre l’absence des juilletistes et aoûtiens algériens, ces gros clients traditionnels, les professionnels du voyage internationaux, européens surtout, peinent à «organiser des séjours à destination de plusieurs pays dont la Tunisie», laisse-t-il entendre. Et d’avouer encore : «…On ne peut en aucun cas parler de saison touristique cette année en Tunisie, il faut juste se pencher sur la préservation des postes d’emploi dans ce secteur et se préparer à la prochaine saison». Inquiétude partagée, la puissante Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), laquelle n’a, par contre, jamais nié l’apport, non négligeable, du marché algérien dans la promotion de la destination Tunisie.

D’autant que ce marché assure au secteur une croissance oscillant, bon an, mal an, entre 5 à 7%, grâce aux plus de 2 millions d’Algériens qui se rendent chaque année en Tunisie pour de courts, moyens et longs séjours (soins médicaux, esthétiques, affaires, commerce, fêtes de fin d’année ou vacances estivales).

Aussi, en termes relatifs, la FTH n’est pas près d’oublier le retentissant record de 2016. Au moins 1,5 million de visiteurs algériens dont 700 000 de janvier à la mi-août, avaient franchi la frontière tunisienne. Rien qu’à Sousse, l’une des destinations les plus prisées par les touristes algériens, 30 000 à 50 000 y avaient séjourné dans des hôtels étoilés de la région, de janvier à fin juillet de la même année. Un tel record, comment avait-il pu être atteint et pourquoi en 2016, pas avant ni après et pourquoi autant de touristes nationaux à Sousse, en particulier ? Bien qu’elles aient été boudées par les voyagistes européens à cause des deux attentats terroristes de Bardo (18 mars 2015) et de Sousse (26 juin 2015), les villes touristiques tunisiennes avaient, en revanche, continué de drainer un nombre sans cesse grandissant d’Algériens.

En effet, si le nombre de touristes issus du vieux Continent s’était sensiblement contracté de janvier à septembre 2015, car amputé de près de la moitié, la même période, particulièrement difficile, avait, par contre, été marquée par une hausse de 17% à l’actif des Algériens.

C’était donc bel et bien sur ces mêmes Algériens, devenus des «pestiférés», que le voisin de l’Est, qui, à l’époque, ne figurerait plus parmi les destinations dites «Safe», pouvait compter pour amortir l’impact et compenser le manque à gagner induit par l’éclipse des touristes européens. «70% de notre clientèle provient des pays frontaliers (Algérie et Libye) et de grands pays européens (France, Allemagne, Italie)», reconnaissait Elyès Fakhfakh, ex-ministre du Tourisme tunisien.

Mieux, à chaque fois, les Algériens répondaient présent pour aider à sauver le tourisme tunisien, déterminant, pour ne pas dire vital, pour l’économie du pays ; il fait vivre près d’un cinquième de la population et pèse plus de 14% du PIB. Solidarité systématique, nos compatriotes n’en avaient-ils pas également témoigné bien avant la période des attentats Sousse/Bardo ? Certains Tunisiens et beaucoup d’Algériens s’en souviennent encore : ce fut quelques mois après l’éclatement de la révolution du Jasmin en janvier 2011.

Ils étaient des dizaines de milliers à affluer sur la frontière, répondant, en quelque sorte, au SOS du ministre tunisien du Commerce et du Tourisme de l’époque, qui avait retenti du haut de la tribune de l’hôtel Hilton à Alger : «Les Tunisiens ont besoin du regard de leurs frères algériens pour se rassurer… Nous avons sur les bras un sérieux problème, celui d’assurer un emploi à quelque 700 000 chômeurs tunisiens dont près d’un tiers sont universitaires», insistait-il.

Car, quatre mois à peine après le soulèvement populaire, les revenus touristiques avaient chuté de plus de 40%. Il faut dire que les autorités tunisiennes étaient très «reconnaissantes» : outre la taxe de 30 DT (plus de 2300 DA) qu’ils voulaient imposer, l’été 2016, aux Algériens en partance vers la Tunisie via les frontières terrestres, suscitant le déclenchement d’une vive polémique, les cris dénonçant des dépassements et des mauvais traitements à l’égard de touristes algériens dont sont accusés des douaniers et «pafistes» tunisiens fusaient de partout. Dépassements ayant d’ailleurs été projetés sur la scène diplomatique.

Et pas que. Des agissements dégradants, discriminatoires et attentatoires, nombreux étaient également les Algériens à affirmer en avoir été victimes lors de leurs séjours dans des établissements hôteliers ou ailleurs, de l’autre côté de la frontière.

C’est dire que «Tunisiens et Algériens khawa khawa», tel que commentaient une poignée de Tunisiens, sur les réseaux sociaux, en réaction à la décision de maintien de la fermeture des frontières pour cause sanitaire, ne devrait plus être un simple idéal à atteindre mais un impératif de survie, les deux pays étant en proie à une vulnérabilité sociale et économique criante que la crise sanitaire de la Covid-19 risque d’aggraver davantage.

> Par Naïma Benouaret



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