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59 ans après l’indépendance, l’Algérie toujours à la recherche d’un modèle économique : Le poids de la rente

05 juillet 2021 à 10 h 35 min

59 ans après l’indépendance, l’Algérie continue à payer les frais de sa dépendance aux hydrocarbures. Ayant en effet construit son économie autour de la rente, le pays n’arrive toujours pas à sortir du cercle restreint du pétrole. Les prix de l’or noir sur le marché international ont constitué à travers les différentes phases qu’à traversées l’économie nationale l’unique élément déterminant la trajectoire dépensière du pays.

Des dépenses qui ont pris tout au long de cette période une tendance haussière sans pour autant mettre en place en parallèle une économie productive indépendamment des hydrocarbures. Ce qui fait qu’aujourd’hui, à une année du 60e anniversaire du recouvrement de l’indépendance, l’économie continue à chercher sa voie vers la diversification.

Une diversification pourtant entamée durant les années 70’. Les chiffres disponibles à ce sujet le montrent clairement : la part des investissements dans l’industrie est passée de 5% en 1963 à plus de 45% durant la période du plan quadriennal de 1970-1973. Mais en termes de résultats, le bilan est des plus faibles. Car, malgré un niveau d’investissement relativement élevé, l’Algérie a enregistré une croissance économique modeste sur toute la période s’étalant de 1962 à aujourd’hui.

Différentes analyses confirment cette contre-performance économique. Par étapes, il y a eu, selon une étude de Abderrahmane Bouyacoub, une première période de forte croissance (1963-1985) caractérisée par un taux moyen élevé de croissance du PIB/habitant sur 22 années, avec un taux de croissance annuel moyen de +2,68%. L’expert relèvera dans son analyse que cette phase regroupe plusieurs «périodes politiques».

Il y a eu par la suite une phase de forte crise économique (1986-1994). Cette deuxième période a duré 9 ans et correspond à une véritable crise économique avec un taux négatif annuel moyen de -2,35%.

Cette crise a, pour rappel, commencé avec le choc pétrolier de 1986 qui a entraîné une chute des revenus d’exportations de presque 40% par rapport à l’année 1985. Faudrait-il rappeler qu’au cours de cette période, marquée par les événements d’Octobre 1988 et des réformes institutionnelles et économiques lancées en 1989 et 1990, la réduction des ressources en devises de l’Etat a entraîné une difficulté majeure concernant le paiement annuel des échéances de la dette extérieure à partir de 1986. Les réformes économiques se sont trouvées bloquées. Le blocage se poursuit d’ailleurs.

La dernière étape a commencé en 1995 et se poursuit encore à travers une croissance molle, alors que paradoxalement les investissements n’ont pas manqué. C’est en fait la gouvernance économique qui a fait défaut au cours de cette période où les dépenses ont fortement augmenté jusqu’à ce que les prix du pétrole repartent à la baisse en 2014, rappelant encore que l’Algérie n’a pas tiré de leçons des crises traversées.

De même qu’elle n’a pas su préserver certains acquis, notamment les bases de l’industrie nationale, à savoir les infrastructures réalisées durant la période du socialisme.

Paradoxe

Mohamed Salah Boukechour, historien de l’économie, nous le dit d’ailleurs dans l’entretien : «Le paradoxe dans l’histoire économique de l’Algérie réside dans le fait que les infrastructures industrielles du pays furent, en majorité, réalisées lors de la période de gestion socialiste de l’économie et avec l’économie de marché une grande partie de cette base industrielle a été démantelée, ouvrant en parallèle les portes au secteur de l’importation.»

Un constat qui résume clairement le parcours de l’industrie algérienne hors hydrocarbures. Il faut dire que l’ouverture de l’industrie au privé n’a pas apporté grand-chose à l’économie pour des raisons multiples. A commencer par l’absence d’une véritable politique de réduction de la dépendance de l’économie à l’égard de la rente énergétique et par la détérioration du climat des affaires que les gouvernements successifs ont promis d’améliorer sans pour autant assurer l’attractivité tant attendue.

D’où, d’ailleurs, l’accentuation du problème du chômage. Les difficultés ne font que s’enchaîner avec cette poussée démographique qui a engendré une hausse importante des besoins, que ce soit en matière d’emplois, de prise en charge sanitaire, de logements, d’éducation et globalement d’infrastructures de base.

Des dossiers dans lesquels les inégalités sont flagrantes et difficiles à rattraper avec la crise financière que connaît le pays depuis quelques années. Une situation aggravée d’abord par la crise politique de 2019 et puis par la pandémie qui a encore révélé la fragilité de l’économie nationale.

Défis

Si auparavant, notamment durant l’ère Bouteflika, la redistribution des ressources tirées de la rente pétrolière a permis d’arracher «une certaine paix sociale» (tout en donnant l’occasion à certains de s’enrichir amplement à travers les affaires de corruption), ce n’est plus le cas aujourd’hui avec des caisses qui se vident et des richesses qui se réduisent faute d’une gestion étudiée et d’une planification pour le long terme.

Cela pour dire que le modèle économique est toujours en panne. Le constat établi par Nabni (Notre Algérie bâtie sur de nouvelles initiatives) en 2012 à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance n’a pas changé. La situation s’est plutôt aggravée dix ans après.

«L’idée d’une rente perpétuelle, isolant l’Algérie de la compétition mondiale et la protégeant de tous les défis futurs, dont ceux liés au climat, à l’environnement et à la raréfaction des ressources, n’est qu’un mirage. Il est urgent pour notre pays de renforcer ses capacités à faire face à un monde de plus en plus turbulent, où seuls les pays qui auront la capacité de s’adapter et d’innover pourront tirer leur épingle du jeu», avait résumé Nabni, plaidant pour des réponses urgentes et cruciales à la hauteur des défis colossaux.

Or, ces réponses se font toujours attendre. La gestion de la crise sanitaire est un exemple édifiant de l’incapacité de l’Algérie à faire face aux enjeux de l’heure, alors que le plan d’action pour la période 2020-2024 soumis au débat manque de clairvoyance. C’est dire qu’à une année du 60e anniversaire de l’indépendance, tout est à construire sur le plan économique. Il reste aussi à sauvegarder ce qui reste des acquis sociaux.


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