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Rachid Boudjema. Économiste, professeur des universités : «Le développement reste marqué par une espèce de palindrome idéologique d’Etat»

07 octobre 2019 à 9 h 00 min

Le soulèvement d’Octobre 88 a été suivi par des mesures visant à engager le pays sur la voie de l’économie de marché, en plus, bien entendu, du pluralisme politique. Trente-et-un an après, l’économie algérienne n’est toujours pas une économie de marché et pas tout à fait une économie planifiée et étatisée. Inclassable, de l’avis de nombreux experts économiques. Pour mieux comprendre cette interminable transition, nous avons sollicité le professeur Rachid Boudjema, auteur de plusieurs publications sur l’économie de développement pour nous apporter son expertise dans le domaine et tenter de nous éclairer sur ce qui fonde notre sous-développement économique.

– Vous êtes un économiste prolifique dans la production de livres et publications dans le domaine de l’économie du développement. Quel est l’état des lieux de l’économie nationale d’aujourd’hui ?

Je vais taire le qualificatif «d’économiste prolifique» dont vous usez à mon adresse, non pas par fausse modestie, mais seulement parce que je crois sincèrement que je ne le suis pas, même si je dois vous remercier, au passage, pour ce lourd compliment que je considère très en dessus de mes capacités. Passons maintenant à votre question relative à l’état des lieux de l’économie nationale d’aujourd’hui.

En vérité, ce que nous appelons «économie nationale algérienne» ou plus pertinemment «système socio-économique algérien» voire sa configuration et les règles principielles de son développement ont commencé à éclore moins d’un mois avant l’indépendance de l’Algérie. Un texte majeur dans l’histoire politico-économique de l’Algérie qui en balise la voie en est à l’origine : il s’agit du Programme de Tripoli ou plus exactement du Projet de programme pour la réalisation de la révolution démocratique et populaire sanctionnant les travaux du Congrès extraordinaire houleux du FLN, tenu à Tripoli du 27 au 7 juin 1962 et adopté à l’unanimité par le Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA).

Ce texte en sera, près de deux années après sa promulgation, fortifié et consolidé par un autre : la Charte d’Alger élaborée et adoptée par le premier Congrès du Parti du FLN réuni du 16 au 21 avril 1964. Ce sont ces «deux textes» qu’il est possible de considérer comme le berceau doctrinal de la transformation sociétale nationale et dont sont issus tous les bonheurs ou tous les malheurs de l’Algérie, selon qu’on soit pour ou contre les options qui y sont prescrites.

En effet, dans aucun texte, avant eux, le FLN n’est allé aussi loin dans la définition du pilier fondamental sur lequel devait être bâti l’avenir sociétal du pays : le socialisme. Dans leur programme politique de la Déclaration de Novembre 1954, les militants de la cause nationale retenaient comme sous-but du but de l’indépendance nationale (dans le cadre nord-africain), la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social, dans le cadre des principes islamiques.

Quant au premier Congrès du FLN tenu dans la région de la Soummam, en août 1956, qui visait, comme l’indique sa plate-forme, «à définir, d’une façon générale, la position du FLN, à une étape déterminante de la Révolution Algérienne», il est plus question de la «renaissance d’un Etat algérien, sous la forme d’une république démocratique et sociale».

Fondé sur la nécessité de gommer un état des lieux alarmant de l’Algérie, établi en termes de sous-développement, de sous-industrialisation, de dualisme économique exacerbé, d’économie dominée et vulnérable, de bouleversement des populations, de destructions matérielles, de manque de cadres, de perturbation des rouages du pays, le développement conçu par le Programme de Tripoli et la Charte d’Alger devait réparer une Algérie exsangue, sous l’égide d’un Etat-Pouvoir-Parti érigé de prime abord en Entrepreneur exclusif de sa Renaissance sociétale. Rien que ça ! diraient, sans doute, avec une «ride» d’inquiétude, les initiés aux théories et pratiques du développement.

Quelles missions devait accomplir ce jeune Etat ? Il était requis, en substance, d’être sur tous les fronts de la lutte contre le sous-développement, en conduisant plusieurs politiques à la fois, embrassant l’ensemble des aspects de la vie politique, économique et sociale nationale. En effet, quoi de plus rassurant aux yeux d’un peuple meurtri dans sa chair et son âme, qu’un développement orienté vers la satisfaction de ses besoins, sous l’autorité d’un Etat devenu propriétaire, en son nom, de toute l’économie nationale et qui n’est ni identifié ni indentifiable à partir des individus.

Objectivement, il eût été lamentablement déloyal, à notre sens, qu’on proposât, à un peuple déchiré, de remplacer le capitalisme colonial par un capitalisme national, à une époque historique où les blessures de la chair et de l’âme étaient encore vives, très vives ! Sur le plan des principes du développement, le FLN historique a, sans nul doute, bien fait. Cependant, de la même façon qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, il y a loin entre les intentions des hommes et leurs actes. Et les blessures qu’on a voulu panser, par la promesse d’un développement populaire, légitime et planifié, ont laissé des vieilles cicatrices qui, au lieu d’annoncer la fin du processus de guérison, se sont transformées en nouvelles plaies.

Et aujourd’hui, comme dirait savamment la pédiatre et psychanalyste Françoise Dolto (1908-1988), «nos enfants sont porteurs de nos dettes, dettes dans le sens de dynamique non résolue, de ce que nous avons mal vécu et qui est refoulé en nous». Au fil des années, l’Etat-Pouvoir-Parti, peu rompu à la rigueur qu’impose le défi du développement sociétal, en général, et celui d’un pays exsangue, en particulier, montrait continûment ses limites, jusqu’à un lourd endettement international et un ajustement structurel non souverain.

Par-delà la modernité flottante au gré de la rente, qu’il a achetée pour les citoyens, en guise de séduction, il usa longtemps, l’énergie et les ressources du pays plus à exciter (par l’importation) l’effort productif international qu’à organiser l’effort productif national. Jusqu’en 1988 et nonobstant la restructuration organique des entreprises, la reconnaissance explicite du secteur privé, comme agent du développement, aux côtés de l’Etat et la réorientation des investissements, l’Algérie a observé, pour l’essentiel, assez fidèlement les principes de la configuration économique, tels que définis par ses deux textes doctrinaux, bien qu’elle en eut assez peu réalisé.

A partir de 1988, on escomptait que l’autonomie de ses entreprises publiques, leur privatisation, les quelques règles de l’orthodoxie économique qui y sont imposées par le FMI et son ouverture internationale tous azimuts allaient changer sa donne économique. Mais rien n’y fit. Et les mesures de correction structurelle qui y sont introduites ont changé plus sa morphologie que sa physiologie. Aussi, n’ont-elles pas eu raison de son atonie économique, encore moins, de sa logique foncièrement étatiste et de son assujettissement à la rente.

Aujourd’hui, le cœur de l’Algérie économique «bat la chamade», face à un marché énergétique international capricieux qui altère ses équilibres macroéconomiques, avec un cortège d’effets sociaux indésirables attestant, si besoin est, de sa déficience homéostatique que la biologie d’abord et la systémique (science des systèmes) ensuite, définissent par l’incapacité d’un être, d’une organisation, d’une économie ou d’une société, de maintenir, sous la pression des contraintes extérieures, aussi bien son équilibre interne que celui de son rapport avec son environnement. Il faut, dans ces circonstances, penser, à l’intérieur d’une nouvelle méthodologie de développement global et durable, à une refondation sociétale.

– L’Algérie a-t-elle un modèle de développement ?

Bien que très galvaudée, la notion de modèle reste complexe et relève de l’esprit académique. Si on entend, par modèle, un mode judicieux selon lequel il faudra mobiliser et combiner, de manière synergique, les ressources, les acteurs, les facteurs, les atouts et les opportunités du processus de croissance, en vue de produire de la richesse, créer de l’emploi et améliorer les conditions de vie et d’existence de la population, force est de constater, qu’en dehors de son expérience de développement malheureuse des années 1970, qui était scientifiquement repérable dans ses principes et qui a donné lieu à d’innombrables travaux académiques, l’Algérie a adopté, tout au long de sa construction économique, tantôt (en période énergétique de vaches maigres) l’attitude de l’escargot, qui craint l’adversité économique international, tantôt (en période énergétique de vaches grasses), l’attitude du cheval aveugle qui va dans tous les sens, avec des retours récurrents au point de départ. L’Algérie est aujourd’hui dans un malaise économique profond et dont on s’en rendra compte prochainement, lorsque sa vie politique sera mieux visible et son dossier économique sur la table nationale.

Mais la nouvelle Algérie que nous attendons tous ne pourrait se soustraire au devoir de reconstruire en profondeur son «ménage économique», même si un modèle de développement approprié est aujourd’hui très difficile à concevoir, au regard de la turbulence, des incertitudes et de la révolution paradigmatique qui caractérisent l’économie mondiale et mettent à rude épreuve les agendas, les valeurs et les stratégies des acteurs et des Etats nationaux.

– Du socialisme des années 1970 à l’ouverture tous azimuts des années 1980 et d’aujourd’hui, quel bilan peut-on tirer d’une telle trajectoire ?

Votre question m’angoisse, parce qu’elle me rappelle la grande peine que je me suis infligée, en tentant de l’élucider, il y a quelques années, par un ouvrage volumineux intitulé L’Economie du développement de l’Algérie : 1962- 2010. Mais essayons quand même d’en construire quelques éléments de réponse.

Aussi bien dans sa phase de construction (1962-1978) que dans ses phases de correction (1980-88), d’ajustement structurel (1989-1998), sous la houlette du FMI et d’ouverture et de relance économiques (1999-2014) et de crise (2014-2019), le développement reste marqué par une espèce de palindrome idéologique d’Etat qui met toujours l’Etat sur le chemin de la transformation structurelle nationale, quelle qu’en soit la nature : l’Etat était là dans la transition du capitalisme colonial au socialisme et reste de rigueur dans la transition du socialisme au libéralisme national.

Et les quelques mesures de libéralisation (soulignées plus haut) qui pouvaient cultiver, dans l’esprit national, l’idée de rupture systémique, n’ont pas changé fondamentalement la donne du développement national.

Ce processus est resté fondamentalement un développement par l’Etat et, à certains égards, un sous-développement de l’Etat. Des bilans d’étapes officiels ou indépendants, tantôt réjouissants, tantôt décevants en sont établis. Mais, globalement, ses réalisations physiques nombreuses sont noyées dans ses propres dysfonctionnements, contraintes et entraves, qui en ont minoré l’intérêt et freiné, en tant que facteurs absorbants, son élan.

Les reproches fondamentaux qui y sont opposés, depuis l’indépendance, sont nombreux et pullulent dans les travaux académiques nationaux et étrangers, surtout dans le domaine de l’industrialisation qui a échoué de conforter l’indépendance économique du pays et de réduire sa dépendance à l’égard des ressources énergétiques non renouvelables.

– La mauvaise gouvernance politique a-t-elle précipité la débâcle économique ? Qu’en pensez-vous et que faire à l’avenir ?

La réponse à cette question est difficile à construire, parce que son intelligibilité présuppose une connaissance de l’histoire de la transformation structurelle algérienne. A l’indépendance, l’état d’urgence économique et sociale de l’Algérie a provoqué, de toute évidence, une urgence d’Etat. Et l’Algérie de l’époque n’avait ni le temps ni les moyens, encore moins les mécanismes pour asseoir le principe de la gouvernance politique. Aussi, était-elle conduite selon le principe du gouvernement fondé sur la logique d’ordres descendants.

Le Programme de Tripoli et la Charte d’Alger ont prescrit à l’Etat-Pouvoir-Parti de faire tout et tôt ; en vue de mettre, au minimum dans le ventre, la poche et le cœur des Algériens de quoi valider leurs sacrifices. Il fut appelé à nourrir, soigner, scolariser, former, alphabétiser, cultiver, loger, employer, investir, financer, assurer, industrialiser, produire, importer, exporter, arabiser, ré-islamiser.

Il s’agit là d’une entreprise gigantesque pour un Etat à peine en éclosion. Même une fée dotée du pouvoir d’omniprésence n’aurait, sans doute, pas accepté de s’y substituer. En effet, il était difficile de parier sur la survie de ce tout-Etat, s’il ne devenait pas rapidement un super-Etat. Mais ce superlatif n’a pas ses lettres de créances de la science sociale. Pourtant, il a bien essayé, en remportant bien des victoires, dans certains domaines et en essuyant des échecs cuisants, dans d’autres.

Globalement, le jeune Etat est resté, dans ses vision et pratique politiques, dans les «clous» des textes doctrinaux qui en ont commandé la nature et balisé la voie. Et les quelques innovations structurelles partielles qui furent introduites dans le schéma politico-économique national, au fil des années, furent inaptes à mettre le développement sur une autre trajectoire. Parallèlement à ses fonctions sociales, économiques, culturelles et religieuses, le jeune Etat, devait tenter, d’accentuer son divorce d’avec le système colonial. Et, dans un psychologisme inouï, il s’est comporté comme ce masochiste qui pensait faire du mal à l’ennemi en s’auto-flagellant.

Comme si la guerre de libération n’avait pas suffi, il devait chercher, pour une plus grande mobilisation citoyenne, à construire sa propre définition et la définition de l’Algérie, à partir de la négation de l’Etat français et de la France, en évitant toutefois de s’embourber dans des carcans idéologiques qui prendraient la forme de moulins à vent de Don Quichotte de la Manche : la France est française, l’Algérie est arabe et non algérienne (une sentence terrible mais qui a, au moins, le mérite de la clarté) ; la France est chrétienne, l’Algérie est musulmane ; la France a une culture gréco-romaine, l’Algérie a une culture arabo-islamique ; la France est capitaliste, l’Algérie est socialiste ; la France est cosmopolite ou internationaliste, l’Algérie est nationaliste ; enfin, la France ne veut pas du vin de l’Algérie, l’Algérie arrache ses vignobles.

A ce rythme, l’Algérie brûlerait ses puits, si la France devait refuser son pétrole ! En outre, devant réparer rapidement un pays abîmé dans un contexte national et international souvent hostile, le jeune Etat transforme graduellement les termes des aspects majeurs de la vie sociétale nationale en armes de combat idéologique dirigées contre des ennemis réels ou imaginaires. Les racines des mots qui expriment davantage des actions louables sont étouffées par leur prolongement, au moyen d’un suffixe démon : le «isme». Ce dernier accolé:

– au social, le transforme en socialisme qui modifie son sens, pour devenir une première arme de combat idéologique contre le secteur privé et les forces du marché. L’objectif de la marchandisation minimale de l’économie nationale s’est alors résolu dans son excessive étatisation.

– à l’arabe, le convertit en arabisme qui n’est plus désormais un ingrédient parmi d’autres, de l’identité algérienne, mais une deuxième arme de combat idéologique contre les autres langues, notamment le français confondu, d’où qu’il émane, avec le fait colonial.

– à l’islam, le fait mouvoir en islamisme qui n’est plus une désormais une religion, mais une troisième arme de combat idéologique contre la culture occidentale jugée dépravée;.

– à la nation, la transforme en nationalisme qui est, contrairement au patriotisme désignant l’amour de la patrie, une quatrième arme de combat idéologique contre les autres pays, peuples ou nations que l’Algérie politique soupçonne de vouloir déranger sa voie.

– à l’économie, la meut en économisme comme une cinquième arme de combat idéologique qui permet à l’Etat de n’évaluer le développement que sous l’angle des réalisations physiques ou de son aspect matériel, éludant ainsi le coût de ses actions, et, bien plus, toutes les formes de corruption qui pourraient y être liées.

In fine, le socialisme en Algérie, comme dans la plupart des pays où le colonialisme a longtemps sévi, est moins un système politico-économique qui sert le peuple, qu’une idéologie de combat qui permet de garder durablement le pouvoir, au nom de la lutte contre les catégories marchandes reliées, en tout temps, au fait colonial. Ce système a pris forme à l’indépendance du pays et s’est imposé à plusieurs générations dont il a façonné les esprits et les âmes. Aujourd’hui, dans sa logique foncière, il n’a pris aucun pli qui puisse témoigner de sa maturité essoufflée.

Les épisodes de mode qu’il a connus l’ont plus traversé que travesti. Mal pensée, l’Algérie du développement est, dans sa modernité d’aujourd’hui, morose dans la concentration insolente de la richesse entre les mains de quelques citoyens et la licence de tous. Celle-ci étale, aujourd’hui, devant ses enfants ébahis d’innombrables plaies qu’ils découvrent, presque avec stupeur et qu’ils s’efforcent, vaille que vaille, de panser. Ils sortent dans la rue, non pour la glorifier, mais pour crier, en masse et en chœur, le rejet de son système.

– Que faire aujourd’hui ?

Ce serait prétentieux de ma part de répondre à cette question avec certitude, d’autant que dans ma vie académique, je suis régulièrement hanté par le doute. Il est néanmoins coutumier, lorsqu’il y a des troubles dans un ménage, d’en endosser la responsabilité exclusive au chef du ménage, quand bien même on démontrerait qu’il n’en aurait qu’une part limitée.

Il faut reconsidérer, aujourd’hui, à la lumière des attentes du peuple, cette expérience de développement global, à travers ses principes, ses objectifs, ses acteurs, ses conditions et ses moyens. Il s’agit, en d’autres termes, d’opérer une refondation sociétale qu’il faut comprendre comme un contrat social, au sens rousseauiste dans lequel le bon vivre ensemble implique certaines concessions du peuple, au profit de l’Etat qui, en retour, offre justice et sécurité et met à l’abri des intérêts particuliers ; le bien-être général, par l’intermédiaire du législateur élu par le peuple.

Cette refondation sociétale peut être déclinée en sept types de refondation différenciés et interdépendants ayant les uns, les autres des problématiques, termes, outils et mécanismes spécifiques à l’intérieur d’une vision à la fois holistique et synergique. Il s’agit en réalité des sept chocs qui doivent opérer la rupture du système qui attendent, en travaux d’Hercule, le nouveau président de la République : une refondation politique centrale, une refondation institutionnelle, une refondation politique et institutionnelle régionale ou locale, une refondation médiatique, une refondation partisane, associative et syndicale, une refondation économico-sociale et une refondation populaire. 


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