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Rachid Boudjema. Economiste, professeur des universités

«Le développement que je préconise pour l’Algérie sera à dominante immatérielle»

17 juin 2019 à 10 h 00 min

Rachid Boudjema est économiste, professeur des universités. En tant qu’auteur de nombreuses publications dans le domaine du développement, il nous a déjà gratifiés d’une série d’entretiens que nous avons publiés dans ces mêmes colonnes.Nous l’avons sollicité à nouveau pour nous éclairer sur les questions du débat national actuel. Son diagnostic et ses recommandations ne laissent guère indifférent. Entretien.

– La chronique judiciaire de ces derniers mois est riche en événements. Des interpellations et emprisonnements à tout-va. Anciens Premiers ministres, ministres et patrons d’entreprises passent à la barre. Quelle lecture faites-vous de ces événements et comment en est-on arriveś là ?

Faisons une hypothèse farfelue et admettons que l’Algérie est désormais dans un libéralisme en éclosion, et qu’à ce titre, elle présente un tableau historique signalétique comparable à ce qui s’est passé en Europe de l’aurore du capitalisme. A quoi devra-t-on s’attendre normalement, en tant que règle funeste de l’histoire du capitalisme ?

Au minimum, à la violence, l’horreur et l’infâmie qui accompagnent la naissance de la classe possédante. La période où les conditions générales du capitalisme se forment est connue des économistes et des historiens, elle est désignée par le concept d’accumulation primitive.

Bien des écrits d’histoire économique et d’économie politique, vieux et récents en décrivent le parcours en termes de basses œuvres et manœuvres : vols, viols, rapine, torture, trahison, corruption, asservissement, expropriation, interdictions, législation sanguinaire, emprisonnements, meurtres, extermination, guerres, emploi de la force brutale, exploitation sans exception du pouvoir d’Etat et de la force concentrée et organisée de la société. Et, rien ne semble pouvoir l’expurger de cette violence, quel que soit son stade d’évolution.

Mais, contrairement aux autres systèmes aussi violents que lui, le capitalisme est à la fois productif et productiviste : il a produit, réalisé, innové, diversifié l’économie, créé des emplois, exporté, distribué de fortes rémunérations, investi dans le reste du monde ; en bref, il a métamorphosé, aujourd’hui, les conditions de vie et d’existence de l’humanité par ses prodigieux progrès économiques.

Il faut lire cette main tendue à l’humanité, d’abord sous l’angle économique, comme moyen de réalisation de son profit, et, ensuite, sous l’angle moral (un gros mot pour le capitalisme), comme une demande de pardon historique à l’adresse d’une humanité et des peuples qu’il a impitoyablement subjugués en leur faisant payer, à travers les innombrables guerres intra-européennes, les guerres mondiales, les conquêtes coloniales, leurs lots de souffrance inhérents à sa genèse et à son développement.

Si l’Algérie de vingt ans de Bouteflika était dans cette dynamique historique, on aurait, la douleur dans l’âme, rien pu faire, sinon actionner sa plume pour écrire Le livre noir de son capitalisme national.

En effet, la création, vaille que vaille, d’une classe possédante destinée à détenir le pouvoir économique (et donc politique) ne s’est jamais déroulée, à travers l’histoire, avec douceur et morale.

«Si la propriété, c’est du vol», comme le soulignait dans ses Mémoires (de 1840 à 1842), le théoricien de l’anarchisme, Pierre Joseph Proudhon (1809- 1865), nous ne voyons pas pourquoi le capitalisme algérien, en éclosion, ne doit pas épouser la voie de l’histoire, ni par quoi nous sommes autorisés à en attendre plus de morale et de sagesse ? En fait, d’où peut provenir la propriété de la classe possédante ? Trois sources possibles peuvent être envisagées :

– Soit du reste du monde, et là, il faut supposer que l’Etat (qui représenterait cette classe et défendrait, mordicus, ses intérêts) puisse entreprendre des conquêtes coloniales. Mais ce cas est carrément farfelu, en raison d’abord de la nature politique de l’Etat algérien et des temps modernes.

– Soit de l’aide de l’Etat. Mais pour que cette aide ne soit pas préjudiciable, il faut qu’elle soit consentie, sous des conditions rigoureuses : en premier lieu, le peuple qui est le propriétaire des richesses doit en être informé, en deuxième lieu, les bénéficiaires de l’aide doivent avoir une légitimité et une compétence reconnues nationalement et internationalement et aux noms desquelles, ils peuvent être désignés comme les véritables acteurs du développement national aptes à transformer réellement et rapidement l’économie nationale, en troisième lieu, cette aide doit absolument avoir une contrepartie observable dans le domaine de la production, de l’innovation, de la création d’emplois, des coûts et de la qualité des produits, de la distribution des revenus, en faveur de l’Etat et des assurances sociales, enfin, en quatrième lieu, cette aide doit être remboursée, quand bien même ce remboursement peut être opéré selon des termes de délais et d’intérêts avantageux.

– Soit du siphonnage des ressources publiques, sous le regard désabusé du peuple. Des ressources publiques utilisées, non pas pour une quelconque renaissance économique nationale, mais pour l’acquisition de biens immobiliers et autres destinés à des fins privées, quelle infamie !

Considérée sous cet angle, la classe possédante algérienne n’aurait rien à voir avec la classe possédante capitaliste qui a transformé le monde dans l’ensemble de ses facettes : scientifique, économique, sociale, technologique, culturelle, etc.

Personnellement, je n’ai pas d’informations sur ces hommes politiques qui sont, aujourd’hui, entre les mains de la justice, en dehors de ce que rapporte la presse et déclame la rue.

Et d’ailleurs, je n’ai pas à les avoir et elles ne m’intéressent nullement. Mais, s’il était avéré que ces ex-donneurs de leçons s’inscrivent dans ce cas et si la justice découvrait qu’ils ont usé de la clé de leur pouvoir pour ouvrir les serrures des portes du tabou national et détourner, en leur faveur et de leur descendance, ce qui peut représenter le pain, les soins, l’éducation et la formation des enfants de l’Algérie, j’aurais une idée juste de l’idée fausse qu’ils ont du haut sens de l’Etat et du devoir national.

Et, comme ma qualité d’Algérien et de père pourrait trahir vite ma qualité d’économiste, je tenterai de contenir ma déception et ferai confiance à l’impartialité de la justice.

– Certains imputent au règne de Bouteflika l’explosion de la corruption dans le pays. Est-ce vrai, ou bien y a-t-il d’autres explications à ce phénomène qui gangrène l’Algérie ?

La corruption a fait son nid dans le monde. Et bien qu’avec des marques différenciées et variables, elle n’épargne aucun pays. Ses procédés «siphonnent, de manière dramatique, les ressources affectées à l’éducation, à la santé et aux infrastructures» et sèment, dans l’esprit des populations, une «culture» d’enrichissement personnel illicite désastreuse.

L’Algérie ne fait pas exception à cette funeste règle, au regard, notamment, de son puissant secteur d’Etat devenu un foyer de richesse, de rente et de privilèges, au service d’une minorité qui en jouit à sa guise, à l’intérieur des réseaux politiques clientélistes protecteurs.

Mais bien qu’elle ait pris, depuis peu, des proportions inquiétantes, la corruption en Algérie est antérieure à l’arrivée de Bouteflika. Aussi, serait-il incorrect d’en faire une innovation diabolique de son règne. Sous des formes différenciées, mais surtout avec un degré de discrétion variable, elle est l’une des marques majeures de l’histoire du développement de l’Algérie indépendante.

Elle y opérait, déjà, sous le règne du parti unique, c’est-à-dire durant toute la période où l’Etat-Pouvoir-Parti a élaboré la stratégie de développement global du pays et s’y est engagé en tant qu’acteur quasi exclusif. Le président H. Boumediène l’a même tolérée, dans un discours à la nation, où il disait qu’il comprenait que des gens qui travaillent dans le miel puissent lécher, de temps à autre, leurs doigts.

Je me souviens, comme si cela datait d’hier, de ce péché faussement véniel qui lui valut, en retour, un tonnerre d’applaudissements de la salle, émanant de ceux qui venaient juste d’entendre une réponse qui agrée leurs angoisses. J’étais alors un jeune étudiant d’économie et j’étais, je l’avoue, abasourdi par cette pseudo-compassion. Aussi ai-je perdu très tôt mon idéal d’une Algérie prospère.

Au-delà des montants et du nombre de personnes qui sont impliqués dans la corruption aujourd’hui et qui sont variables, évidemment, selon le degré d’aisance financière de l’Etat, je crois pouvoir en retenir deux causes principales expliquant, l’une, sa genèse, et l’autre, son explosion :

– La première cause est historique : elle réside dans le vieil économisme d’Etat, en tant qu’idéologie qui consiste à privilégier l’appréciation du développement économique, seulement à partir de ses aspects matériels et physiques qui occultent et les coûts, les délais et la qualité des réalisations.

Au lendemain de l’indépendance, le jeune Etat, pris dans l’urgence de gommer l’héritage colonial, était obnubilé par la rapidité des réalisations censées donner à l’Algérien un peu d’espoir et valider ses sacrifices.

L’essentiel était de construire, d’acheter des choses qui frappent l’œil et le cœur nationaux et, au diable, le calcul économique, les coûts, le contrôle de la qualité, autant d’impératifs de la logique capitaliste honnie par les pouvoirs publics. Mais beaucoup d’Algériens ne l’ont pas entendu de cette oreille et ont mis la main à la caisse par des surfacturations, des révisions de coûts, etc.

– La seconde cause est une combinaison entre l’aisance financière assez longue de l’Etat, le retour du vieil économisme d’Etat, face aux lourds programmes d’investissements de rattrapage du développement, après une décennie douloureuse et la lenteur de la réforme libérale qui tarde à corriger la teneur politique du système économique par l’affranchissement des acteurs de l’accumulation vis-à-vis du pouvoir politique.

– Un mouvement sans précédent est en train de marquer la vie politique et économique nationale. Mais si sur le plan politique les revendications semblent claires pour tout le monde, quelles sont les perspectives économiques ou le modèle économique à préconiser pour l’Algérie ?

Effectivement, un mouvement populaire, sans précédent, caractérise l’Algérie depuis le 22 février dernier. Par ce mouvement, le peuple algérien, qui exhibe une bonne santé politique qu’il faut glorifier, demande la rupture avec le système.

Et le pouvoir politique est en train de répondre graduellement à ses revendications, même si le peuple, pressé d’en finir avec les vieilles pratiques politiques, juge les faits particuliers qu’il observe, chaque jour, dans son pays, insuffisants, voire en deçà de ses attentes.

Sans sa pression, aucune lueur de changement n’aurait été possible ou visible en Algérie. Le peuple a, déjà, beaucoup fait. Il a remporté des victoires inouïes. Il faut qu’il le sache, qu’il en soit convaincu et qu’il s’en glorifie, ne serait-ce que pour l’exposition du système à une transformation foncière.

Mais pour éviter une perte de temps et de ressources, il faut proscrire, dès le départ, les soins précaires et lénifiants de l’infirmerie politique qui ne feraient qu’apaiser son malaise. Le système a certainement besoin d’un acte chirurgical authentique de greffe de la rationalité d’Etat.

Et, dans cette dynamique, nous passerons, tôt ou tard, bien sûr, peuple et gouvernement confondus, aux questions plus techniques liées au développement réel.

Dans ce cadre, la mobilisation citoyenne doit être de rigueur. Dans l’Algérie d’aujourd’hui, l’Etat ou le «tout-Etat», quel que soit le sens que l’on en retient hobbesien (expression de la peur), rousseauiste (expression de la volonté générale), wébérien (monopole de la violence légitime) ou gramscien (partie intégrante de la société civile), n’a pas de position tranchée, face à la dynamique économique, en tant que pilier principiel du développement global.

Son aisance financière quasi régulière, déterminée par des causes externes au système économique national, le rend peu sensible à l’idée du changement de nature à exciter l’effort productif national.

En d’autres termes, il n’y a pas, a priori, de dividende politique particulier, pour un Etat déjà riche de par la fiscalité pétrolière, à s’enrichir par la fiscalité non pétrolière, qui exige de nouveaux us et coutumes, voire de nouvelles règles institutionnelles à la fois strictes et transparentes.

Alors, vous me posez la question relative aux perspectives économiques et au modèle de développement préconisé pour l’Algérie. Je ne suis pas à l’aise devant cet objet, même si j’y travaille depuis plus de trente ans, et j’ai élaboré, en la matière, bon nombre d’écrits.

En vérité, j’hésite parce que, même si on commence à voir leur ombre, les outils de l’orthodoxie économique ne fonctionnent même pas au minimum dans l’Algérie actuelle : le prix, le salaire, le coût, l’investissement, la rentabilité, la productivité ou l’optimalité de l’allocation des ressources ne sont que des notions superflues.

Tel ce cœur «magique» qui reçoit son sang d’une source extérieure et en irrigue les divers organes du corps, l’Etat tire ses revenus de l’extérieur et en distribue, sans exigence de contrepartie productive aux divers pôles du pays.

On reproche aujourd’hui à cette mainmise de l’Etat de faire, partout où elle s’installe, du secteur d’Etat, une source de pouvoir, de statut, de rente et autres formes de richesse, au service d’une minorité.

Cette approche altère «l’initiative d’entreprise, démotive l’ingénieur innovant et l’ouvrier compétent… freine le progrès technologique» inhibe les performances économiques…. «Le tout dans un système reposant sur la soumission et l’inertie, la sécurité et l’aversion au risque, la conséquence principale en est la démobilisation et la désolidarisation généralisées ».

L’atomisation de la société qui en découle reflète et accentue la désintégration de l’Etat. La pulvérisation de la société en une myriade d’acteurs rationnels/opportunistes et leur colère face à une situation que tout le monde (et donc personne) semble provoquer, font apparaître un bouc émissaire : l’Etat et le gouvernement».

Puisqu’il s’agit aujourd’hui de construire une nouvelle Algérie sociétale, avec la participation active du peuple, il faut savoir que l’argent que l’Algérie a perçu, et souvent, en abondance, ne lui a permis d’acheter qu’une modernisation qu’elle a confondue avec le développement.

Faisons rapidement le bilan d’une journée ordinaire d’un Algérien moyen : de sa sortie du lit à son retour au lit, il est en contact permanent et excessif avec le reste du monde, à travers sa brosse à dents, sa savonnette, son matériel de rasage, son parfum, son lait, son café, sa tartine beurrée, son jean, son tee-shirt, son blouson, ses chaussures, son téléphone portable, son parapluie, sa voiture, son bus, son ordinateur personnel ou professionnel, ses médicaments, son avion, etc., et j’en passe. Tous ces produits proviennent du reste du monde.

Ce n’est évidemment pas une tare de consommer des produits que nous n’avons pas fabriqués nous-mêmes, surtout en ces temps de mondialisation, à la fois accélérée et diversifiée. Mais il faut veiller à donner, en contrepartie des produits issus de la sueur productive des peuples, des marchandises issues de la sueur productive algérienne.

Or, dans ce domaine, l’Algérie n’a pas brillé tout au long de l’histoire de son développement et ne brille pas encore. Pour l’essentiel, elle est une République commerciale qui troque un don de la nature (le pétrole) contre le produit de la sueur des peuples.

Les économistes ont mis beaucoup de temps à reconnaître que le développement n’est pas une addition, mais un produit de facteurs.

Comme le zéro en arithmétique qui annule le produit de facteurs, quelle qu’en soit la valeur, il existe, en économie de développement, des facteurs immatériels qui se meuvent en facteurs absorbants de l’effort national de développement que l’Etat algérien n’a pas pris en charge depuis l’indépendance parce que dominé par un économisme d’Etat historique.

Nous désignons, ainsi, les hautes valeurs humaines comme l’esprit de sacrifice, le dévouement, la foi en sa mission, l’attention pour la chose publique, la probité, l’intégrité, l’honnêteté, la loyauté, le haut sens du devoir et de l’Etat, des égards pour le sérieux, le mérite et la compétence, etc., autant de stimulis que la pratique du développement algérien a ignorés, à tous ses âges, parce que l’Etat n’y a accordé aucune considération.

Ma longue expérience dans la recherche en économie de développement m’enseigne, aujourd’hui, qu’aucun développement authentique ne pourrait prendre forme dans un espace donné, si l’on ne greffait pas ces valeurs citées, ci-dessus, à ses moyens humains, matériels, technologiques, financiers, organisationnels, managériaux, etc.

L’argent seul ne permet d’acheter que les moyens de la modernité, mais jamais le processus de développement qui suppose un complexe de conditions qu’il faut considérer dans leurs interactions.

C’est pour cela qu’il faut peut-être œuvrer, avec de nouveaux hommes et femmes et à l’intérieur de nouveaux concepts, de nouvelles convictions, de nouvelles croyances, de nouvelles pratiques et de nouvelles méthodologies, dans le sens d’une transformation structurelle respectueuse de la synergie de ses acteurs et facteurs.

Le développement que je préconise pour l’Algérie sera donc à dominante immatérielle.

– En tant qu’universitaire, quel rôle attribuez-vous à l’université, dans la phase actuelle ? Produit-elle assez de compétences pour préparer l’Algérie de demain ?

Comme je l’affirmais dans mon argumentaire précédent, le développement dans les économies ou sociétés politiques à l’algérienne n’a pas sollicité, outre mesure, l’université. De plus, il n’y a pas, dans un contexte de consommation passive ou de consumérisme, de demande sociétale visible ou explicite de savoir en vue du décryptage raisonné des phénomènes sociétaux.

Même si, de l’avis de J. M. Keynes, «tous les hommes politiques appliquent, sans le savoir, les recommandations des économistes souvent morts, depuis longtemps et dont ils ignorent le nom», force est de reconnaître que les décideurs algériens ont tenté, du moins officiellement, de s’affranchir de leurs théories et livres, pour emprunter la voie du pragmatisme et de l’empirisme.

Mais, cette voie n’est ni fertile ni fertilisante d’un réel à la fois compliqué et complexe. Là, s’impose la démarche scientifique.

Et comme les décideurs algériens, même lorsqu’ils sont des hommes ordinaires, non suffisamment préparés à leurs missions respectives, se croient, du haut de leurs postes, définitivement et irréversiblement établis, ils s’érigent en polymathes qui n’ont besoin, ni de livres, ni de conseils, encore moins d’analyses de quelque écrivailleur de faculté, pour paraphraser le grand économiste J. M. Keynes.

Il faut dire néanmoins, à leur corps défendant, que le système économiquement atone qui les emploie ne les incite pas à ce type d’ouverture, parce que, précisément, il ne les récompense pas, selon ce critère.

Cependant, en surestimant la petite difficulté de comprendre les idées nouvelles, ils sous-estiment la grande difficulté d’échapper aux idées anciennes. «Ce qui arrive, en fin de compte, ce n’est pas l’inévitable, mais l’imprévisible». (J. M. Keynes).

Quant à dire, maintenant, si l’université produit suffisamment de compétences pour l’Algérie de demain, je suppose que «oui», eu égard, au caractère international de la localisation d’aujourd’hui, du produit de l’université (toutes disciplines confondues) et de l’Ecole algérienne, en général.

On peut évidemment accroitre ces compétences dans une Algérie nouvelle façonnée selon les valeurs du mérite, du savoir et de la compétence. Il suffit, pour cela, de promouvoir un développement national authentique, loin de la logique rentière qui anonyme ou anonymise les hommes, en faveur de l’argent.

Dans ce contexte où la création de richesses est l’unique critère discriminant, la force de travail devient, indépendamment de tout autre facteur, un objet de convoitise économique, une source de revenu digne et décent et une ressource de vie honorée et glorifiée. Les Algériens seraient nombreux à donner l’exemple en se qualifiant davantage.

Mais ne cachons pas le soleil avec un tamis, ce n’est pas le cas, aujourd’hui, où l’effort scientifique est ingrat et où l’acquisition d’un diplôme est vue comme un simple «smig culturel » qui permet à son détenteur de gagner, lorsqu’il trouve un emploi, un peu plus que le «smig-financier».

Mais il faut dire que la compétence scientifique que résume généralement et non pertinemment, le diplôme, n’est pas une panacée dans le domaine du développement. Il faut y ajouter nécessairement le sacrifice, l’abnégation, le dévouement, le respect, l’écoute, l’honnêteté, la loyauté, la probité, etc.

Dans une nouvelle Algérie qui ne ressemble pas à celle d’aujourd’hui, la science économique, peut-être, à l’instar des autres sciences sociales, convoquée. Cependant, dans ce vaste océan où la vérité ne s’écrit qu’en minuscules et d’où, on parvient rarement, après de longues études et réflexions, à extraire une bonne goutte de savoir, la prudence doit être de mise.

Pour cette raison, il est recommandé de lire massivement, de travailler assidûment, d’écrire régulièrement, de s’exprimer de manière mesurée et nuancée et d’être constamment l’hôte du doute méthodique, au sens cartésien (du nom de René Descartes 1596-1650), si on veut éviter d’induire nos enfants en erreur.

Si l’erreur de la science médicale peut tuer un patient; l’erreur de la science économique peut ruiner des générations. Dans ce domaine mouvant et évolutif où les théories, les concepts et les méthodes sont historiques, on est, à tout âge, plus étudiant que savant.

Les illustres économistes dits «experts» du FMI, n’ont vu venir aucune des crises qui ont mis à genoux des pays, des groupes de pays et le monde, même si a postériori ils peuvent chercher dans leurs boîte à outils (et pas toujours avec succès) les causes et les remèdes.

De grands économistes de renom dans la sphère académique ont mis en faillite des banques et des entreprises par leur gestion désastreuse.

Il en est par exemple, ainsi, de l’incontournable historien de la pensée économique, Joseph Schumpeter (1883-1950) ou du plus grand économiste du XXe siècle et probablement de tous les temps, le prix Nobel américain d’économie Paul Antony Samuelson (1915-2009) qui vantait les mérites de la planification, quasiment à la veille de la chute du Mur de Berlin.

C’est, sans doute, cette myopie épisodique que nous impose le caractère social de notre science qui a fait dire à J. M. Keynes, connu pour son érudition et son arrogance, que «les économistes sont présentement au volant de notre société, alors qu’ils devraient être sur la banquette arrière».

Qu’en serait-il alors lorsque ce même volant est entre d’autres mains qui ne savent ni le manier ni quand il faut braquer ? Prudence dans les conseils !

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