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samedi, 04 juillet, 2020
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Le confinement dévoile la domination de l’emploi précaire : Risque de paupérisation croissante

27 avril 2020 à 9 h 30 min

Pour de nombreuses familles, la situation est intenable sur le plan social. La propagation de l’épidémie et les mesures sanitaires qui en sont suivi via le confinement n’ont pas uniquement vidé les caisses des entreprises mais également les poches des citoyens, particulièrement ceux vivant de leurs activités au quotidien.

Autrement dit  les journaliers : plombiers, peintres, maçons, manœuvres, marchands ambulants, couturiers, cordonnier, les salariés informels, à l’image des nourrices et des pâtissières à domicile ou tout simplement ceux mis d’office en congé non payé par leurs employeurs se sont retrouvés du jour au lendemain sans ressources financières.

Et pourtant, concernant cette dernière catégorie, selon les experts, il n’est pas possible, sur le plan réglementaire, d’imposer aux employés un congé sans solde sans un accord préalable entre les deux parties. Habib Si Ali, consultant en droit du travail, l’a bien souligné lors d’une conférence vidéo tenue la semaine dernière à Alger sur la gestion du personnel en période de confinement.

Il a cependant précisé au sujet de la rémunération, qu’il était «légal» de modifier les salaires en fonction du temps de travail effectif. Dans ce cadre, ceux qui ont «la chance» d’être opérationnels en télétravail ne risquent pas de voir leurs rémunérations baisser mais d’autres ont déjà commencé à subir l’impact d’une telle situation. «Nos salaires du mois d’avril ne sont pas assurés», nous confie une éducatrice dans un jardin d’enfants.

D’autres qui ont l’habitude de se débrouiller en cumulant deux emplois entre le formel et l’informel sont également en manque d’argent pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Agent de nettoyage chez Netcom, Salah travaille également en dehors de ses horaires officiels comme gardien dans une entreprise privée pour boucher les trous et arriver un taux soit à boucler les fins de mois. Mais depuis le début du confinement, il se contente de son salaire versé par Netcom. Un salaire qu’il a déjà épuisé.

En attendant, celui de mars, il s’est retrouvé ainsi en cette mi-avril avec seulement 90 DA dans la poche alors qu’il attend l’arrivée de son premier enfant. «Avec quoi, je vais accueillir la naissance de mon bébé ?», s’interroge-t-il tristement.

Ils sont nombreux à vivre la même situation que Salah et à subsister des activités non déclarées. C’est cette catégorie qui souffre aussi de cette situation, comme c’est le cas de ces cordonniers qui s’installent aux coins des rues et qui ne travaillent plus aujourd’hui ou de ces nourrices assurant la garde des enfants (scolarisés dans les écoles publiques).

Combien sont-ils au final à tomber dans la précarisation la plus totale ? Répondre à une telle question en l’absence de chiffres n’est pas chose aisée. Cibler les aides annoncées la semaine dernière par le chef de l’Etat, qui a demandé l’accélération de l’identification des personnes à soutenir avant Ramadan, s’annonce également complexe. C’est la course contre la montre au niveau des administrations pour établir les listes, et les chaînes ont déjà commencer à se constituer au niveau des services sociaux des APC.

Un dispositif d’aide et des interrogations

Si auparavant (avant 2019), c’était le couffin du Ramadhan qui faisait l’objet de convoitises, de scandales et de détournements, cette année c’est l’aide instituée par chèque depuis Ramadhan 2019 pour un montant de 6000 DA et augmentée à 10 000 DA en cette période de crise sanitaire qui risque de créer une situation anarchique au même titre que l’aide décidée au profit de ceux affectés par le confinement. C’est dire toute la complexité du dossier. Déjà que l’aide est jugée dérisoire.

Officiellement, dans le cadre des opérations de solidarité en direction des familles nécessiteuses pour le mois de Ramadhan et de soutien en direction des familles affectées par les mesures de prévention et de lutte contre l’épidémie du coronavirus, il a été décidé de l’octroi d’une allocation de solidarité d’un montant de 10 000 DA par famille. Des instructions ont été données pour un recensement rapide des bénéficiaires en vue du versement de cette allocation de solidarité avant le mois de Ramadhan.

Maires, walis délégués et walis ont été associés à cette opération. Le ministère des Finances a déjà donné son aval pour le versement de ces aides qui excluent d’office les célibataires et ceux ayant des fiches de paie. Une exclusion qui risque d’impacter plusieurs familles socialement fragiles et démunies qui dépendent du travail d’un des enfants dans le circuit informel. Ces familles vivant déjà habituellement en dessous du salaire national minimum garanti (SNMG) ont vu leur situation se dégrader et se précariser encoure plus. Combien sont-elles ?

De quoi vivent-elles aujourd’hui, sachant que la sphère informelle contrôle, selon la Banque d’Algérie, plus de 33% de la masse monétaire en circulation, plus de 40/45% de l’emploi concentré dans le commerce, les services, les saisonniers dans l’agriculture, et plus de 50% de la valeur ajoutée hoirs hydrocarbures. Combien d’emplois perdus dans ce contexte ? Autant de questions qui montrent le lourd impact de la crise sanitaire sur les familles démunies et pose le cas d’une paupérisation croissante.

Ce qui pourrait accentuer davantage les inégalités sociales. Prendre en charge cette problématique passe par la disponibilité de données fiables. Or, ce sur ce point, l’information fait défaut, place alors à la gestion dans l’urgence. Ce problème d’absence de statistiques a toujours été au cœur de la problématique de la politique sociale de l’Etat, notamment celle des subventions qui fait débat ces dernières années.

Si de nombreux pays ont dès le début de la crise mis en place ou élargi les dispositifs de chômage et les aides sociales utilisant les technologies de l’information pour un meilleur ciblage, l’Algérie a tardé à rendre publiques ces aides les annonçant à moins de deux semaines du Ramadhan, créant ainsi une certaine confusion. Abdoune Bennallaoua, spécialiste en pauvreté, nous le dit d’ailleurs dans cet entretien. «L’objet de cette mesure n’est pas précis et nous avons l’impression qu’à travers un seul dispositif, l’exécutif veut montrer qu’il apporte une réponse à la crise sanitaire et qu’il reconduit le couffin du Ramadhan.»

Des points restent donc à éclairer dans ce cadre, notamment pour l’identification de ceux ciblés par l’enveloppe dédiée au couffin du Ramadan et ceux concernés par la perte d’emploi.

Législation d’urgence

L’absence d’un mécanisme de chômage partiel accentue la problématique. Ce que notera d’ailleurs Mounir Aït Belkacem, avocat-associé au cabinet L&P (DLA Piper Africa). Plaidant pour une législation d’urgence, notre expert rappellera que le mécanisme de sauvegarde d’emploi à travers la CNAC n’est pas adapté à ce type de situation.

Pour l’expert, les modalités de chômage technique doivent s’appuyer sur les négociations collectives avec les représentants des travailleurs, ce qui permettra de couvrir une partie des salaires pendant la période d’arrêt d’activité. «Il est important de revoir le cadre juridique algérien afin de permettre notamment de couvrir la partie restante du salaire par l’Etat», a-t-il recommandé. D’où la nécessité d’enclencher un dialogue social entre le gouvernement, les employeurs et les syndicats. L’idée d’une tripartite pour gérer l’après-corona n’est pas à écarter.

 

> Dossier réalisé par   Samira Imadalou



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