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L’attentisme et les blocages s’annoncent dans la durée : La crise politique déteint sur l’économie

09 décembre 2019 à 9 h 30 min

Alors que le procès des affaires des usines de montage automobile et du financement de la campagne électorale pour le 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika se poursuit avec des chiffres sur les montants détournés à donner le tournis, les inquiétudes s’intensifient sur l’avenir économique du pays.

A la situation d’impasse engendrée ces dernières années par l’ampleur du phénomène de la corruption, l’incurie du système en place pendant vingt ans, le gaspillage outrageant et l’absence des réformes économiques, s’ajoutent les incertitudes politiques qui planent sur le pays.

Le rejet populaire catégorique de l’élection du 12 décembre 2019 et l’entêtement des décideurs à aller vers ce rendez-vous viennent alourdir ces incertitudes avec tout leur impact sur l’économie et le monde de l’investissement en perte de vitesse depuis quelques mois sur fond d’une absence totale d’un climat de confiance.

C’est dire que les opportunités sont extrêmement défavorables aux affaires dans cette phase de blocage. L’hésitation des opérateurs économiques et l’attentisme se font d’autant de plus en plus ressentir sur le terrain. Investissements, signature de contrats et même annonce de petites nouveautés au sein de certaines entreprises sont en stand-by.

La participation à la 28e Foire de la production nationale (FPN) prévue du 19 au 28 décembre, c’est-à-dire une semaine après le rendez-vous «forcé» risque de baisser. En effet, «tout dépend de l’après 12 décembre», nous dit un opérateur économique habitué à prendre part à cette manifestation. «Nos clients n’arrivent pas à se décider pour l’événement même. D’habitude, on nous contacte des semaines avant l’événement notamment pour les affiches publicitaires, mais là, ça roule au ralenti», nous confie une spécialiste en communication d’entreprise.

Et d’ajouter : «En proposant nos services à nos clients habituels, on nous répond : ‘‘Nous observons et nous attendons l’évolution de la situation.» Ces hésitations et ces craintes ne sont qu’un échantillon de ce qu’appréhendent les Algériens tant sur les plans sociaux qu’économiques.

Déjà bien avant que l’incertitude politique ne s’installe dans la durée, début février 2019, la Compagnie française d’assurances pour le commerce extérieur (Coface), avait classé l’Algérie dans la catégorie C, qui concerne les pays à «risque élevé».

La note C signale à titre indicatif que les perspectives économiques et financières présentent des incertitudes et que le contexte politique peut connaître de fortes tensions. Quelques mois après en août 2019, soit six mois après le début du hirak, la même compagnie actualise ses données en prenant en compte le contexte politique et social.

Issue incertaine

En évoquant une transition à l’issue indécise, la Coface avait averti que cette incertitude politique en perdurant risque d’entraver l’élaboration des politiques publiques. Et c’est le cas aujourd’hui et ça l’a toujours été. Les politiques publiques clairement réfléchies ont toujours fait défaut, laissant place au bricolage.

Ce qui risque fortement de se reproduire, faute d’une gouvernance légitime basée sur la bonne gouvernance et la valorisation du savoir. Or, les conditions ne sont pas assurées à cet effet. Ce qui expliquent les appréhensions des uns et des autres sur l’avenir proche du pays. Les avis convergent à ce sujet : «Quelle que soit l’issue de l’après-12 décembre, la situation économique est très inquiétante.» Et ce, d’autant que les indicateurs sont loin d’être rassurants.

Juste un petit rappel des conséquences d’une gestion désastreuse des finances publiques : l’Algérie a engrangé un volume de réserves de change considérable de l’ordre de 200 milliards de dollars (mds USD) fin 2013 (lorsque le baril était au plus haut) en plus des 55 mds USD ramassés de la constitution du Fonds de régulation des recettes (FRR) créé en 2000 pour amortir les chocs, mais complètement consumés en l’espace de quelques mois.
La chute des cours du pétrole fin 2014 n’a fait que révéler la forte dépendance vis-à-vis de la rente dont les recettes n’ont fait que baisser au cours de ces dernières années. Résultat : déséquilibre des finances de l’Etat et érosion des réserves de change qui ont atteint 79,88 mds USD à la fin 2018, contre 97,33 mds USD en 2017, soit une contraction de 17,45 mds USD pour descendre à 51,6 mds USD fin 2020, selon les prévisions du projet de loi de finances 2020 qui sera prochainement signé dans ce contexte tendu (par qui ?).

Et pour couronner le tout, l’on nous annonce un éventuel retour au financement non conventionnel. C’est dire que la situation actuelle a complètement miné le climat des affaires et ira en s’aggravant. Car, il est quasiment impossible dans de telles conditions d’instaurer la sérénité pour redonner confiance aux investisseurs. Il sera ainsi difficile de créer des emplois dans une telle conjoncture. Ce qui fera encore exploser le chômage.

Le coût de l’illégitimité

Sans tomber dans des scénarios catastrophes, ce sera en somme le coût lourd de l’illégitimité politique en cas de l’élection d’un «président» parmi les cinq candidats dont les programmes présentés ne font que reproduire les schémas du système (d’où ils sont issus) et du passé. Des schémas qui ont conduit à l’impasse économique d’aujourd’hui et à la détresse financière.

Les programmes en question n’apportent que des promesses populistes comme c’est le cas à chaque élection. «Le manque de légitimité politique du futur ‘‘président’’ va pousser le régime à accentuer les pratiques clientélistes avec tout ce que cela suppose comme gabegie et promotion de la médiocrité», avertit dans ce sillage Mourad Ouchichi, professeur d’économie (lire l’entretien   ).

Cela pour dire que le sort de l’économie nationale est étroitement lié au développement des événements. Mais déjà, à la lumière du déroulement du scrutin à l’étranger avec la participation insignifiante de la communauté algérienne et avec le rejet catégorique au niveau national, la question de la validation du vote se pose avec acuité. Et c’est justement face à ces craintes que le pouvoir tente de jouer sa dernière carte en multipliant les annonces.

Des promesses portant sur la titularisation de plus de 370 00 employés du pré-emploi dans les administrations publiques sont faites. Il y a eu aussi la mesure portant sur l’accompagnement des jeunes porteurs de projets dans le domaine de l’économie verte et circulaire. Certaines sources avancent même une éventuelle révision à la hausse du Salaire national minimum garanti (SNMG) de 18 000 à  25 000 DA.

Une annonce qui serait faite après le 12 décembre lors d’une rencontre entre le ministère du Travail avec le Syndicat des travailleurs algériens (UGTA) et le Forum des chefs d’entreprise (FCE). Une manière de courtiser les votants.

 

 


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