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Brahim Guendouzi. Spécialiste en commerce extérieur

«L’ampleur de la fuite des capitaux impose la convertibilité totale du dinar»

08 juillet 2019 à 10 h 00 min

De l’avis de Brahim Guendouzi, spécialiste en commerce extérieur, le temps est aujourd’hui à la réforme de la politique de change. Pour notre expert, les dysfonctionnements constatés et l’ampleur de la fuite des capitaux militent pour une nouvelle approche basée sur la convertibilité totale du dinar afin d’inscrire l’économie algérienne dans une perspective de moyen terme et pour une diversification comme unique solution de rupture avec la rente pétrolière.

– Comment expliquez-vous la baisse des cours de l’euro et du dollar sur le marché parallèle ?

Ces derniers jours, il est constaté effectivement un léger repli, anormal d’ailleurs, des cours des devises par rapport au dinar sur le marché informel. Du point de vue de l’offre, rien n’a changé, puisqu’il y a disponibilité des deux principales monnaies de référence, en l’occurrence l’euro et le dollar.

Les offreurs connus que sont les retraités, dont les pensions sont libellées dans la monnaie européenne, les émigrés et autres binationaux, qui circulent régulièrement entre l’Algérie et la France, puis enfin quelques opérateurs du commerce extérieur qui ont pu accéder au change officiel, mais qui recyclent certains montants dans l’informel profitant du gap toujours élevé entre les deux niveaux de cours.

En revanche, le changement peut s’expliquer peut-être par rapport à la demande de devises qui s’exprime habituellement sur le marché informel. Celle-ci s’est contractée de manière brusque, amenant l’ajustement de l’offre vers le bas.

D’où les cours constatés en baisse, comparativement à ceux qu’il y avait il y a quelques semaines. La question qui se pose est celle qui consiste à considérer cette tendance baissière des cours des devises de l’informel comme momentané ou bien risque-t-elle de durer dans le temps ?

Si l’on prend en considération le niveau atteint par les réserves de change et les contraintes en matière de moyens de paiement extérieur qui risquent de survenir dans les mois à venir, il y a lieu de penser que la baisse n’est que passagère.

Par contre n’est-il pas opportun de réfléchir comment tirer profit de cet important gisement de devises qu’est le marché informel au cas où il y aura détérioration du niveau des réserves de change en deçà du seuil toléré dans le domaine ?

– Peut-on lier cela à la conjoncture actuelle, sachant qu’habituellement l’euro grimpe en saison estivale et avant le hadj ?

C’est vrai qu’à l’approche de la période du hadj, qui coïncide cette année avec la saison estivale, la demande en devises sur le marché informel part à la hausse, car pour des raisons évidentes, les pèlerins, d’une part, et les touristes nationaux qui se déplacent vers l’étranger (principalement en Tunisie, en Espagne et en Turquie), d’autre part, ne se contentent pas des pécules modestes auxquels ils ont accès de façon officielle auprès des guichets de banque, ils se rabattent sur le change parallèle en vue de disposer de plus de moyens de paiement leur permettant de séjourner à l’aise dans les pays étrangers.

Ceci est constaté chaque année et de façon habituelle, puisque cela constitue l’un des arguments qui justifie le fait que les pouvoirs publics tolèrent l’existence du marché informel des devises.

Cependant, il y a un élément nouveau lié à la situation actuelle du pays, particulièrement avec l’emprisonnement de plusieurs chefs d’entreprise  et d’acteurs politiques.

Il s’agit d’un autre aspect de la demande de devises dans le marché informel émanant d’une certaine clientèle qui procède à l’achat de fortes sommes en euros ou en dollars pour les transférer vers l’étranger dans un objectif précis, celui d’acquérir des actifs (immobilier, commerce, comptes bancaires, etc.).

Cette clientèle particulière, qui agit directement ou indirectement par l’intermédiaire de passeurs, est devenue très vigilante et fait actuellement profil bas par crainte des sanctions pénales au regard du durcissement constaté de la part des juges à l’encontre de tous ceux qui procèdent à la fuite des capitaux.

D’autant plus que les services des Douanes, ainsi que les agents de la PAF, ont renforcé leurs dispositifs afin de contrecarrer les transferts illicites de devises. D’ailleurs, des sommes importantes en devises sont régulièrement saisies au niveau des aéroports et des ports au titre des infractions liées au contrôle des changes en vigueur en Algérie.

Plus encore, les voix, qui s’élèvent actuellement un peu partout (avocats et associations), demandant la récupération des richesses transférées illégalement vers l’extérieur du pays, par tous les moyens légaux et en concertation avec des gouvernements étrangers, dissuadent pour le moment les mouvements de fuite des capitaux.

– Qu’en est-il par ailleurs de l’impact de la baisse des opérations du commerce extérieur sur la demande en devises sachant que certains opérateurs de l’import préfèrent passer par le marché parallèle ?

Les activités de commerce extérieur représentent certainement un canal privilégié du recours au change parallèle.

Tout d’abord, certains importateurs de marchandises prohibées ou de contrefaçon (comme par exemple les produits pyrotechniques, la pièce de rechange automobile, etc.), qu’ils arrivent à introduire sur le marché national, assurent le financement en devises des transactions en question grâce au marché informel. C’est d’ailleurs une autre composante de la demande de monnaies étrangères sur ce marché.

La dimension de ces pratiques frauduleuses reste toutefois modérée comparativement à l’importance du volume et du nombre d’opérations d’importation qui sont réalisées par la voie officielle via la procédure de domiciliation bancaire qui signifie autorisation de change.

En revanche, on peut relever à travers ce dernier aspect le fait que certains importateurs, arrivant à pratiquer la surfacturation, alimentent l’offre de devises sur le marché informel, réalisant ainsi des gains supplémentaires en profitant du différentiel entre taux de change officiel et cours de change au noir. Il y a donc deux aspects du commerce extérieur qui relèvent directement de l’informel, puisque des opérations en monnaies étrangères y sont adossées : l’un se rapportant à la demande et l’autre à l’offre de devises. Chaque aspect ayant contribué au dynamisme qui est reconnu aujourd’hui sur le marché parallèle des devises.

– Quels dispositifs adopter pour réglementer le marché de la devise ?

L’Algérie a adopté officiellement le régime de flottement dirigé du taux de change, permettant à la Banque d’Algérie d’opérer régulièrement des ajustements par rapport aux fluctuations des principales devises et en fonction des déterminants structurels et macroéconomiques.

Un contrôle de change est exercé, puisque le dinar est uniquement convertible sur les transactions courantes. Le règlement n°07-01 du 03 février 2007 relatif aux règles applicables aux transactions courantes avec l’étranger et aux comptes en devises constitue la référence régissant les transferts de devises vers l’étranger.

Une modification de ce règlement s’est opérée le 06 mars 2016 (règlement n° 01-2016) avec l’introduction des bureaux de change. Mais sur le terrain, point d’application, même avec les nouvelles dispositions contenues dans le règlement n° 17-01 du 10 juillet 2017 relatif au marché interbancaire des changes et aux instruments de couverture du risque de change. Toujours est-il, les transactions informelles sur devises restent la pratique dominante.

Aussi, l’heure est venue de faire le point sur tout ce qui concerne la politique de change de l’Algérie. Les dysfonctionnements constatés et l’ampleur de la fuite des capitaux militent pour une nouvelle approche basée sur la convertibilité totale du dinar afin d’inscrire l’économie algérienne dans une perspective de moyen terme et pour une diversification comme unique solution de rupture avec la rente pétrolière.

Cette option nécessite évidemment une période transitoire afin de mettre à niveau l’ensemble des dispositifs réglementaires. Cette option est défendue par de nombreux chefs d’entreprise qui souhaitent se développer à l’international, mais qui restent freinés par une réglementation de change restrictive.

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