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Abdelghani Bessaha. Docteur d’État en sciences économiques

«L’Algérie n’a pas de visibilité économique»

24 juin 2019 à 10 h 00 min

Abdelghani Bessaha a travaillé dans de nombreux secteurs en Algérie (diplomatie, commercial, industrie, finances et université). Staff du FMI pendant 28 ans, il est spécialiste de macroéconomie et des pays fragiles et en post-conflits (Soudan, Rwanda, Burundi, Afghanistan, Haïti, entre autres). Il a eu à couvrir en outre beaucoup d’autres pays en Afrique, Asie, Moyen-Orient, Amérique du Sud et Caraïbes. Conseiller en macroéconomie de quelques gouvernements dans le monde et professeur d’économie aux Etats-Unis, il plaide dans cet entretien pour l’urgence d’une relance de l’économie pour réduire le chômage et accroître les revenus de la population.

– Que pensez-vous des multiples convocations et emprisonnement d’anciens hauts responsables de l’Etat et chefs d’entreprise ces derniers jours ?

Ces événements ont un trait commun qui est celui de la dilapidation des ressources publiques. En ce sens, l’action des autorités s’interprète comme un signal important pour une rupture totale avec la gouvernance déliquescente qui a cours jusqu’à récemment.

La bonne gouvernance et l’utilisation rationnelle des ressources publiques sont vitales pour faire avancer le pays sur le chemin de la croissance et de la prospérité. Mais également rétablir la confiance de la population vis-à-vis de ses dirigeants, qui doivent prendre en charge des défis colossaux du pays au cours des prochains mois.

C’est donc un bon début, mais il y a encore beaucoup d’efforts à entreprendre au cours des mois à venir pour enraciner dans la vie quotidienne les pratiques de la bonne gouvernance et de la transparence dans la gestion des ressources de la nation.

– Comment est-on arrivés à ce niveau de déliquescence de l’Etat et à ce niveau de corruption jamais égalé ces dernières années ?

De nombreux facteurs ont contribué à cette situation. Tout d’abord, il faut se rappeler l’affaiblissement des structures de l’Etat survenu au cours de la décennie noire.

En second lieu, la rente abondante qui a alimenté le budget de l’Etat entre 2000 et 2014 et qui a donné l’illusion de la prospérité et de l’abondance (encouragée d’ailleurs par des politiques économiques ayant privilégié la consommation et l’importation).

Et ceci dans un contexte d’absence de gouvernance rigoureuse. Un autre facteur est bien entendu l’absence de réels contre-pouvoirs, y compris une presse libre, une société civile forte et un pouvoir judiciaire indépendant.

Ces contre-pouvoirs sont utiles, car in fine, ils permettent aux décideurs de faire des choix de sociétés judicieux et surtout de réajuster les politiques publiques en cas de besoin.

– Des chefs d’entreprise aux arrêts et des milliers d’emplois sont déjà compromis. Que faire pour sauver ces entreprises de la faillite et sauver du coup l’emploi ?

Dans toute économie, l’emploi est un processus dynamique de création et de destruction de postes de travail. Ce processus dynamique met en interaction des facteurs technologiques, démographiques, financiers, économiques et sociaux.

Pour ce qui est de la création d’emplois, elle est le résultat direct de l’investissement public ou privé. Lequel est le produit de politiques appropriées du pays sur les triples plans macroéconomique, structurel et sectoriel.

La situation de l’emploi en Algérie est très difficile. Tous les indicateurs sont préoccupants. Ils reflètent, d’une part, la faiblesse de l’activité économique, et d’autre part, l’absence de politiques appropriées dans ce domaine.

La croissance économique n’est pas suffisante pour absorber les flux annuels de demandeurs d’emploi (environ 200 000 par an), dont la plupart sont des primo demandeurs, et encore moins de réduire le stock de chômage (137 8000 chômeurs). En outre, les secteurs employant le plus de travailleurs demeurent le bâtiment et travaux publics et les services. Ces secteurs fournissent des emplois temporaires à faible revenu.

Un autre facteur préoccupant est le fait que la classe d’âge de chômeurs affectés les plus durement est celle des 19-49 ans, la force vive du pays. De plus, le chômage des femmes est très élevé et se situe à 19%.

Dernier élément de préoccupation, le taux de participation qui se situe à 41% en moyenne. Un taux faible, en comparaison des autres pays, qui se situe entre 55 et 75%. Un tel taux de participation est une forte contrainte sur toute politique de renforcement de la croissance économique. Les facteurs explicatifs sont nombreux :

• Premièrement, les politiques du genre, de l’éducation et la structure des ménages qui sont des éléments déterminants dans le processus de décision des populations en âge de travail de rejoindre le marché du travail restent faibles ou sont absentes.

• Deuxièmement, les programmes de gestion du marché du travail, les institutions et les facteurs non économiques qui jouent un rôle fondamental dans la décision d’une personne de trouver et/ou garder un emploi et les avantages de travailler sont inexistants et poussent à la baisse le taux de participation.

• Troisièmement, les politiques développées pour affronter le défi posé par certaines catégories de travailleurs, notamment les gardes d’enfants, les politiques de la famille, les systèmes de retraite et les autres mécanismes de transfert sociaux et de départ en retraite sont faibles.

• Pour ce qui est des femmes, leur taux de participation passe par une attention particulière à leur éducation, la fertilité et le mariage. Ces domaines demandent des efforts significatifs.

L’emploi est donc un enjeu capital pour le pays. Pour ce faire, nous devons développer une stratégie de développement à long terme et mettre en place les politiques macroéconomiques et structurelles qu’il faut pour faire face à ces défis. Le pays peut relever ces défis.

– La Foire d’Alger a révélé que l’Algérie est désormais boudée par les étrangers. Que faire pour y remédier et comment est perçu le climat des affaires et le marché algérien de l’extérieur ?

L’Algérie, un pays qui pourrait rejoindre le peloton des pays émergents, n’a pas de visibilité économique. Pourquoi ? Trois éléments fondamentaux: premier point, l’articulation d’une stratégie à long terme qui donne la visibilité économique au pays vis-à-vis de tous ses partenaires domestiques et extérieurs.

Peut-être que nous avons une stratégie mais rares sont ceux qui la connaissent. Ceci me mène au second point, l’absence d’une politique de communication sur le plan économique lequel est aujourd’hui la pierre angulaire des relations internationales.

A part quelques roadshows qui ont toujours privilégié le mercantilisme à court terme de façon brouillonne, d’ailleurs rien n’est fait sur le plan de la stratégie économique et des politiques publiques que nous voulons mettre en œuvre. Dans un monde qui plonge dans l’information en continu comment être absent ? Dernier point, notre climat des affaires est contraignant.

Un système bancaire archaïque, un marché des changes squelettiques, un marché financier anémié, une administration tatillonne, un cadre juridique pour l’investissement international et domestique inadéquat, etc., sont autant de facteurs de blocage qui ne permettent pas de placer la destination Algérie dans les cercles internationaux du business.

Doit-on rappeler qu’aucune nation dans le monde ne peut se développer sur la base de ses propres ressources uniquement. L’épargne internationale est incontournable pour assurer une croissance élargie et inclusive et créer de l’emploi. L’Algérie a les moyens de relancer son économie, réduire son chômage et accroître les revenus de la population. Mais faisons- le vite.

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