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L’Algérie face aux enjeux du marché régional de l’hydrogène vert

15 février 2021 à 11 h 02 min

Dans sa note interne  diffusée par son département de veille le mois de janvier 2021, un des acteurs majeurs  du marché régional des énergies renouvelables a signalé  qu’officiellement  l’Algérie ne figure pas à présent sur la liste des pays du MENA candidats  au partenariat avec  l’Europe dans le marché de l’hydrogène vert. Bien que pour elle, l’Algérie est un exportateur favori eu égard à ses atouts naturels, de proximité et de disponibilité d’infrastructures de transports maritimes  performantes (gazoducs et navires), il n’en demeure pas moins que le retard du lancement du programme solaire   générateur de l’hydrogène vert dans notre pays oblige la communauté d’Europe à se tourner  vers d’autres pays du MENA plus engagés et mieux préparés. Est-il vraiment trop tard pour  l’Algérie de négocier son positionnement sur cette liste ?

La transition énergétique et le marché énergétique régional

Il est important, à notre sens, que les animateurs du débat engagés sur le sujet de la transition énergétique ne puissent pas omettre aujourd’hui trois paramètres essentiels dans leurs approches : le timing, l’évolution du marché régional des énergies renouvelables et les nouvelles exigences réglementaires et environnementales que la communauté européenne est en train de préparer pour l’échéance 2030 ; année buttoir du passage à l’énergie verte zéro carbone.

L’Europe sera un grand demandeur de cette énergie et elle sera obligée de recourir à son importation auprès des pays du MENA. Bien que pour elle, l’Algérie est l’exportateur favori eu égard à ses atouts naturels, de proximité et de disponibilité d’infrastructures de transports maritimes performantes (gazoducs et navires), il n’en demeure pas moins que notre pays accuse pour le lancement de son programme solaire générateur de l’hydrogène vert oblige la communauté d’Europe à se tourner vers d’autres pays du MENA plus engagés et mieux préparés.

Dans sa note interne diffusée par son département de veille le mois de janvier 2021, le consortium international Terra Sola vient de signaler qu’officiellement,  l’Algérie ne figure pas à présent sur la liste des pays du MENA candidats au partenariat avec l’Europe dans le marché de l’hydrogène vert. Il n’est pas trop tard pour notre pays, mais sachons que ce retard se chiffre en centaines de millions de dollars de pertes annuelles, soit une perte de plus d’un demi-million de USD par tranche de 1GW de production d’électricité par le solaire photovoltaïque .

La position algérienne par rapport à la communauté européenne

L’Algérie a-t-elle suffisamment d’arguments pour convaincre la CE, d’autant qu’après la chute des prix du pétrole, elle a affiché sa détermination à basculer vers la transition énergétique en privilégiant le soleil et l’éolien. A notre sens, l’Algérie ne peut pas demander aux acteurs mondiaux du marché de la rejoindre dans ses vœux.

La volonté politique ne suffira pas tant que les engagements du pays n’ont pas été accompagnés par des actions concrètes. Notre pays dispose de deux ou trois années seulement pour pouvoir négocier une telle candidature.

Son absence sur la liste des candidats s’explique : il n’y a aucun indicateur rassurant qui dénote que son processus de transition énergétique est porté par une vision stratégique de long terme. Alors qu’auparavant, il était attendu qu’elle devienne le partenaire numéro un, il se trouve que certains pays du MENA nourrissent déjà l’ambition de lui conquérir cette place, à l’image du Maroc, la Tunisie, l’Arabie Saoudite, les EAU et l’Egypte.

La place de favori de l’Algérie face à ses concurrents du MENA

Les résultats de l’indice de transition énergétique 2020 établis par le forum économique mondial indiquent que mis à part le Maroc classé au 51e rang, le Qatar (53e), Oman au 73e rang, l’Algérie (83e) dépasse l’Egypte (84e), l’Arabie Saoudite (86e) et la Tunisie (89e). Cela n’empêche pas que sur le plan des tractations, l’Arabie Saoudite ait annoncé des activités solaires et d’hydrogène dans la gamme des gigawatts en janvier 2021.

Aussi, l’Egypte se prépare également à recevoir une partie du partenariat énergétique lucratif avec l’Europe, dont la commission européenne estime le volume à 140 milliards d’euros d’ici à 2030. Aux EAU, un mémorandum a été signé le 24 janvier 2021 entre ADNOC, le fonds souverain Mubadala et la holding ADQ d’Abu Dhabi pour que le capital émirati devienne le principal exportateur d’hydrogène bleu (à partir du gaz naturel) et d’hydrogène vert (produit à partir de sources d’énergie solaire).

Au Maroc, la première unité de production de l’hydrogène en Afrique pourrait être lancée plutôt si nous nous en tenons au mémorandum signé, à cet effet, le 10 juin 2019, à Berlin, par l’ambassadeur du Maroc en Allemagne, et le ministre fédéral de la Coopération économique et du Développement. Avec la mise en œuvre de ses initiatives éoliennes et solaires, notre voisin a déjà créé des capacités considérables de production d’électricité verte et donc un potentiel de production d’hydrogène vert.

Appels d’offres ou système EPC + : quel choix pour l’Algérie ?

Le consortium international Terra Sola, dont la société algérienne Terra Sola Algérie est membre aux côtés des membres acteurs du marché, notamment allemands et chinois, a rejoint la CE pour privilégier la voie de l’hydrogène vert mais non sans admettre que cela ne saurait être possible en Algérie sans l’existence d’une chaîne de valeurs de production d’électricité photovoltaïque.

Pour une échéance de trois années seulement, notre pays est obligé d’évoluer directement vers la voie du programme intégré qui est une démarche macroéconomique et non microéconomique comme le suggère la voie des appels d’offres peu rassurante pour les acteurs mondiaux du marché. Les difficultés financières du pays, l’importance de l’investissement pour le long terme de la transition, les exigences du développement durable et le timing ne permettront pas d’inscrire le programme dans une chaîne de valeurs durable sans le recours au financement externe basé sur le système EPC + (( E: engineering, P : procurement ou approvisionnement, C : construction et Plus : entièrement financé par la partie construction). C’est la démarche que Terra Sola Algérie adopte pour son programme d’investissement des 5 milliards de dollars en Algérie.

En effet, c’est le parti EPC plus finance devenant partenaire de l’Algérie dans le projet qui assume entièrement le risque de construction et de performance. Le gouvernement algérien n’a aucun risque à prendre car il ne dépensera pas d’argent et ne remboursera le prêt avec les revenus du projet que lorsque le projet est performant et générant des revenus. Ce n’est qu’avec ces revenus du projet que le gouvernement remboursera le prêt.

La partie EPC développe localement des connaissances et assure le transfert de technologie afin de garantir une performance à long terme afin de récupérer le prêt. L’appel d’offres est axé sur une seule transaction et n’a ni esprit de partenariat ni intérêt à long terme pour performance. Dans un appel d’offres, le constructeur ne prendra aucun risque de construction. Il n’est pas intéressé par la performance à long terme ni par le transfert de la technologie et du savoir .

Le pari de l’hydrogène et les exigences du développement durable

Notre pays se doit de s’engager dans cette forte et irréversible dynamique mondiale tout en épargnant les ressources hydriques du pays pour les futures générations notamment dans le Sud. En termes de développement durable, le recours à l’électrolyse de l’eau pour produire l’hydrogène vert doit être rassurant pour notre environnement.

Il est évident que l’eau nécessaire à la production de l’énergie verte est stratégique en ce qu’elle constitue une énergie peu renouvelable. Au commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, on considère que l’hydrogène bas carbone obtenu par électrolyse de l’eau est une solution plus respectueuse de l’environnement d’autant que l’hydrogène durable représente une solution complémentaire pour produire et stocker des énergies renouvelables.

Les besoins à satisfaire pour la production et l’exploitation de l’hydrogène vert peuvent être extraites aussi par des eaux souterraines que par les eaux superficielles qui sont plus importantes au Nord.

Selon certains experts, l’eau utilisée dans l’électrolyse peut être prise au Sud de l’importante nappe albienne qui, dans certains lieux, effleure la surface mais aussi de la mer au Nord grâce au système de dessalement des eaux de mer, tout en restant conforme aux accords internationaux signés par l’Algérie en matière de développement durable, notamment l’accord de Paris de 2015 de lutte contre le changement climatique et ce qui a trait à la lutte contre l’érosion côtière, la réhabilitation et protection des infrastructures existantes contre les risques d’impacts climatiques .

Quel leadership pour la transition énergétique en Algérie ?

Nombre d’investisseurs étrangers potentiels que nous avons rencontrés enregistrent avec regret des annonces sans lendemain. Ils considèrent que notre pays fait face à une crise de leadership pour le lancement du processus de transition énergétique. Le ministre de l’Energie vient d’annoncer à la presse qu’une entreprise sera bientôt créée pour gérer à l’avenir les projets liés aux énergies renouvelables.

Sur un autre registre, le groupe Sonelgaz a déclaré sa légitimité de détenir le monopole sur les énergie renouvelables. En même temps, le ministre des Energie renouvelables et de la Transition énergétique annonce la création d’une «Sonelgaz bis» qui relèvera de la tutelle de son département ministériel. Tout cela invite les investisseurs étrangers à penser à de probables chevauchements dans la conduite du leadership pour la transition énergétique.

Annonce d’une nouvelle loi sur l’électricité : le verrou du monopole va-t-il sauter ?

Le ministre de l’Energie vient de déclarer que l’ancienne loi du 02.01 2002 qui devait ouvrir le secteur de l’électricité aux opérateurs et aux investisseurs et à la compétition n’avait pas été appliquée à 100% et qu’une nouvelle loi sur l’électricité pour la réussite de la transition énergétique est en cours. Nous nous joignons à ceux qui ont accueilli favorablement cette annonce qui a été enregistrée juste après celle du même ministre annonçant la création à Sonatrach d’une nouvelle société chargée des énergies renouvelables.

Cela dénote à notre sens une prise de conscience réelle de la nécessité d’ouvrir les activités de production d’électricité aux investisseurs privés nationaux et étrangers.

Nous sommes en droit de considérer que la tutelle du ministère de l’Energie sur le premier groupe d’hydrocarbures en Afrique permettra le développement d’une meilleure visibilité sur les possibilités d’exploiter rapidement des atouts existants et le potentiel historique pour conduire le processus national de la transition énergétique, notamment l’infrastructure maritime de transport et la possibilité de mettre à jour ou modifier ou enrichir une réglementation et une législation existantes et décrétées dans le cadre de ses prérogatives.

C’est là une des conditions nécessaires pour réaliser rapidement le processus de transition énergétique, mais pas suffisantes eu égard au timing et aux contraintes des échéances européennes du marché énergétique. Il y a lieu de signaler qu’à ce jour, ni les opérateurs, ni les investisseurs, ni les industriels n’ont été conviés à un dialogue avec les tutelles des ER.

Il est temps aujourd’hui de renforcer le leadership en lui créant une assise de réflexion élargie à tous ceux qui peuvent œuvrer à un sursaut d’orgueil national parmi les différents porteurs de projets dans le domaine de la production solaire photovoltaïque et l’industrie des composants privés et publics, ensemble pour la relève du défi majeur : la transition énergétique.

– M. Belkacem Haouche est directeur général de la société algérienne Terra Sola Algérie, Membre du Conseil d’administration de Terra Sola, membre de Terra Sola international Consortium, porteur du projet de la plus grande plateforme industrielle solaire à Ras El Ma à Sidi Bel Abbes et d’un investissement de 5 milliards de dollars pour des installations solaires photovoltaïques en Algérie. Il est le seul Algérien à être membre du conseil d’administration du conseil de ce consortium qui regroupe les acteurs majeurs du marché mondial et régional des énergies renouvelables, notamment les leaders chinois et allemands.


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