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Essai de décryptage

La rupture du système, c’est quoi au juste ?

25 novembre 2019 à 9 h 30 min

Que veut et que demande le peuple à travers sa présence massive et historique dans la rue, tous les vendredis, depuis le 22 février ? De les faire tous partir. «Partez ! Dégagez !», scandent les citoyens. Ces slogans peuvent paraître, à l’ouïe des gouvernants visés, crus et drus. Et, effectivement, ils le sont. Mais on ne peut faire grief au peuple d’user de ce vocable d’ostracisme politique, d’autant que les «ostracisés» visés ne sont pas compris dans le sens athénien.

En effet, c’est de cette manière que s’expriment, aujourd’hui, tous les peuples à travers tous les espaces. Tel est leur langage qui, contrairement au langage gouvernemental, n’a pas d’habits d’euphémisme.

Et ceux qui attendent du peuple un autre langage que celui qu’ils entendent, ne savent pas, en vérité, ce qu’est le peuple, même lorsqu’ils en sont ou en ont été, des années durant, les gouvernants. Il est coutumier, lorsqu’il y a des troubles dans un ménage, d’en endosser la responsabilité exclusive au chef du ménage, quand bien même on démontrerait qu’il n’en aurait qu’une part limitée.

Le peuple rejette le système, mieux, il en revendique la rupture. Naturellement, il martèle les noms de ceux qui le représentent ou de ceux qu’il pense en être les représentants. Le peuple croit ainsi, seulement en les voyant quitter la scène politique, s’opérer la chute du système.

Il n’est pas question de sous-apprécier ici son intelligence qu’il a prouvée à maintes occasions. Mais il faut admettre la difficulté de la tâche, mais surtout les dangers de cette vision réductionniste. Faut-il alors, pour rendre intelligible le propos qui suit, s’appesantir sur le concept de système et montrer, en dernière instance, combien son «nœud gordien», à première vue inextricable, est facile à dénouer, pour peu que le peuple y consente.

Alors, qu’est-ce que le système dont on parle ? On peut l’imaginer comme un être mystérieux dont on peut percer le secret à partir de sa physiologie. Cet être qui n’aime pas la foule, voire les grands nombres, est une espèce d’espace fermé qui requiert sa préservation, des bénéficiaires de ses largesses, qu’il coopte, selon ses propres règles. Selon le temps et le lieu, la préservation du système est assurée, selon des procédés différenciés, pouvant être généreux, austères, actifs, passifs, défensifs ou offensifs. La finalité en est la construction d’un dividende politique en termes de longévité ou de stabilité à toute épreuve.

Cependant, fragile par nature, pour des raisons nombreuses, ce système tente et tend à impliquer, dans sa logique, toutes les forces (favorables et hostiles) qu’il convertit en plusieurs peaux qui se superposent, dans leurs épaisseurs et résiliences différenciées, au-dessus de ses organes vitaux.

– Sa première peau, la plus fine et la plus proche de ses organes vitaux, est formée par le pouvoir central composé de la présidence de la République et du gouvernement, voire l’Exécutif.
– Sa deuxième peau se rattache aux institutions de l’Etat (Assemblée populaire nationale, Sénat, Cour des comptes, Conseil économique et social, Justice, etc.

– Sa troisième peau est le pouvoir local (wilayas, daïras, communes).
– Sa quatrième peau est la presse écrite, auditive et visuelle.
– Sa cinquième peau est composée des partis politiques, des associations de citoyens et des syndicats.
– Sa sixième peau est l’état économique du pays et, dans notre cas, le sous-développement structurel qui, de par ses caractères économiques, sociaux, culturels et environnementaux défavorables, crée un lien de dépendance durable de la population, à l’égard de l’Etat, dans le cadre de la satisfaction de ses besoins fondamentaux.

Ce lien de dépendance est, en réalité, un contrat social tacite aux termes duquel la population reçoit des biens et services de l’Etat et fait, en retour, des concessions de droits et de libertés, en sa faveur.

– Enfin, la septième peau qui ramasse toutes les autres, en les couvrant, est le peuple.

La peau peuple est, en principe, la plus épaisse et la plus forte. Aucune des peaux du système ne peut l’égaler en puissance. Lorsque, pour des raisons historiques diverses, elle se fissure ou se détache des autres peaux du système, elle en emporte, dans son sillage, des lambeaux.

Fragilisées et peu uniformes, les peaux restantes ne sont plus aptes à défendre le système dont les organes vitaux sont désormais à découvert. C’est ce qui se déroule, sous nos yeux, aujourd’hui, en Algérie. Après sa longue et efficace protection du système qui eut de nombreuses contreparties réelles ou imaginaires, le peuple ne veut plus y souscrire.

Tel un pansement intelligent, il repousse toutes les autres peaux du système et ne veut plus y adhérer. Par son sursaut, il a empêché la même candidature présidentielle de rempiler, poussé le gouvernement à la dissolution, tiré ou attiré, vers lui, plusieurs membres (des lambeaux des autres peaux du système) de plusieurs corporations et métiers, (journalistes, avocats, magistrats, médecins, fonctionnaires, employés agricoles et industriels), des syndicats, des partis politiques, y compris ceux de l’ex-alliance présidentielle qui se prétendait invincible, des anciens membres du gouvernement, etc. Pourquoi ? Vraisemblablement et surtout depuis le malaise financier de 2014, le peuple a compris que les conquêtes du jour sont réversibles, que les lendemains qui chantent sont une exception, que les lendemains qui déchantent peuvent être légion, etc. Aussi, comme il ne peut y avoir de peuple sans système, il ne peut y avoir de système sans peuple.

Entre le peuple et le système, il y a une relation intime et complexe. Le premier détermine le second et le second est le miroir du premier. Aussi, un système mouvant est forcément le produit d’un peuple mouvant et un système immuable, un produit d’un peuple immuable. Il ne peut pas y avoir de système changeant avec un peuple immuable, ni de système immuable avec un peuple changeant. Il arrive, néanmoins, qu’en fonctionnant et grossissant, un système vole quelques parcelles de la souveraineté du peuple, les intègre, les transforme et les y inculque, en tant que nouveaux réflexes, souvent contraires à sa nature. Il arrive également que le système, fort de l’énergie de ses serviteurs, prenne des distances, par rapport au peuple et tende à se consolider, loin de lui.

La première règle est le formatage du peuple, selon les exigences du système et la seconde, la tentative d’autonomisation du système, par rapport au peuple. Mais ni l’une ni l’autre de ces règles aventureuses ne sauraient être durables. Au-delà d’un certain seuil variable, selon le temps et le lieu, elles rencontrent et l’une et l’autre, sur le terrain politique, la résistance populaire, comparable à l’ire d’une mère, face à l’ingratitude de son enfant qui sert, aux dépens d’elle, les intérêts d’autrui.

La question qui se pose est donc la suivante : que signifie le mot d’ordre populaire : dégagez tous  ! Ou partez tous  ? Là, le peuple, dans sa logique de peuple même, confond (ce qui arrive souvent dans des dynamiques populaires) entre le système et ses représentants centraux. Pourtant, tout indique que, lorsqu’ils partent, sous la pression de la rue, les représentants centraux du système (première peau) n’emportent pas, dans leurs «cartons», le vieux système et que ceux qui les remplacent ne ramènent pas, dans leurs «valises», un nouveau système.

Il n’y a donc pas de lien de causalité, entre le départ des anciens représentants centraux du système et la fin du système, ni entre l’arrivée de nouveaux représentants centraux du système et la naissance d’un nouveau système. Il en découle alors la conséquence de la parfaite substituabilité des représentants anciens et nouveaux du système et celle-ci est déterminée par leur parfaite ressemblance. Il y a, à cela, une raison profonde : les représentants anciens ou nouveaux du système ne sont que ses objets, tandis que le système, lui, est le vrai sujet. La rupture systémique consiste à défaire prioritairement le sujet et, ainsi, ses objets s’évanouissent d’eux-mêmes.

Alors la problématique holistique, qui est posée aujourd’hui, est de montrer comment défaire le système. La solution nous semble largement dans les possibles historiques de l’Algérie qui, malgré l’hiver de la discorde, est loin d’être une île déserte. ême à l’état atone, elle a ce que son expérience de développement sociétal de plus d’un demi-siècle, lui a permis d’acquérir : une jeunesse avertie, des entreprises et des institutions. Cette expérience a montré néanmoins, à maintes reprises, ses défaillances.

D’où l’impératif de la reconsidérer de fond en comble, dans sa dimension globale, à la lumière des revendications et attentes actuelles du peuple. Il faut comprendre moins par sa réforme que sa révolution une refondation sociétale en tant qu’édification d’un contrat social, au sens rousseauiste dans lequel le bon vivre- ensemble implique certaines concessions du peuple, au profit de l’Etat qui, en retour, offre justice et sécurité et met à l’abri des intérêts particuliers, le bien-être général, par l’intermédiaire du législateur élu par le peuple.

Cette refondation sociétale peut être déclinée en sept mues différenciées et interdépendantes ayant les unes, les autres des problématiques, termes, outils et mécanismes spécifiques à l’intérieur d’une vision à la fois synergique : la refondation politique centrale, la refondation institutionnelle centrale, la refondation politique et institutionnelle régionale ou locale, la refondation médiatique, la refondation partisane, associative et syndicale, la refondation économico-sociale et la refondation populaire. Dans cette réflexion, nous nous limiterons seulement à la refondation économico-sociale.

Dans le domaine économique, il serait assurément illusoire de penser pouvoir construire un pacte productif, sans un environnement ou des environnements de l’économie favorables. Ce sont les petites libertés extra-économiques qui façonnent, dans leurs sillage, synthèse et cohérence, le foyer de la libération de l’acte économique. Et l’acte économique est déjà assez compliqué pour qu’on y greffe, selon les us et coutumes politiques algériens, les épithètes «public» ou «privé». Dans ce contexte, il s’agit de revisiter, à la loupe, l’acte entrepreneurial algérien et de voir à quels niveaux s’en situent les défaillances.

Autrement dit, quels sont les facteurs d’atonie de la sphère économique nationale analysée du point de vue de son organisation, de son management, son output et de la relation entre celui-ci et la combinaison synergique de ses inputs ? Sont-ils dans ces conditions objectives ? Sont-ils dans ces conditions subjectives ? Faut-il interroger ces acteurs ? Le mode d’allocation des ressources ? L’acte d’investir ? L’acte de financer ? L’acte de produire ?  L’acte de manager ? L’acte de commercer ? On nous objectera qu’il existe bien en Algérie une Production intérieure brute (la PIB) ou un produit intérieur brut (le PIB) (si l’on considère aussi les services publics, financiers et domestiques), qui prouve, si besoin est, qu’il y a bel et bien une production en Algérie.

En vérité, même si on a l’habitude (faute de mieux) de reprendre à notre actif le vocable économique occidental, voire les concepts ou, dans notre cas, les catégories de la science économique, force est de reconnaître que la réalité qu’ils désignent en Algérie est souvent loin de leurs contenus.

Dans une approche académique aride, la valeur annuelle des biens et services réalisée chaque année en Algérie doit être considérée non pas comme une Production intérieure brute (PIB) ou un produit intérieur brut (PIB), mais seulement comme une Fabrication intérieure brute (FIB) que le système de comptabilité macroéconomique ignore, parce que soumis aux standards conceptuels et statistiques internationaux. En effet, il y a une différence notable entre la fabrication et la production.

La première est une opération technique qui n’est appréciée qu’à partir de la nature du «bien» qu’elle engendre. La seconde, par contre, est une opération économique.

Et en tant que telle, elle soumet le bien qu’elle engendre (ce qu’elle a, en commun, avec la fabrication) aux principes du calcul économique orthodoxe : au moins le coût, la qualité et les délais (de production) qui donnent ensemble un sens scientifique à la valeur et permettent d’en réaliser une partie à l’international.

Dans le mercantilisme moderne mondialisé d’aujourd’hui, aucun bien ne semble pouvoir receler le statut économique de produit ou de richesse, s’il n’est pas exporté ou exportable ou s’il n’est pas élu ou éligible par le marché international. En Algérie, les entreprises n’observent pas, pour l’essentiel, ces principes. Et à ce titre, elles sont plus des fabricants que des producteurs.

Revisiter l’acte entrepreneurial en Algérie revient à former des producteurs, aussi bien dans les branches de la production matérielle que dans celles de la servuction marchande. Encore faudrait-il que les services administratifs entrent, un jour, dans cette logique économique, dans le cadre de la rationalisation de la dépense publique.

Chat échaudé craint l’eau froide, dit l’adage. L’Algérie a essuyé un échec cuisant dans le domaine industriel et craint aujourd’hui sa réédition. Pourtant, il faut bien qu’elle renoue avec l’acte de production industriel si elle veut construire, un jour, l’émergence économique. Aucune économie dans le monde n’est allée loin dans son développement sans un minimum de maîtrise de l’acte de production industriel, sur lequel peut être bâtie une servuction de qualité.

Mais il est nécessaire, d’ores et déjà, de revoir, dans le sens de la baisse, nos ambitions et de divorcer d’avec le mimétisme industriel technocratique déconnecté du réel national, qui aggrave la dépendance du pays, sans lui donner une quelconque chance de négocier une place honorable dans l’économie mondiale.

Il importe, dans le cadre d’une stratégie de développement modeste, conforme à l’aptitude morale, humaine et institutionnelle de l’Algérie, de réorganiser les branches de la production matérielle sur laquelle sera édifiée une servuction privée et publique de bonne qualité, le tout construit, par rapport à un minimum politico-économico-socio-environnemental, attendu, dans l’état normal des choses, d’un développement sans épithète. Il faut que l’on s’attarde un peu sur cet objectif holistique.

– En premier lieu, bien qu’il soit quelque peu «trahi» par son appellation même, ce minimum est, en réalité, beaucoup de choses à la fois : politiques, économiques, sociales, culturelles et environnementales.

– En second lieu, le développement qui doit être la source de ce minimum est un développement (tout court). Et le fait de ne pas y accoler une particule ou un adjectif permet de l’appréhender dans sa signification transversale et de ne pas le sous-dimensionner, comme par exemple le développement économique ou social qui donne la fausse impression qu’on s’intéresse seulement à une seule facette de la vie sociétale.

Ce minimum n’est pas immuable.

Il doit varier, dans l’état normal des choses, (qui exclut les situations de crise) positivement, selon l’évolution du pays et s’étendre à d’autres aspects qui répondent aux exigences historiques de l’heure : pour lors, au moins, la liberté d’expression et d’opinion, l’eau, l’énergie, l’éducation, l’hygiène et la santé, le logement, les biens alimentaires, l’habillement et la propreté de l’environnement doivent être une priorité constitutionnelle.

Il n’est évidemment pas facile de définir ce minimum, bien qu’il soit toujours possible de l’approcher par une batterie de critères ou un indice composite. Mais quand bien même on pourrait résoudre les difficultés techniques associées à sa mesure, cette notion restera toujours confrontée à un problème de légitimité liée au choix de ses critères.

Et ce biais cognitif n’a pas de solution, en dehors de l’acceptation d’un certain degré d’imprécision, voire d’approximation sur lequel cette notion est fondée. Dans tous les cas de figure, il ne s’agit pas, pour l’Algérie, d’édifier à moyen terme les Etats-Unis d’Afrique du Nord, mais de mettre à la disposition du citoyen une quantité de biens et services de qualité honorable et à un prix avantageux, issue principalement (mais non exclusivement) de l’effort productif national. C’est déjà là une grande œuvre que de pouvoir mettre, à cette fin, en synergie, les facteurs et les acteurs de la croissance.

Dans le domaine social, il faut viser à produire le citoyen de demain apte à comprendre les défis de ce siècle et à négocier, sans complexe, une place honorable pour son pays, dans le cadre de la dynamique mondiale actuelle qui ne manque pas de complexité, de turbulences et d’incertitudes.
Les jeunes d’aujourd’hui sont déjà au diapason des réalités internationales du jour. Et à ce titre, ils sont plus les produits de l’évolution du monde que de leur pays qui peine à se mouvoir. Il faut tout «un village pour éduquer un enfant», intitulait son livre, Une ex-première Dame des Etats-Unis, et, certainement tout un pays pour réussir la construction d’un citoyen. Et tant mieux ! Au moins constitue-t-il un baromètre de l’efficacité des politiques publiques. Bon nombre de questions doivent alors être posées et résolues si l’on veut cultiver dans le cœur du jeune Algérien l’amour de son Etat.

De quoi a-t-il besoin, de sa naissance jusqu’à son entrée, dans la vie active, en tant que producteur apportant, un plus, à la valeur ajoutée nationale ? Quel savoir, quelle santé, quels réflexes, quels principes, quelle culture, quel métier, quelle carrière, quels efforts et quels résultats à moyen et long termes doit-on en attendre en tant que société  ? La chaîne des acteurs qui balisent sa vie est assez longue : la maman qui le porte et le met au monde, les parents qui l’élèvent, la crèche et l’école qui l’accueillent, les producteurs qui lui fournissent sa nourriture, ses habits et ses objets de commodité, les médecins qui le soignent, les pharmaciens qui lui fournissent ses médicaments, les enseignants qui lui donnent l’arme du savoir, les responsables qui le recrutent, le qualifient et le promeuvent, le militaire et le policier qui le protègent, les agents de l’état civil qui lui délivrent ses documents administratifs, etc.

En raison de la complexité du contenu théorique et pratique de la notion de citoyen, bon nombre de politiques sont à concevoir et à mettre en œuvre dans les domaines liés à la famille, la promotion de la femme, l’habitat, l’eau, la santé, l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, la qualification, la promotion professionnelle, la gestion des carrières, la Validation des acquis professionnels (VAP), la reconsidération des statuts des maçons du futur citoyen algérien (fonctionnaires, enseignants, médecins, etc.), et l’instauration des programmes scolaires innovants. L’Etat a déjà une expérience dans certains de ces domaines et est carrément novice dans beaucoup d’autres. Aussi doit-il apprendre à désapprendre les anciens schémas qui ne sont plus de rigueur, en modernisant ses interventions. Il se doit, à cet égard, de mobiliser ses structures spécialisées, en les dotant de nouveaux moyens et en leur assignant de nouveaux objectifs. La participation des associations des citoyens et des partenaires sociaux est recommandée, pour en accroître l’efficacité.

La refondation économico-sociale ou cet autre développement a besoin, pour réussir, outre la maîtrise de ses propres déterminants, des refondations partielles ou sectorielles dont elle/il est, in fine, la résultante. Il en est surtout ainsi de la refondation du peuple qui, en tant que plus importante peau du système, doit subir une mue en décidant de devenir, dans cette Algérie nouvelle qu’il revendique, un nouveau peuple. Il s’agit, pour lui, de passer du statut d’ancien peuple à la fois passif, démissionnaire, assisté et consumériste, au statut de peuple actif, présent, engagé et économiquement autonome. Trois conditions, au moins, en sont nécessaires :

– en premier lieu, le peuple doit participer à la vie politico-économique et être l’acteur majeur de la conception, l’élaboration et la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie de développement authentique et qu’il se doit, surtout, de réussir. En effet, l’expérience démontre que tout échec des mesures économiques concoctées par le pouvoir, loin du peuple, est payé par le peuple, par l’accroissement de sa dépendance à l’égard du système et à la conversion graduelle de la rationalité d’Etat intégrative en logique de pouvoir exclusive ;

– en deuxième lieu, le peuple doit se «dépétroliser» et devenir autonome vis-à-vis du système rentier. Pour cela, il faut, dans sa fraction obligée, la population employée, qu’il noue un lien civilisationnel avec l’acte de produire.

Un peuple qui ne produit pas sa subsistance par ses propres moyens et qui ne fonde pas son revenu, principalement, sur sa sueur productive, ne peut éviter les caprices et desiderata de sa main nourricière. L’acte de produire ayant de nombreux présupposés, il incombe au peuple de les identifier, de les hiérarchiser, de les prioriser et d’œuvrer à leur réalisation ;

– en troisième lieu, le peuple doit, au moyen de sa forte productivité, être assez indépendant vis-à-vis du reste du monde, d’une part et de l’Etat, d’autre part, dont il doit fonder le budget. Il faut, dans le contexte d’un développement réel, que l’Etat dépende du citoyen productif qui alimente ses caisses et non l’inverse.

C’est seulement à ce prix que les liens entre l’Etat, l’économique et le social et deviendront des liens d’interdépendance et non de fusion, d’absorption ou de vassalisation. Et c’est cette interdépendance des pôles de la société dans le respect de leurs rationalités respectives qu’on peut appeler, par rapport à l’Etat algérien d’aujourd’hui, une rupture systémique.

 

 

Par Rachid Boudjema

Économiste, professeur des universités


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