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La pandémie du COVID-19 bouleverse les chaînes d’approvisionnement : Les systèmes alimentaires mondiaux en péril

18 mai 2020 à 9 h 45 min

Assurer la sécurité alimentaire en prévision de l’après corona s’annonce difficile à gérer sur tous les plans et la FAO a inscrit la protection du commerce et des chaînes d’approvisionnement alimentaire parmi les priorités de l’heure. Il faut dire, en effet, que cette crise sanitaire a fini par chambouler le commerce mondial des produits agricoles comme c’est le cas d’ailleurs pour d’autres biens et services. Quelle stratégie de riposte pour des pays comme l’Algérie, dont les besoins alimentaires de base dépendent des importations ? L’Algérie peut-elle réellement s’auto-suffire sur le plan alimentaire ?

 

Dossier réalisé par  Samira Imadalou

 

En exerçant une pression sur les chaînes d’approvisionnement, la pandémie du coronavirus a provoqué une incertitude généralisée sur les marchés mondiaux , essentiellement ceux des produits alimentaires. Il y a eu d’un côté des décisions prises par certains pays de suspendre l’exportation de matières agricoles notamment celles à caractère stratégique. Les exemples ne manquent pas dans ce cadre. L’annonce le 27 avril 2020 par la Russie de mettre sous embargo ses exportations de céréales (blé, orge, maïs, seigle, méteil) jusqu’au 1er juillet 2020 a d’ailleurs suscité de vives réactions au même titre que les restrictions d’exportation appliquées (et allégées actuellement) pour le riz vietnamien (premier exportateur de cette denrée).

Parallèlement, le Kazakhstan a mis fin à l’exportation de farine de blé (dont il est l’un des plus importants exportateurs mondiaux). De l’autre côté, il y a eu tout au long de la période allant de la mi-mars à ce début du mois de mai, une course accélérée à l’achat de certains produits sur le marché international. Quelque soit la démarche adoptée, l’objectif reste le même : Assurer la sécurité alimentaire en prévision de l’après corona qui s’annonce difficile à gérer sur tous les plans. Il faut dire en effet que cette crise sanitaire a fini par chambouler le commerce mondial des produits agricoles comme c’est le cas d’ailleurs pour d’autres biens et services.

Des achats massifs par précaution

Si en Europe, la consommation de blé a baissé avec la réduction de l’activité dans plusieurs filières agroalimentaires (résultat du changement des habitudes de consommation pendant le confinement), en Afrique, le temps est aux achats massifs du blé en Afrique du Nord notamment en Algérie. En effet, par mesure de précaution, les grands pays importateurs de la rive sud de la Méditerranée ont multiplié ces dernières semaines les opérations d’importation de blé. L’Algérie devrait ainsi commander 1 million de tonnes supplémentaires, selon l’établissement français des produits de l’agriculture et de la mer (France Agrimer).

L’Egypte devrait pour sa part acheter 13 millions de tonnes. « La pandémie du Covid 19 a engendré dans certains pays la crainte de voir leurs approvisionnements alimentaires perturbés, crainte qui a amené ces pays à accroître leurs achats pour constituer des stocks de sécurité et freiner la hausse des prix sur leurs marchés intérieurs

. Il en va ainsi de la Chine qui achète de grandes quantités de farine aux USA, bien qu’elle dispose de réserves de ce produit pour au moins une année. Ainsi en est-il pour le Maroc qui vient d’abolir les taxes à l’importation de blé pour encourager la constitution de stocks », analyse à ce sujet Slimane Bedrani, professeur à l’Ecole nationale supérieure d’agronomie (ENSA) qui revient justement sur le cas de l’Algérie dont la production locale de blé a pourtant augmenté. Cependant, la cadence des achats n’a pas baissé. « Les importations ont augmenté dès le dernier trimestre 2019.

En janvier 2020, l’Algérie a acheté 450 000 tonnes de blé pour chargement en mars. En février 2020, s’ajoute un achat de 660 000 tonnes. En mars 2020, est finalisé l’achat de 680 000 tonnes. Au total, pour la campagne de commercialisation 2019-2020, l’Algérie aurait largement dépassé le plafond d’importation fixé par le gouvernement à 4 millions de tonnes en ayant acheté 4,9 millions de tonnes », nous résumera Slimane Bedrani. C’est dire que les annonces d’embargo ont créé la panique chez les gouvernements des pays dépendants des importations alors que cela ne devrait pas de l’avis de M. Bedrani « conduire à des actions irréfléchies, en particulier mais à la décision de s’auto-suffire en produisant localement les denrées dites de base »,

Et ce d’autant nous expliquera-t-il : « l’histoire récente montre que les embargos ne durent jamais très longtemps ». Il illustrera ses propos par l’embargo céréalier américain décrété en janvier 1980 envers l’URSS en représailles de l’occupation de l’Afghanistan qui n’a été que partiel avant d’être levé en avril 1981 sous la pression des intérêts céréaliers mécontents de perdre le marché russe au profit d’autres pays producteurs (en particulier l’Argentine qui signe dès juillet 1980 un accord avec l’URSS de fourniture de 4 millions de tonnes par an sur 5 ans).

Autre exemple : la Russie, devenue troisième exportateur mondial de blé, décrète- en août 2010 – un embargo sur le blé suite à une très mauvaise récolte à l’été 2010. Ce qui a entraîné en moins d’un an une augmentation des prix à hauteur de 96,76% à Paris et de77,77% à Chicago. « Mais dès juillet 2011, l’embargo a été levé. Il aura duré moins d’une année », rappellera notre expert pour qui la principale leçon à tirer de cette crise est de travailler pour définir réellement le pourcentage nécessaire d’autosuffisance alimentaire.

« Les embargos étant ce qu’ils sont, faut-il renoncer pour autant aux avantages qu’offre le commerce international et chercher à être autosuffisant dans tous les produits, comme certains le préconisent ? C’est-à-dire vivre en autarcie alimentaire ? Il ne semble pas que ce soit de l’intérêt du pays. S’il est souhaitable – et même nécessaire – de produire localement un certain pourcentage de notre consommation de céréales, il faut admettre que certains pays ont des conditions naturelles plus favorables que les nôtres, conditions qui leur permettent de produire à des coûts bien inférieurs à ceux des producteurs nationaux.

Acheter chez ces pays permet de ménager le pouvoir d’achat des consommateurs. Le pourcentage nécessaire d’autosuffisance doit faire l’objet d’une étude appropriée qui montre les coûts et les avantages de différentes hypothèses et faire l’objet d’un débat national », préconise-t-il. Du travail reste donc à faire dans ce sillage à commencer justement par lancer ce débat et tirer profit des expériences menées ailleurs pour assurer un approvisionnement régulier et constituer des stocks pour les périodes de crise comme c’est le cas actuellement. Une question que certains pays ont abordée différemment, c’est-à-dire sans achats massifs et sans restriction à l’exportation.

Les pays du Golfe regroupés au sein le Conseil de coopération du Golfe(CCG) ont récemment adopté une proposition koweïtienne visant à créer un réseau commun d’approvisionnement alimentaire dans toute la région. Il a été ainsi convenu d’établir des dispositions spéciales aux postes de contrôle frontaliers et aux postes de douane pour faciliter la circulation des denrées alimentaires et des fournitures médicales de base au sein de l’alliance des six membres.  Un point sur lequel l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a insisté dans sa dernière note. La FAO a inscrit en effet la protection du commerce et des chaînes d’approvisionnement alimentaire parmi les priorités de l’heure.

Continuité du commerce mondial

« Même si le monde ne doit pas faire face à des pénuries alimentaires, la FAO urge les pays à faire de leur mieux pour assurer la continuité du commerce et des chaînes d’approvisionnement alimentaire et augmenter la production agricole pendant cette crise sanitaire internationale », recommande l’organisation. Améliorer la sécurité alimentaire reste donc le défi de l’heure surtout après la fermeture des frontières, la multiplication des mesures protectionnistes et le ralentissement de l’activité économique mondiale.

Ce dernier point était d’ailleurs à l’origine de l’augmentation des niveaux de sous-alimentation dans 65 pays entre 2011 et 2017. Ce qui risque de se reproduire cette année avec cette crise sanitaire et cette récession économique. « Cela souligne le risque de tendances négatives à venir pour ce qui est des souffrances liées à la faim », précise la FAO qui poursuit : « En l’absence de politiques efficaces et mises en place en temps opportun, des millions de personnes pourraient venir grossir les rangs des personnes souffrant de la faim suite à la récession provoquée par la pandémie du COVID-19.

Ce nombre varie selon la gravité des contractions économiques, allant de 14,4 millions à 38,2 millions, voire même 80,3 millions, en cas de contraction véritablement dévastatrice de 10 points de pourcentage dans l’ensemble des 101 pays importateurs nets d’aliments.

La note avertit par ailleurs sur le fait que le résultat réel pourrait être pire si les inégalités actuelles en matière d’accès à la nourriture venaient à s’empirer. Bien avant le début de la pandémie du COVID-19, 135 millions de personnes à travers le monde étaient déjà confrontées à une situation d’insécurité alimentaire grave en raison de crises ou de chocs préexistants.



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