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Acquisition de la cimenterie de Aïn El Bel (Djelfa) par l’ETRHB

Jeux et enjeux autour d’un marché de dupes

08 avril 2019 à 9 h 00 min

Rachat, en octobre 2016, pour quelque 60 millions de dollars de 100% des actions que détenait dans la cimenterie de Aïn El Bel dans la wilaya de Djelfa, Assec Cement, filiale phare de la firme d’investissement égyptienne Qalaa Holding, puis rétrocession, en octobre 2017, de 49% du capital pour une cinquantaine de millions de dollars, avant d’y renoncer pour s’associer, dans le cadre d’un autre projet, à China State Construction Engineering Corporation (CSCEC), une entreprise chinoise basée en Algérie. Il n’y a que les privilégiés du système Bouteflika qui pouvaient se permettre ce type de jeux, pour ne pas dire inconduites économiques.

En effet, celui qui a eu recours à ces deux bien curieuses transactions n’est autre que le bétonneur et chasseur des commandes publiques, Ali Haddad. Ce projet de cimenterie, remontant à 1994, a connu mille et une déconvenues, pour finir par être relancé en 2008 après sa reprise, une année auparavant (2007), par la filiale égyptienne qui envisageait d’y produire 1,5 million de tonnes de clinker par an pour les deux premières années, avant de passer à plus du double, 3,1 millions de tonnes dès 2010, les lignes de production devant être installées par LSF, équipementier danois.

Nécessitant des investissements de l’ordre de 550 millions de dollars, la mise sur rail du projet se serait heurtée à un problème de financement, bien que la Société financière internationale (SFI), institution relevant de la Banque mondiale, ait donné son accord pour une prise de participation via une opération de capital investissement à hauteur de 24 millions de dollars. En plus de cette lourde contrainte financière, l’instauration de la règle 49/51 dans le cadre de la LFC 2009 avait poussé le partenaire égyptien, Assec Cement, à mettre en stand-by le projet, avant d’y renoncer définitivement en 2016.

Subterfuge pour bétonner sa place dans le mégaprojet portuaire de Cherchell

«Cette opération (cession) est le prolongement de notre stratégie de cession d’actifs non essentiels et de réduction considérable du risque financier…Notre objectif est de recentrer nos énergies sur les activités ayant un fort potentiel de croissance, notamment dans les secteurs de l’énergie, du transport et de la logistique et de l’exploitation minière», s’était empressé d’expliquer le boss de l’empire Qalaa Holding.

Ce «risque financier» qu’a préféré éviter l’ex-partenaire égyptien, n’en était, semble-t-il, pas un aux yeux de celui qui deviendra «l’intermédiaire de référence entre le monde des affaires et le pouvoir». En effet, fort de l’appui et de la protection de ses «amis», dont et surtout Mustapha Rahiel, ex-directeur de cabinet de l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, son parrain politique, Sid Ali Chercham, le facilitateur qui lui assurait un accès privilégié aux banques publiques, Ali Haddad n’hésitera pas à sortir son chéquier pour racheter aux Egyptiens ladite cimenterie de Aïn El Bel pour 60 millions de dollars. Or, en bon visionnaire, la production du ciment figurait, certes, parmi ses priorités de l’heure, mais ses ambitions s’avéreront être bien plus grandes :

L’acquisition de la cimenterie de Djelfa devait, en réalité, lui servir de tremplin pour atteindre le mégaprojet du port de Cherchell (wilaya de Tipasa). Car, révèlent nos sources : «Parallèlement à la reprise de la cimenterie de Djelfa, China State Construction Engineering Corporation (CSCEC) avait gagné la course en remportant le gros contrat de réalisation dudit projet en association avec China Harbour Engineering Compagny (CHEC).

Sur injonction présidentielle, la mise en route du projet sera temporairement gelée pour soi-disant réétudier le coût des investissements requis, manière de donner au groupe ETRHB le temps d’affiner sa stratégie pour un débarquement réussi. Ali Haddad a, indirectement, été imposé aux Chinois CSCEC/CHEC en tant qu’associé.» La nature de son apport au capital ?

«Ali Haddad a utilisé sa cimenterie de Djelfa au titre d’apport en nature au capital social de la coentreprise portuaire algéro-chinoise, devenant ainsi actionnaire à hauteur de 51%, conformément à la règle ‘’souveraine’’ des 49/51», indiquent nos sources. Pas que : «Pour les besoins de la construction de l’ensemble des infrastructures du nouveau port où devrait être exclusivement utilisé le ciment issu de l’usine de Djelfa, propriété de Ali Haddad. Comme le reflète si bien le vieil adage ‘‘men zitou edhanlou rassou’’ (de sa propre huile, on lui oint sa tête)».

Tout porte à croire que Haddad et ceux qui étaient tapis derrière étaient loin d’ignorer les enjeux, puisqu’il s’agit de l’un des plus grands ports du pourtour méditerranéen. Dédié en grande partie aux échanges commerciaux avec l’Afrique, il sera directement connecté aux grands ports du continent. «Désormais, cette partie du monde sera la base de développement de l’Algérie. Pour cela, il a été décidé de la construction à Cherchell d’un grand port, en eau très profonde en Méditerranée, exclusivement dédié aux commerces avec l’Afrique.

La vision gouvernementale est d’en faire un nouveau pôle de développement des échanges entre notre pays et l’Afrique. Il va desservir une bonne partie des ports africains, la dorsale à Bali (Nigeria). L’étude y afférente est déjà lancée et est en passe d’être finalisée», nous a indiqué lors de son passage, en mars 2017 à Annaba, Mohamed Yacine Hafiane, l’ex-PDG du Groupe Services portuaires (Serport) dont relèvent les 10 entreprises portuaires. Le projet comprend également la réalisation de réseaux routiers et ferroviaires, d’une grande zone industrielle s’étirant sur 2000 hectares, ainsi que d’une zone logistique de 350 ha, détaillera-t-il.

S’agissant des capacités des 23 quais dont devrait être dotée la nouvelle infrastructure, elles seront de l’ordre de 25 millions de tonnes en vrac. Sur le container, le volume attendu est appelé à évoluer sur trois phases : 2,5 millions, 4,5 millions puis 6,5 millions EVP. Quant à l’entrée en service, elle sera effective à l’horizon 2023, la première phase des chantiers entre 2017 et 2020, la 2e entre 2021 et 2023 et la 3e entre 2023 et 2025.

Le coup de pouce de Bouchouareb

Le projet, requérant des investissements d’environ 4 milliards de dollars, dont 3 milliards affectés aux infrastructures et superstructures et 600 millions de dollars pour les équipements, l’autoroute et le chemin de fer y compris, devrait être réalisé suivant le concept américain BOT (Build Own Transfert). «Ce concept permet au partenaire étranger de construire (Buld), de gagner (Own), avant de transférer (Transfert) au propriétaire initial, c’est-à-dire l’Algérie, qui est représentée par Ali Haddad, l’exploitation du méga-port de Cherchell», explique la même source.

Et pour éviter toute indiscrétion susceptible de compromettre la mise sur rail de son plan, Ali Haddad, sur conseil de ses parrains de l’ombre, fera véhiculer, via ses relais du FCE et d’ailleurs, la rumeur selon laquelle il aurait cédé au chinois CSCEC 49% de parts (seuil tolérée par la règle 51/49 instituant les investissements impliquant des capitaux étrangers) de sa cimenterie de Djelfa. Réalisée à 55 % grâce à un crédit bancaire de 10 à 15 milliards DA, son entrée en service effective est annoncée par le Groupe ETRHB pour fin 2019.

En s’embarquant dans le projet port de Cherchell, M. Haddad s’était donc offert des débouchés indéniables aux plus de 3 millions de tonnes de ciment produits dans son usine de Djelfa. Car, comme l’a si bien souligné en décembre 2018 Abdenour Souakri, actionnaire à Cilas Biskra, filiale de Lafarge Holcim Algérie, lors d’une conférence de presse tenue en marge de la première opération d’exportation depuis le port de Annaba, de 35 000 tonnes de clinker, «le marché algérien du ciment est saturé. La surcapacité de production a provoqué un grand déséquilibre entre l’offre et la demande.

Cette surcapacité a été de 10 millions de tonnes en 2018 pour atteindre le volume record de 20 millions de tonnes à l horizon 2020. A cette date, les capacités de production devraient se hisser à 46 millions de tonnes contre une demande domestique ne pouvant pas dépasser les 23 millions de tonnes. Cette situation fortement préoccupante exige de nous tous une mobilisation pour trouver comment absorber toute cette production».

Ces appréhensions, maintes fois, par ailleurs, officiellement exprimées, de voir s’agglomérer, considérant la bataille qui fait rage sur le marché international, des dizaines de millions de tonnes de ciment, n’ont pas pour autant empêché l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, de donner son feu vert au cimentier public Groupe GICA qui avait décidé, au printemps 2015, soit en plein crise financière, d’engager un vaste plan d’investissements de 154 milliards DA : Y est, entre autres, prévue l’extension des capacités de deux cimenteries déjà existantes ; la production de Aïn Kebira, dans la wilaya de Sétif, devrait tripler ses capacités à 3 millions de tonnes, tandis que celle de Chlef est appelée à fournir 4 millions de tonnes au lieu de 2 millions de tonnes, sa capacité initiale. Et pas seulement, puisqu’il y est également question de mettre sur pied deux nouvelles usines, une dans le sud du pays, avec une capacité de 1 MT/an, l’autre à l’Est, Segus dans la wilaya d’Oum El Bouaghi, avec 2 MT.

Leur mise en exploitation étant fixée pour 2020. Et c’est au constructeur Polysius France, filiale du groupe allemand Thyssen Krupp, que sera confiée la réalisation clé en mains de cette nouvelle cimenterie pour plus de 310 millions d’euros. Idem pour l’extension de la cimenterie de Chlef avec les français de FIVES FCB, chargés de la mise en place d’une troisième ligne de production pour 37 milliards de dinars.

Son démarrage devrait intervenir entre fin 2019 et début 2020, période où le marché devrait accueillir environ 10 MT millions de tonnes attendus de l’armada d’usines privées dont les chantiers sont en cours. En somme, un non-sens grotesque, et c’est bien le cas de le penser : «Décider, pour soi-disant répondre à une très forte demande, de la réalisation de nouvelles usines publiques et de l’augmentation des capacités de celles en activité au moment même où des investissements privés en cascade étaient déjà lancés, ne relèverait-il pas de l’anti-économique, pour ne pas dire de l’anti-éthique, Monsieur Bouchouareb ?» s’indigne-t-on dans les milieux au fait de se qui se tramait.

Pour eux, les décideurs politiques, à l’instar de l’ex-patron du secteur de l’industrie, qui distribuaient grassement des contrats «en béton» aux «copains» et multipliaient les pseudo-partenariats pour soi-disant «diversifier l’économie nationale et booster les exportations hors hydrocarbures», avaient, somme toute, des visées de nature toute autre !

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