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Industrie ferroviaire : Ferrovial et Cital dans la tourmente

25 février 2019 à 10 h 00 min

«A l’impossible vous êtes tenus», ainsi avait été interprété le message de Youcef Yousfi, implicitement adressé aux dirigeants des deux grandes entreprises, Ferrovial et Cital, lors de sa visite de travail à Annaba, le 14 mai 2018.

Alors que tout le monde s’attendait à l’annonce de décisions majeures en faveur du secteur ferroviaire, le ministre de l’Industrie et des Mines s’était contenté de rappeler les «vertus» de la nouvelle stratégie gouvernementale et les efforts présidentiels pour le développement de l’industrie ferroviaire.

Sur le site de la société spécialisée dans la construction de matériel et équipements ferroviaires (Ferrovial), le ministre avait vivement exhorté le PDG, Lameri Benyoucef, à adopter une approche commerciale plus offensive, susceptible d’assurer des débouchés à la riche gamme de produits issus de son entreprise, notamment à Sonatrach, Batimetal et Naftal.

«Vous devez impérativement vous rapprocher de Sonatrach TRC pour lui fournir des bacs de stockage, que vous êtes en mesure de fabriquer. Idem pour Batimetal, Naftal (citernes) ou encore la SNTF, qui affiche des besoins pressants en wagons pour le transport des minerais. Nous allons intervenir en votre faveur», avait insisté le ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi.

Près d’une année est passée et rien n’a été fait. Il demeure toujours difficile pour Ferrovial de pénétrer ces marchés pratiquement hermétiques. A Sonatrach, à titre d’exemple, l’on continue d’être «allergique» aux produits Ferrovial. D’ailleurs, le complexe ferroviaire d’Annaba, s’offusque-t-on, n’avait pas été intégré à la série de contrats conclus entre la compagnie pétrolière et nombre de groupes industriels. Idem pour Naftal et Batimetal.

Et pas seulement : maintenir tel quel le partenariat commercial la liant, voilà bien des années, à son vieux client, la SNTF, risque d’être fatal pour Ferrovial. Et pour cause, «nous sommes en train de vendre à perte des wagons phosphatiers issus d’un contrat portant sur 380 unités, signé en 2012, pour quelque 4 milliards DA.

Cette commande n’a pas été honorée à temps. Le reliquat, 145 wagons, qui devaient être livrés avant fin 2018, va engendrer un déficit de 890 millions de dinars (MDA), le coût de revient étant aujourd’hui de 15 MDA/wagon, alors que le prix de vente est de 8,86 MDA. La SNTF oppose toujours un niet catégorique à toute révision des prix», argumentent des sources syndicales. Pis encore, Ferrovial se débat, depuis ces dernières années, pour sortir la tête de l’eau, du fait du lourd passif, plus de 1,1 milliard DA à fin 2016, légué par les ex responsables.

A ce sujet, le ministre de l’Industrie s’était engagé à intervenir pour permettre au géant, très affaibli, de l’industrie ferroviaire nationale de retrouver la pleine forme, par l’accompagnement de l’ambitieux plan de redressement de Ferrovial mis en œuvre par ses dirigeants. Il est, entre autres, et surtout, question d’une grande opération de réhabilitation des unités névralgiques, pour laquelle a déjà été allouée une enveloppe de 960 MDA.

«Malgré les faiblesses, notre chiffre d’affaires est en nette évolution, 1500 MDA atteints en 2018, contre quelque 1310 en 2017 et moins de 380 en 2016. Aussi, Ferrovial a su capitaliser un savoir-faire indéniable en mettant à profit tous les atouts (technicité avérée, expertise reconnue, capacité de diversification incontestable et éventuellement disponibilité du marché», se félicitent des syndicalistes contactés.

«Nous sommes très fiers de cette réalisation. Nous devons tous nous réjouir du niveau international atteint par votre entreprise. Vous avez plus d’un atout et le potentiel nécessaire pour exporter aussi bien du matériel roulant (trains inter-cités et tramways) que des services», avait, par ailleurs, lancé le ministre Yousfi, à l’adresse de Wahida Chaâb, présidente de Cital.

Alors, oui, cette coentreprise, née en mai 2015 d’un partenariat entre Ferrovial (41%), EMA -Entreprise métro d’Alger – (10%), Alstom Transport SA (6%) et Alstom Algérie (43%) et spécialisée dans l’assemblage et la maintenance des tramways Citadis, est en mesure d’exporter des trains inter-cités, mais qu’ils soient d’abord produits et que le gouvernement montre qu’il ne navigue pas à vue : aux dirigeants de Cital et aux missionnaires du groupe Alstom, le tout dernier, Thierru Best, directeur des opérations à Alstom Monde, dépêché en Algérie en octobre 2017, l’on avait promis que «le Conseil de participation de l’Etat (CPE) allait trancher au plus vite» sur le projet relatif à l’extension des activités de Cital-Annaba au montage et à la maintenance de trains inter-cités et où était convenu que le premier autorail sur une commande SNTF totalisant 98 unités de la gamme Coradia polyvalent d’Alstom, dans sa version hybride, soit réceptionné vers la fin 2019.

Or, il n’en était et ne sera rien. Le dossier de cette nouvelle coentreprise, dont l’accord cadre avait été scellé début avril 2016, entre Alstom (49%), Ferrovial (31%), EMA (10%) et SNTF (10%), et ce, en présence des deux ex Premiers ministres, Manuel Valls et Abdelmalek Sellal, devrait attendre encore, puisque le CPE continue d’en faire l’impasse dans ses différentes assemblées.

Que des promesses !

Pourtant, plus d’un responsable, qu’il soit algérien ou français, n’a eu de cesse de souligner que tous les efforts consentis par les 262 employés, dont 90 ingénieurs et techniciens hautement qualifiés, les près de 200 employés par le réseau sous-traitants de Cital ayant permis la localisation de pas moins de 400 références risquent d’être réduits à rien. «L’une des priorités majeures de Cital consiste en le développement d’un tissu national de sous-traitants, parce que c’est notre engagement à la création de Cital, mais surtout parce que les raisons de compétitivité nous obligent à développer un réseau d’intégration locale fiable qui permet, au-delà de l’avantage du prix d’achat, de résoudre les problématiques d’importation, en matière de coûts, de délais, de problèmes de transport, d’emballage, de transfert bancaire et de douane, etc.

Grâce à notre stratégie d’accompagnement des sous-traitants pour les mettre à niveau et d’atteindre le standard exigé par Alstom, les fournisseurs de Cital sont en train de répondre graduellement aux mêmes standards de qualité et de fiabilité. Leurs produits mis aux normes pourront même s’imposer à l’international, notamment dans le cadre du réseau mondiale d’Alstom.

Cette projection prometteuse de développement de la sous-traitance en Algérie par Cital risque malheureusement d’être sérieusement compromise, pour ne pas dire mise en péril, si le projet de fabrication des trains hybrides Coradia ne se mettait pas sur rails à temps», prévient Fayçal Fadel, directeur de Communication/Business Developer à Cital Annaba.

Idem pour Justine Rohée, du département Media Relations Manager à Alstom Group. «Si le projet de fabrication des trains hybrides Coradia ne se concrétise pas rapidement, c’est tout le savoir-faire acquis par Cital et ses partenaires algériens qui serait en péril», insistait-elle dans une précédente déclaration à notre rédaction.

Et malgré les tergiversations des pouvoirs publics, les dirigeants de Cital et d’Alstom ne sont pas près de baisser les bras. Ils continuent de croire en l’avenir du marché ferroviaire algérien. Le cap, plan de charge (145 rames Citadis) arrivant à son terme en mars 2019 (dernier tramway destinée à Mostaganem), est mis sur les marchés extérieurs, celui immédiat en premier (Sfax).

Mais «nous avions rencontré, au début de l’année en cours des responsables du ministère des Affaires étrangères aux fins de nous appuyer dans nos démarches auprès des autorités tunisiennes. On nous avait recommandé la contribution officielle du ministère de tutelle», nous a-t-on dit à la direction générale de Cital.

Sans cela, il serait donc difficile pour l’entreprise algéro-française de se positionner sur le marché tunisien. «Cital compte sur l’accompagnement des pouvoirs publics pour sensibiliser les décideurs tunisiens. En soutien à notre expertise, notre partenaire et client, l’Entreprise du métro d’Alger (EMA), a signé un protocole d’entente pour étudier une opportunité de coopération avec l’Entreprise du métro de Sfax», tient à souligner Faycal Fadel. Et d’ajouter : «Systra, un bureau d’études français, est désigné pour la maîtrise d’œuvre du projet en janvier 2018.

Un premier tronçon de 13,5 km devrait être lancé courant 2019 (appel d’offres matériel roulant plus réalisation de l’infrastructure).» Aux yeux du même responsable et de sa présidente, Mme Chaâb, plus d’un facteur plaide en faveur de Cital. «Jumelage des CCI des villes d’ Annaba et de Sfax, relations historiques très fortes entre l’Algérie et la Tunisie, proximité géographique, linguistique et culturelle, facilitant l’export, et ce, outre les mécanismes de soutien au commerce extérieur mobilisables en Algérie et en Tunisie.

En tout cas, le projet Sfax est toujours d’actualité et nous y tenons beaucoup». Bien avant eux, l’ambassadeur, Xavier Driencourt, lors d’une rencontre à Alger (semaine de la francophonie 2018), nous avait indiqué : «En ce qui nous concerne, nous sommes disposés à aider Cital pour assurer la pérennité de son activité.

Nous œuvrons également à l’accompagner dans son développement à l’international, mais sans la collaboration active des autorités algériennes, il sera très difficile d’y parvenir.» C’est dire qu’en ordonnant avec fermeté «s’il faut des sacrifices, c’est tout le monde, à Ferrovial comme à Cital, qui doit les faire», M. Yousfi ignorait, peut-être, qu’à l’impossible, nul n’est tenu, aussi !


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