«Il serait opportun d’introduire le partenariat public/privé dans les œuvres universitaires» | El Watan
toggle menu
samedi, 17 avril, 2021
  • thumbnail of elwatan15042021




Zine Barka. Professeur de Finances publiques

«Il serait opportun d’introduire le partenariat public/privé dans les œuvres universitaires»

15 février 2021 à 11 h 05 min

– Entre les dépenses consacrées aux œuvres universitaires et les prestations assurées aux étudiants, le fossé est grand, comment expliquer ce déséquilibre ?

Terriblement grand ! Et pourtant ce ne sont pas les moyens financiers qui manquent, surtout durant cette décade passée. Quelques chiffres pour illustrer l’effort financier de l’Etat : la subvention à l’Office national des œuvres universitaires (ONOU) pèse 31,68% dans les crédits ouverts, au titre du budget de fonctionnement du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique en 2021 en légère baisse par rapport à 2020 où le pourcentage était de 32.22%.

C’est donc un peu plus du tiers de crédits ouverts qui prend la direction d’une politique de soutien social aux étudiants via l’ONOU, organisme public chargé de remplir une mission de service public au profit des étudiants, et placé sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Il faut souligner que les œuvres universitaires n’ont jamais brillé par la qualité des services offerts aux étudiants, à l’exception de quelques rares occasions commémorant des anniversaires ou fêtes nationales où des repas améliorés sont servis.

A noter que le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique n’est que très peu affecté par l’austérité budgétaire particulière de ces dernières années. Cela est dû en partie à l’augmentation continue des effectifs étudiants. De près de 408 000 étudiants en 1999-2000, ils sont passés à 1 730 000 en 2017-2018.

Précisons que les dépenses à destination de l’ONOU sont destinées à couvrir trois grands postes budgétaires : dépenses de personnel, le fonctionnement des services ainsi que les œuvres universitaires. Ces derniers prennent en charge une partie de l’hébergement, les bourses, le transport, la restauration et la prévention sanitaire.

Les statistiques décomposées de ces fonctions ne sont pas disponibles pour pouvoir apprécier le poids de chaque dépense et ainsi être en mesure d’apporter une appréciation de l’offre de service à l’égard des usagers que sont les étudiants. Ceci étant, on peut dire que dans cette somme globale, le montant des bourses est une donnée relativement stable, car rarement ajustée.

Il en est de même des coûts des transports qui peuvent être aussi considérés comme stabilisés à niveau faible (les bus roulent au gazoil, dont le prix dérisoire est fortement subventionné par l’Etat). Par contre, le poste de l’alimentation subit les aléas des augmentations incessantes du fait de l’inflation des prix des fruits, légumes et viandes.

Devant cette situation, où la masse budgétaire reste au demeurant importante, il faudra, pour interpréter le fossé entre les efforts financiers (30% du total) et la qualité des services offerts, se porter sur un diagnostic appuyé par un audit, pour déterminer les failles et les faiblesses de la qualité des services offerts aux étudiants à l’origine du mécontentement.

Pour terminer sur ce chapitre, il faudrait ajouter que la participation des étudiants au coût de la restauration avoisine le dinar symbolique et qu’à ce prix, il ne faudrait pas trop s’attendre à une qualité acceptable des repas. Il en est de même du transport, qui est offert gratuitement aux étudiants.

– Quelle est à votre avis l’ampleur de la corruption à ce niveau puisqu’au cours de ces dernières années de nombreux dossiers ont été ouverts ?

Ici, il est fait allusion au procès du prénommé «homme d’affaires» qui s’est hissé parmi les membres du gotha fortuné algérien en profitant outrageusement des marchés publics contractés avec quelques irresponsables gestionnaires de l’ONOU.

Etant donné l’ampleur des subventions accordées au secteur, il ne serait pas étonnant d’imaginer que la tentation est très grande de recourir à cette pratique. Mais je crois que la presse quotidienne s’est faite l’écho de tous les aspects de ces rocambolesques détournements de l’argent du Trésor pour se passer des détails supplémentaires.

Cet homme a pu, comme bien d’autres, se servir des deniers de l’Etat à satiété sans s’inquiéter des règles et des procédures en vigueur dans la passation des marchés et autres actions. C’est un espace de non-droit qu’il a exploité, à son profit, dans l’indifférence totale des responsables du secteur.

– Comment assurer un meilleur suivi des dépenses dans ce secteur ?

La réponse me semble simple. Le cadre juridique et réglementaire est en place, il n’y a qu’à relire par exemple le site Web de l’ONOU où sont rappelées les missions essentielles de l’organisme. Mais ce qui fait largement défaut, dans bien des cas, c’est le non-respect et l’application stricte de cet arsenal juridico-réglementaire.

A ce sujet, un certain nombre de documents financiers et comptables (comptes de gestion, comptes administratifs et situations financières) qui doivent être transmis périodiquement aux instances de contrôle habilitées (tutelle, ministère des Finances et Cour des comptes) ne le sont que rarement ou sans régularité avec un contenu souvent imprécis. En effet, les informations chiffrées doivent être sincères et complètes.

La non-conformité des ordonnateurs principaux à ces règles de base édictées dans les bonnes règles de gestion comptable et financières est souvent pointée dans les multiples directives du MESRS et devrait exposer les contrevenants à des sanctions sévères.

Ce sont ces insuffisances qu’il faudra corriger par un meilleur encadrement / recrutement de compétences et la pratique régulière de l’organisation des formations au profit des personnels des services financiers et comptables afin de hisser le niveau d’expertise de ces fonctionnaires. L’acquisition d’un matériel adapté et performant joue également un rôle important dans la mise à niveau des compétences.

Par ailleurs, une plus forte implication de la direction chargée de l’amélioration du cadre de vie des étudiants en milieu universitaire, telle qu’elle figure dans l’organigramme de la tutelle, pourrait jouer un rôle moteur dans «la réalisation des études d’évaluation de qualité des prestations et du fonctionnement du système des œuvres universitaires».

Le contrôle de la Cour des comptes dans la gestion des œuvres universitaires serait hautement bénéfique, notamment pour éviter et aussi corriger les nombreux dysfonctionnements dont souffrent le secteur.

On pourrait également ajouter l’implication de la Commission des finances et du budget au niveau du Parlement pour auditionner le principal responsable de l’ONOU afin de le conduire à rendre compte, dans le détail, des dépenses et de la gestion des actions dont il a la charge.

Enfin, la Cour des comptes pourrait s’autosaisir du dossier de la gestion de l’ONOU pour en entamer un diagnostic de gestion et proposer des améliorations afin d’éviter les dérives et surtout contribuer au rehaussement de la qualité des services aux étudiants.

Comme on le constate, les barrages contre la mauvaise gestion des deniers publics sont bien prévus par le législateur algérien, mais c’est le respect strict de ces dispositions juridico-réglementaires qui fait défaut dans la plupart des cas.

– Quels sont les axes à privilégier en matière de réformes, notamment pour l’aspect financier, le dossier étant déjà ouvert ?

L’aspect financier n’est qu’une infime partie du marasme qui caractérise le secteur des œuvres sociales. La gestion du personnel, dans son ensemble, est à revoir complètement. Une formation adaptée doit être prévue aux nouvelles recrues, en plus de l’exigence d’un diplôme en adéquation avec le profil de recrutement.

Il est important, pour dissuader le comportement néfaste dans la gestion des ressources publiques, d’obliger l’ONOU à publier les comptes annuels chiffrés des activités entreprises certifiés par un auditeur externe comme cela est l’usage maintenant.

Ensuite, il serait peut-être temps de revoir la tarification des services offerts par l’ONOU afin que le prix des prestations se rapprochent plus de la réalité. A ce moment-là, l’étudiant pourra, à juste titre, exiger une meilleure qualité de service en contrepartie de sa contribution.

Dans le même sillage, il serait peut-être utile d’associer l’ensemble des associations estudiantines dans l’élaboration des propositions d’amélioration du fonctionnement des services des œuvres sociales comme cela se pratique dans la gestion pédagogique.

En outre, au niveau de la gestion de ce secteur, il serait opportun d’envisager l’introduction d’un partenariat public / privé concernant la fourniture des différentes prestations dont l’ONOU a la charge et particulièrement dans le créneau de la restauration. Les expériences étrangères sont très édifiantes à ce sujet et il est possible de s’en inspirer intelligemment.

Enfin, pourquoi ne pas penser à créer un «prix» ou une «distinction honorifique» pour couronner les meilleurs gestionnaires des résidences universitaires dont la qualité de service sera jugée excellente.

Pour terminer, je dirai que l’amélioration de la mission de service public que remplit l’ONOU au profit des étudiants devrait connaître un début d’amélioration grâce à la mise en application de la loi organique relative aux lois de finances à partir
de 2023 comme stipulé dans son article 89.

Cette loi introduit de nouvelles notions en matière de présentation de documents budgétaires pour mieux gérer la dépense publique où il est mentionné la nécessité de fixer des objectifs à atteindre et de les mesurer par des indicateurs de performance qui leur sont associés comme indiqué à alinéa C de l’article 87 de la loi citée. 


Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!