Exportation et valorisation des phosphates Algériens : Fort lobbying des concurrents sur la qualité du produit | El Watan
toggle menu
dimanche, 12 juillet, 2020
  • thumbnail of elwatan12072020




Exportation et valorisation des phosphates Algériens : Fort lobbying des concurrents sur la qualité du produit

23 septembre 2019 à 10 h 00 min

Si la déprime que connaissent ces dernières années les exportations algériennes de phosphate représentant environ 80% de la production (à peine 1,5 million de tonnes (MT)) se poursuivait, le pays aura-t-il les moyens de sa politique, lui qui prévoit, dans le cadre de l’éternel projet intégré du complexe d’engrais phosphatés de Oued Kebarit (Souk Ahras), de porter, d’ici 2022, ses capacités de production à hauteur de 10 MT/an dont près de la moitié exportable en l’état, le reste destiné à la transformation en engrais plus rémunérateurs ?

Le doute est permis : se hisser au rang des premiers exportateurs de phosphate au monde, avec l’exploitation de la mine de Bled El Hadba à Tébessa, s’étirant sur 2045 ha et d’une capacité de 500 MT (environ 22% des réserves de l’ordre de 2,2 milliards de tonnes), demeure, pour l’instant, une ambition difficile à matérialiser : les niveaux de production, fixés dans un premier temps à 4 MT en 2010, 12 MT en 2012 et 30 MT à partir de 2020 (à même de rapporter au pays entre 7 à 8 milliards de dollars par an), se sont avérés être une chimère très lointaine.

Conspiration et concurrence déloyale

A cela plusieurs raisons : outre le déficit criant en matière logistique (transport), la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF), partenaire exclusif de la société minière Somiphos Tébessa, n’arrivant pas à satisfaire les besoins d’acheminement du minerai depuis les sites miniers vers les installations portuaires de Annaba, le manque de moyens matériels, humains et de technologies requises et les faibles performances en marketing.

Mais c’est aussi et surtout la conspiration sournoise qui se tisse et s’affine, du côté des frontières Est et Ouest, qui rend invendable le phosphate algérien. Pour preuve, malgré tous les efforts déployés par Somiphos, nombre de grands marchés d’Europe, d’Asie du Sud et du Sud-Est ainsi que d’Amérique latine, pourtant fortement demandeurs, sont toujours inaccessibles.

Il ne peut en être autrement, car pour nos concurrents voisins, ce ne sont pas tant les questions de morale et d’éthique commerciales qui importent que les enjeux stratégiques : «L’OCP n’a pas à craindre une concurrence algérienne, car le Maroc dispose de la plus grande réserve de phosphate au monde, mais également d’une présence effective sur tous les grands marchés mondiaux», assure dans un média compatriote un haut responsable à l’Office chérifien des phosphates.

Se voulant plus rassurant, le représentant de la région Moyen-Orient, Afrique du Nord (MENA) à l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), affirme, pour sa part : «Le projet algérien, tout en étant théoriquement prometteur, ne parviendra pas à faire le poids face à l’OCP. En plus, il convient d’attendre 2022 pour évaluer la capacité de l’Algérie à concrétiser son projet et à réaliser ses objectifs.»

Les deux responsables savent, semble-t-il, très bien ce qu’ils disent : N’est-ce pas le Royaume chérifien qui a mobilisé ses «agents» pour faire avorter, il y a quelques années, toute tentative algérienne de pénétrer l’un de ces grands marchés, à savoir l’Argentine. Des commandes fermes de 500 000 tonnes/an de phosphate, conclues lors de la visite d’une délégation conduite par Chakib Khelil, alors ministre de l’Energie et des Mines, à Buenos Aires, en mai 2009, avaient échappé aux Algériens : «A l’époque, l’Algérie devait porter sa production à 4 MT à partir de 2010 pour être en mesure d’honorer ses engagements.

Il était même question de la venue, un mois après, d’une délégation argentine aux fins de finaliser les négociations y afférentes. Avec leurs relais, de grands noms du négoce international des phosphates et dérivés ainsi que des pseudo-prestigieux laboratoires d’analyses américains, les Marocains ont fait ce qu’il fallait, pour mettre en échec notre projet de conquête de ce grand marché argentin», se souvient encore un ex-cadre dirigeant de l’ancien Ferphos Group qui avait mené les pourparlers avec la partie argentine.

Certes, il n’est jamais agréable de perdre, mais en apprenant de ses erreurs, les pertes ne deviennent que le prix à payer pour gagner dans le futur. A ce titre, mettre en place l’arsenal de résistance approprié et innover commercialement, y a-t-on pensé ? La réponse est non. La perte de ce gros contrat argentin n’a pas clos la saga des déconvenues du phosphate algérien à l’international.

Elle a juste refermé un chapitre pour en écrire un nouveau. En témoigne l’autre mésaventure, indienne, cette fois-ci : «Nous n’avons pas pu passer commande d’une importante quantité de phosphate algérien, parce que les analyses effectuées par un laboratoire américain se sont avérées négatives. Votre produit a été qualifié de très mauvaise qualité comparativement à celui tunisien ou marocain.» Cet aveu fait depuis Annaba par M. Mashev, ex-ambassadeur d’Inde en Algérie, remonte, selon notre source, à mars 2000 : «Depuis des années, le phosphate algérien est confronté à une campagne tendancieuse.

Avec la complicité d’un laboratoire américain basé en Floride, nos voisins de l’Est et de l’Ouest tentent de faire croire à des clients que notre phosphate est de mauvaise qualité. Leur objectif est de nous écarter définitivement du marché international», relate notre source.

Cette campagne, à l’en croire, avait été entamée à partir des années 1990, particulièrement 1997, avec «l’implication des agents tunisiens et marocains en fonction de l’audit du laboratoire américain». La complicité de certains Algériens ajouta un plus à la manipulation, entraînant de fait une réaction internationale et l’intervention de la Banque mondiale (BM) qui mettra en avant «de graves atteintes à l’environnement» à Annaba et dans les wilayas avoisinantes.

Torpeur à l’algérienne

Et pour atténuer ses propos sur le phosphate algérien, le diplomate recommanda des analyses contradictoires. Apparemment bien au fait des intrigues des concurrents de l’Algérie, il avait précisé : «Je ne comprends pas que le phosphate algérien soit de moindre qualité que celui tunisien extrait du même plateau continental. Il est nécessaire que les Algériens se déplacent en Inde pour défendre leur position auprès de leurs interlocuteurs indiens.»

Or, «de notre côté, en tant que dirigeants de Ferphos Group, nous n’avions pas attendu ce conseil pour réagir. Quelques mois auparavant, avec des responsables d’Asmidal, nous nous étions déplacés en Inde. Notre mission avait été ponctuée de courtoises fins de non-recevoir. Un résultat du reste attendu autant d’ailleurs que ceux du laboratoire Jacobs en Floride (USA). Le motif réel était les importants investissements engagés au Maroc par une société indienne pour la réalisation dans ce pays d’une grande usine de production d’acide phosphorique d’une capacité de 500 000 tonnes/an», relate la même source.

Pas que. Toujours selon la même source, les Indiens seraient également intervenus pour faire aboutir la demande tunisienne d’un crédit auprès de la Banque africaine de développement (BAD). D’un montant de 36,6 millions de dollars, ce crédit avait été accordé avec de larges avantages : remboursement sur 20 ans, une période de grâce de 4 ans et un taux d’intérêt plus qu’insignifiant. «Bien qu’occupant, à l’époque, la vice-présidence de cette institution financière, notre pays ne pouvait pas espérer obtenir pareils avantages», poursuit notre interlocuteur.

Au même moment, l’Algérie bénéficia, elle aussi, d’un crédit de la Banque mondiale mais pour d’autres fins : accélérer le démontage de l’usine d’acide phosphorique de Asmidal qualifiée de source de pollution majeure au phosphogips de la Méditerranée dans la mesure où l’extraction et l’utilisation excessives de phosphate et dérivées dans l’agriculture peut contribuer au phénomène d’eutrophisation des milieux aquatiques (excès de matières organiques dans les eaux causé par la croissance puis la dégradation de quantités excessives d’algues). Nul ne s’intéressera, par contre, aux usines tunisiennes et marocaines activant dans les mêmes conditions.

Tous ces stratagèmes mis au point puis à exécution du côté des frontières est et ouest avaient pour finalité l’éviction définitive du marché international des phosphates et dérivées de l’Algérie pour en faire un importateur attitré de ces produits. D’où la mise sur pied, au même temps, d’une usine de production d’acide phosphorique de 500 000 t/an au Maroc qui détient 75% des réserves phosphatières connues, le crédit de plus de 36 millions de dollars destiné à l’extension des capacités de production tunisiennes de phosphate passées de 7 à 8 MT/an.

Tout avait été fait sans le moindre scrupule par nos deux voisins qui répondent avec une parfaite immobilité courtoise à la demande algérienne quant au respect des règles du jeu. Autant dire que notre pays était tombé tête baissée dans la trappe tendue par des concurrents immédiats : «C’est une guerre qui ne dit pas son nom que nous livraient et continuent de le faire certains concurrents, particulièrement les Tunisiens et les Marocains.

Les analyses de notre phosphate effectuées par le laboratoire Jacobs en Floride avaient été manipulées à dessein. D’autant qu’ils comptaient parmi ses effectifs des experts tunisiens et marocains. D’autres laboratoires ont depuis pris le relais. A renfort de fausses analyses, Indonésiens, Turcs et Français, entre autres, sont constamment vivement conseillés d’éviter d’acheter algérien», s’offusque notre source.

Une guerre légitime. Les deux pays cherchent à se positionner comme leaders à l’export sur le Continent, région qui assure un bon quart (25,7 %) de la production mondiale de minerai et d’engrais phosphatés. Aussi, l’Afrique contrôle, à elle seule, près de 65% des exportations pour seulement 0,5 % des importations. Ce qui fera dire, tout récemment, aux responsables de l’OCP «La véritable concurrence pour l’OCP proviendra principalement de la société minière saoudienne Maaden qui s’apprête à augmenter sa production en phosphate d’ammonium à 9 millions de tonnes par an.»

En effet, débarrassé de la seule usine d’acide phosphorique dont disposait l’Algérie et en attendant que nos décideurs sortent enfin de leur bien longue torpeur, passer à l’action pour doter le pays de nouvelles capacités, 3 MT/an prévus dans le projet Oued Kebarit, qui bouclera dans quelques semaines ses 11 ans, le voisin de l’Ouest n’a pas à craindre la concurrence algérienne.

Il pourra conserver, en toute quiétude, ses 47% de parts de marché mondial de l’acide phosphorique que lui assure actuellement près de 2 MT/an réalisés à l’export, la production étant de l’ordre de 5,7 MT. Idem pour la filière des engrais phosphatés dont la production – 8,6 MT – est essentiellement consacrée à l’exportation, (22% de part de marché mondial). Mettre en place les garde-fous nécessaires pour faire obstacle à toutes les velléités marocaines, tunisiennes ou autres, de compromettre la volonté politique d’exploitation des richesses dormantes de phosphate, nos décideurs ne devraient-ils pas s’y mettre ? 



S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!