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jeudi, 03 décembre, 2020
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Élection présidentielle aux États-Unis d’Amérique : Impact sur le monde et l’Algérie

09 novembre 2020 à 10 h 21 min

Cet article discutera des programmes économiques des deux adversaires et évaluera l’impact de ces derniers sur l’économie mondiale en général et l’économie algérienne en particulier.

Les États-Unis sont la première puissance économique mondiale, l’émetteur de la monnaie de réserve globale et le centre névralgique de la finance internationale. En conséquence, l’élection présidentielle américaine a une importance capitale sur le plan international. Le scrutin présidentiel du 3 novembre 2020 intervient dans un contexte interne fracturé politiquement et un environnement international dominé par la pandémie et le choc pétrolier de mars 2020 ainsi qu’une multitude de risques géostratégiques.

L’élection présidentielle a mis en compétition deux candidats aux approches et programmes différents sur les grands dossiers auxquels doit faire l’Amérique et le monde. Le président élu Joe Biden, en tant que leader de la première puissance globale, va donc exercer une énorme influence sur les questions économiques internationales, les marchés financiers internationaux, la gestion des crises mondiales, les pandémies, les conflits régionaux et le changement climatique. En conséquence, cette élection suscite un énorme intérêt à travers le monde.
Les États-Unis font face à des défis internes importants

En plus d’une fracture politique et sociale, l’administration américaine, neutre de nature, est fortement affaiblie en raison des dommages causés à la séparation des pouvoirs pendant le mandat du président sortant. Sur le plan économique, face à la récession causée par la pandémie et qui a mis fin à un super cycle de croissance de dix ans, les autorités américaines ont adopté un plan de relance budgétaire sur fonds de politique monétaire ultra accommodante (en place depuis la crise financière de 2008) comme principaux leviers de gestion. Mais avec des taux d’intérêt à zéro et une pandémie incontrôlable déclenchant de nouveaux verrouillages de secteurs entiers de l’économie, le recours à la seule politique monétaire est insuffisant pour sortir de la récession.

En fait, ce recours disproportionné à la politique monétaire a gonflé démesurément les prix de certains actifs, conduisant à la formation de bulles, à la concentration de la richesse entre les mains d’une infime minorité, au creusement des inégalités sociales et au déclenchement d’un énorme mécontentement.

Ce dernier, superposé à des violences policières inacceptables à l’égard des minorités afro-américaines, a conduit à une marée montante de protestations à travers les États-Unis (un mouvement qui s’est propagé en Europe), un mouvement qui ne s’estompera pas de sitôt vu la gravité des inégalités, accentuées d’ailleurs par la pandémie. L’élection du 3 novembre aura, indépendamment du vainqueur un impact majeur à long terme aux Etats -Unis et au niveau mondial.

Un monde faisant face à des risques économiques, sanitaires et géostratégiques majeurs
En premier lieu, citons la pandémie actuelle et la crise économique profonde qu’elle a déclenché. L’économie mondiale est en train de s’extraire avec lenteur du grand confinement d’avril-mai qui a induit un coût humain et économique considérable.

En raison de la seconde vague de contamination qui déferle sur le monde, de nombreux pays ont tout naturellement ralenti la réouverture économique afin d’éviter que les structures de santé ne soient submergées et surtout de protéger les populations à risque et les entreprises. Un signe positif dans ce tableau sombre est le redressement économique plus rapide que prévu de la Chine. Toutefois, la combinaison de tous les facteurs ci-dessus suggère que le retour de l’économie mondiale à des niveaux d’activité comparables à ceux précédant la pandémie est très incertain et semé d’obstacles.

En second lieu, l’apparition d’autres pandémies est une réalité que les pouvoirs publics doivent anticiper et traduire par des choix budgétaires clairs pour renforcer les systèmes de santé nationaux (formation de stocks adéquats d’équipements de protection et de fournitures médicales essentielles, accentuation des efforts de recherche, et assistance financière aux pays dont les capacités médicales sont limitées, notamment avec le concours d’organisations internationales).

En troisième lieu, la persistance de tensions commerciales et technologiques, l’affaiblissement du système commercial multilatéral fondé sur des règles (notamment en matière de commerce de services), les nouveaux contours de la globalisation (qui ne disparaîtra pas mais sera remodelé) et la reconstruction des chaînes des valeurs (il n’y aura pas de relocalisation pour les produits à faible valeur ajoutée) sont autant de nouvelles contraintes dont il faut s’accommoder dans le futur.

En quatrième lieu, les changements climatiques et la mise en place d’une économie verte sont des défis concrets et immédiats qui exigent la poursuite d’une coopération internationale (avec la présence des gros émetteurs), la redynamisation d’un mécanisme d’ajustement des prix du carbone et surtout le développement de l’investissement vert (une énorme source de création d’emplois) afin d’atteindre les objectifs de décarbonisation à l’échéance de 2050 (accord de Paris de 2015).

En cinquième lieu, notons l’instabilité géopolitique internationale (avec la multiplication des conflits régionaux dont le nombre atteint environ 500), les mouvements d’émigration illégale, la montée de certains nationalismes donnant lieu à des politiques intérieures semant la discorde et les développements technologiques rapides (réseaux sociaux, commerce en ligne, big data et techniques de gestion basées sur les données) qui tout présentant des avancées certaines au profit des consommateurs et des communautés n’en présentent pas moins des défis importants (comme la cybersécurité).

Un faisceau de risques importants qu’il faut intégrer dans les stratégies nouvelles pour vaincre la pandémie, sortir de la récession mondiale et protéger les populations et les biens en renforçant la cybersécurité.
Les points-clés des plateformes économiques de Biden et Trump

La priorité des priorités du futur leader des Etats-Unis sera de gérer la reprise économique du pays après une pandémie mondiale qui a fait grimper le chômage à des niveaux jamais vus depuis la Grande Dépression (passant de 3,5% en décembre 2019 à 14,7% en avril 2020 pour retomber à 7,9% en septembre 2020). La Réserve Fédérale prévoit que la croissance économique devrait reculer de 3,7% en 2020 et rebondir en 2021 pour atteindre 4% si les mesures de confinement sont levées et le virus vaincu. La forme du rebond sur le moyen terme reste incertaine toutefois.

C’est précisément pour ces raisons que les agendas économiques des candidats aux élections de novembre 2020 sont très importants. En conséquence, focalisons notre attention sur cinq grands dossiers inscrits des plateformes économiques des deux candidats, notamment :

(1)- Les infrastructures ;
(2)- la fiscalité ;
(3)- la protection sociale ;
(4)- le commerce international ; et
(5)- le changement climatique.

Premier dossier : les infrastructures : Trump et Biden se proposent de mettre en œuvre des programmes majeurs de rénovation et création d’infrastructures nouvelles.

(i)-Trump prévoit de dépenser 2000 milliards de dollars sans préciser la forme du financement de ce programme (crédits d’impôts ou financement direct de l’Etat). Ce dernier prévoit en outre l’établissement d’un réseau Internet sans fil à haut débit national et l’envoi de la première mission habitée sur la lune.

(ii)- Biden pour sa part propose un plan d’infrastructure pour un montant de 1300 milliards de dollars étalé sur 10 ans (400 milliards pour un nouveau programme fédéral de recherche et d’innovation en matière d’énergie propre, 100 milliards pour moderniser les écoles, 50 milliards pour la réparation des routes, des ponts et des autoroutes au cours de sa première année au pouvoir, 20 milliards sur les infrastructures rurales à large bande et 10 milliards pour les projets de transport en commun qui desservent des zones à forte concentration de pauvreté avec des options de transport limitées. Le financement proviendra de l’inversion de la courbe des taux d’imposition des entreprises décidés par Trump en 2017.

Second dossier : la fiscalité. Les plans des deux candidats sont diamétralement opposés.

(i)- Trump veut proroger la refonte fiscale de 2017 en direction des ménages après la date-butoir de 2025 (pour un coût de 1500 milliards de dollars), abroger les crédits d’impôt pour les énergies renouvelables, offrir des crédits d’impôt pour le programme de bourses d’études pour la liberté de l’éducation, élargir le programme de zones d’opportunités pour stimuler l’investissement dans les communautés économiquement en difficulté, et procéder à des réductions permanentes des charges sociales.

(ii)- Biden se propose, pour ce qui le concerne, d’annuler les réductions d’impôt de 2017 pour les entreprises et appliquer un impôt sur les revenus du travail pour les contribuables gagnant plus de 400 000 dollars par an. Par ailleurs, 1% des ménages les plus riches supporteront le fardeau des augmentations d’imports. Biden veut relever le taux d’imposition le plus élevé de 37% à 39,6% et le taux d’imposition le plus élevé des sociétés de 21% à 28%, imposer les gains en capital et les dividendes aux taux ordinaires pour ceux dont le revenu annuel est supérieur à 1 million de dollars et imposera un impôt minimum de 15% sur les revenus comptables des grandes entreprises. Le taux d’imposition sur les bénéfices réalisés par les filiales étrangères d’entreprises américaines sera doublé pour atteindre 21%.

Troisième dossier : la couverture médicale

(i)- Trump a proposé de profondes réductions des dépenses de santé pour la prochaine décennie, ciblant en particulier les grands programmes fédéraux de couverture médicale, notamment Medicaid ($900 milliards) et Medicare (450 milliards de dollars). En revanche, il compte protéger la sécurité sociale et l’assurance-maladie, réduire les primes d’assurance-maladie, mettre fin à la facturation surprise et faire baisser les prix des médicaments.

(ii)- Biden propose de protéger la couverture du programme Obamacare dont il éliminera le plafond de 400% sur l’admissibilité au crédit d’impôt et abaissera le plafond du coût de la couverture à 8,5% du revenu. En outre, il veut créer une option d’assurance maladie publique. Il souhaite également abaisser l’âge d’admissibilité à Medicare de 65 ans à 60. Son plan assurera plus de 97% de la population et coûtera 750 milliards de dollars sur une décennie. Il sera financé par les revenus de sa réforme sur les gains en capital.

Quatrième dossier : le commerce international

(i)- Trump a fait de la guerre commerciale avec la Chine, la pièce maîtresse de sa politique commerciale au cours de son premier mandat. Il a promis de donner la priorité à l’Amérique dans toutes les relations avec les pays et de pénaliser ceux avec lesquels les États-Unis ont un déficit commercial élevé et/ou les partenaires qui, selon lui, taxent injustement les entreprises américaines à l’étranger. Sa stratégie de confrontation avec la Chine restera inchangée.

(ii)- Biden prévoit, pour ce qui le concerne, de renforcer la position de l’Amérique dans l’économie mondiale en investissant d’abord dans l’innovation et en ciblant les classes moyennes. Son programme prévoit la conclusion de nouveaux accords commerciaux internationaux. Pour ce qui concerne la Chine, il rejette la voie des tarifs unilatéraux et propose au contraire la formation d’une coalition avec des alliés et des partenaires pour confronter la Chine sur les questions relatives à la propriété intellectuelle et aux transferts de technologie.
Cinquième dossier : le changement climatique

(i)- Trump ne croit pas au changement climatique et prévoit de continuer son appui à l’industrie des énergies fossiles et son processus de démantèlement des réglementations protégeant l’environnement, De plus, il envisage de louer une partie du fonds foncier fédéral aux entreprises de forage. En outre, il est décidé à poursuivre le processus de sortie de l’accord de Paris sur le climat.

(ii)- Biden pour sa part mentionne le changement climatique dans nombre de ses plans, en particulier ceux concernant les infrastructures et le commerce. Son programme sur le changement climatique est à l’opposé de celui de Trump. Il prévoit de consacrer $2000 milliards au cours de son mandat pour permettre aux États-Unis de parvenir à l’horizon 2050 à l’objectif de 100% en faveur d’une énergie propre et 0% en termes d’émissions nettes. Deux programmes contrastants.

Impact de l’élection présidentielle américaine sur les relations internationales et l’économie mondiale
Une réélection de Trump aurait impliqué l’accentuation des divisions internes, le recours continu à une politique monétaire ultra libérale en appui de Wall Street et éventuellement un second plan de relance budgétaire favorisant les grosses entreprises.

Pour ce qui est de la pandémie, la priorité du président réélu sera la réouverture de l’économie, des écoles et des universités dans le contexte d’une approche basée sur l’immunité naturelle avec un coût humain élevé et la poursuite d’une politique isolationniste vis-à-vis du reste du monde. Sur le plan international, le chaos et la confrontation qui ont marqué les relations entre les Etats-Unis et le monde continuera. A contrario, une victoire du candidat démocrate rassurerait la plupart des dirigeants étrangers sur les plans diplomatique et économique et permettra de restaurer de la quiétude et de la confiance au niveau international.

(1)- Sur le plan des relations internationales, fortement nourrie du sentiment dominant au sein de la population pour une ouverture sur le monde, la politique étrangère sera le miroir de sa politique intérieure en faveur du renouveau économique, de l’égalité raciale et de l’indépendance économique. Dans ce sens, les piliers de la politique étrangère de Biden seront la consolidation de la démocratie, l’engagement constructif mais ferme envers la Chine et la Russie et le renforcement des relations avec les alliés et partenaires.

(2)- Sur le plan économique, les États-Unis réembrasseraient le multilatéralisme et apporteraient de nouveau le poids des Etats-Unis pour ce qui est de la lutte contre le changement climatique, les pandémies et autres menaces mondiales. Un autre élément intéressant à noter sera la réaffirmation générale du rôle central de l’Etat dans l’atténuation des effets de la pandémie aux Etats-Unis et dans le monde.

En conséquence, le domaine public reviendra avec force dans les stratégies économiques des pays et cimentera une certaine rupture avec le néo libéralisme qui a dominé jusqu’à récemment la scène internationale. Dans ce sens, le transfert de la plus grande économie du monde à un leader social-démocrate confirmerait la tendance et permettrait de conserver le soutien du public à l’intervention de l’Etat dans la sphère économique.

Une évolution dans l’approche est la bienvenue pour éviter un capitalisme incontrôlé qui ne survivrait pas au verdict de l’électorat. Des changements au niveau des approches et même des substances pour un monde en pleine transformation.

Impact de l’élection présidentielle américaine sur l’économie algérienne

En plus des relations sur les plans diplomatique, policier, sécuritaire, culturel, scientifique et éducationnel, l’Algérie et les Etats-Unis entretiennent un courant régulier d’échanges économiques et commerciales. Ces derniers sont régis par un accord-cadre sur le commerce et l’investissement visant à les intensifier le cas échéant.

Les investissements directs étrangers américains sont concentrés dans le secteur des hydrocarbures. Pour ce qui est des échanges commerciaux, ils se caractérisent par les éléments suivants :

(1)- Du côté algérien à fin 2019, les exportations en direction des Etats-Unis représentaient 6,12% du total de ces exportations alors que les importations en provenance des Etats-Unis atteignaient 3,38% du total des importations algériennes ;

(2)- du côté américain, et toujours à fin 2019, les importations en provenance de l’Algérie représentaient 0,003% des importations des Etats-Unis alors que les exportations vers l’Algérie représentaient 0,01% du total des exportations américaines ;

(3)- en valeur et au cours de la période 2010-2019, les exportations de l’Algérie ont oscillé dans une fourchette de 1-2 milliards de dollars tandis que les importations oscillaient entre 14 milliards (2010-2011) et 3,5 milliards de dollars ;

(4)- la gamme des exportations de l’Algérie en direction des Etats-Unis est limitée à 3 grands produits, soit les produits pétroliers raffinés (30 %), le pétrole brut (12,2%) et le gaz naturel (0,048%) ;
(5)- la gamme des importations en provenance des Etats Unis est assez large pour inclure des produits divers de consommation, des biens intermédiaires et des équipements.

In fine, les Etats Unis sont un client et fournisseur réguliers de l’Algérie avec toutefois des volumes assez limites. Du côté américain, les échanges commerciaux avec l’Algérie sont infinitésimaux. L’élection d’un nouveau président américain ne va pas changer fondamentalement ni la nature des relations algéro-américaines ni la diversité des champs de coopération ni la densité des échanges commerciaux car les marges de manœuvre à court terme n’existent pas.

 

Par Abdelrahmi Bessaha

Macroéconomiste, spécialiste des pays en post-conflits et fragilités

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