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Dr Zoubir Benleulmi. Professeur et conférencier en management de l’innovation (HEC Paris) : «C’est toute la chaîne touristique qui est affectée»

20 juillet 2020 à 9 h 35 min

-Le Président Tebboune a décidé, il y a quelques jours, du maintien, jusqu’à nouvel ordre, de la fermeture des frontières aériennes, maritimes et terrestres. Qu’en pensez-vous ?

Maintenir la fermeture des frontières est à mon avis une bonne décision, eu égard à la situation sanitaire actuelle, qui risque de se dégrader si la propagation de ce virus n’est pas contenue. Les risques de la Covid-19, qui sont à l’origine de la décision initiale de fermeture prise en mars dernier, sont non seulement encore présents, mais ils évoluent défavorablement. Il est regrettable qu’après plusieurs mois d’efforts, on en soit là. Nous aurions tant aimé que la vie reprenne ses droits et que chacun vaque à ses occupations selon ses désirs, aussi bien au plan économique que social.

-Quelles peuvent être les répercussions économiques d’une telle décision ?  

L’impact subi par les opérateurs économiques est énorme après plusieurs mois de restrictions. En ce début de saison estivale, c’est toute la chaîne touristique qui est affectée, que ce soient les transporteurs, les hébergeurs, ou tous les commerçants et agents qui assurent la fourniture de produits et services. Les enjeux se chiffrent en centaines de milliards de dinars. On peut également comprendre la déception de tous ceux qui avaient un projet de voyage : nombreux sont les Algériens à l’étranger qui attendent la réouverture des frontières pour rentrer au pays et nombreux sont les Algériens qui souhaitent passer des vacances à l’étranger, surtout en Tunisie, une destination très prisée durant cette période.

Environ 2,5 millions d’Algériens visitent ce pays chaque année. Mais, hélas, la situation sanitaire n’est pas bonne : les chiffres publiés par le ministère de la Santé montrent une propagation accrue du coronavirus ces derniers jours. On s’attendait à une évolution positive et c’est tout le contraire qu’on observe. Sur le terrain, plusieurs de nos hôpitaux sont saturés et nous déplorons la perte de nombreux médecins et personnels du corps médical, morts dans leur combat face à ce virus à travers tout le territoire.

Le personnel médical poursuit inlassablement ses efforts avec les moyens dont il dispose dans un climat parfois tendu face à des citoyens très exigeants quant à la célérité de leur prise en charge ! Dans ces conditions, on peut imaginer les conséquences d’une ouverture des frontières : concrètement, c’est le risque pour nos concitoyens d’être affectés par le coronavirus dans les transports ou à l’étranger. C’est également la responsabilité des pouvoirs publics de prendre en charge des étrangers qui viendraient à se présenter à nos hôpitaux déjà saturés.

Pourtant, les pays européens qui ont enregistré des milliers de morts ont décidé d’ouvrir leurs frontières, d’abord dans l’Union européenne suivi, depuis quelques jours, par une ouverture à une quinzaine de pays, dont le nôtre. De même, la Tunisie nous a ouvert ses frontières..
La décision de l’UE d’inclure l’Algérie dans une liste restrictive de quinze pays est due, à mon avis, au nombre relativement faible de contaminations dans notre pays et à la volonté de faire repartir l’économie, en sachant que l’UE dispose aujourd’hui de moyens importants pour gérer une deuxième vague de contaminations, si elle advient.

Il s’agit notamment du nombre de lits disponibles, de la disponibilité de tests et de masques de protection, et de systèmes informatiques de traçabilité des personnes contaminées. Un calcul bénéfice/risque me paraît donc positif, surtout en présence d’un système de visa qui permet de filtrer le nombre d’entrées dans l’espace européen. Pour l’Algérie, le même calcul bénéfice/risque ne me semble pas être positif vu les moyens limités, surtout s’il y a un afflux important de visiteurs venant d’Europe et d’ailleurs. Comme vous le savez, l’hôpital de Kherrata a dû placer certains malades dans une auberge de jeunes ! Nous espérons bien sûr que cette fermeture des frontières, conjuguée aux autres mesures, puisse nous aider à préserver la santé de chacun et relancer notre économie au plus tôt. L’adhésion de tous les Algériens aux mesures de précautions est primordiale. Il y va de notre intérêt commun.

Pour nos frères tunisiens, je pense qu’ils sont dans une situation analogue à la nôtre, mais que l’urgence économique influe sur leur décision d’ouverture des frontières. Espérons que les touristes venant des pays européens puissent leur apporter un volant d’affaires pour sauver ce qui peut l’être en cette période inédite. Dès l’ouverture de nos frontières, nos compatriotes seront au rendez-vous pour visiter ce beau pays et profiter de son hospitalité. Il en va de même pour les nombreuses relations commerciales entre nos deux pays, qui pourront reprendre et se développer.

-Quelles mesures faudrait-il prendre, selon vous, pour minimiser les risques, si on devait, malgré tout, rouvrir les frontières ?

Il y a la mise en quarantaine qui a déjà été appliquée lors du rapatriement d’Algériens ayant séjourné à l’étranger. Il est également possible d’exiger une attestation médicale de non-contamination ou même de réaliser des tests à l’entrée du territoire. Toutes ces mesures sont coûteuses et exigent la mise en place de structures spécialisées pour assurer le suivi pour des effectifs importants de voyageurs. Nous pourrions également adopter une approche graduelle dans la réouverture des frontières en commençant par certaines destinations. Avec de telles mesures, nous pouvons minimiser les risques, améliorer la situation sanitaire dans notre pays et relancer l’économie au plus tôt. Engageons-nous donc dans les préparatifs pour réussir la réouverture prochaine des frontières.

 

 

BIO EXPRESS
Le Dr Zoubir Benleulmi est professeur et conférencier en management de l’innovation. Ancien directeur de la conception au sein de Philips à Singapour, il est diplômé de l’Ecole des hautes études commerciales de Paris (HEC Paris) et de l’université de Constantine. Il est l’auteur d’une trilogie sur la gouvernance en Algérie : Conduite du changement dans l’université algérienne (2015), Paroles d’Algériens (2019) et Réflexions pour la Constitution algérienne (2019). Il est également co-auteur d’une étude sur le risque pays-Algérie.



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