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samedi, 04 juillet, 2020
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Des engagements de réformes avec des moyens insuffisants : Le système de santé est à bout de souffle

04 mai 2020 à 9 h 45 min

Déjà en pleines difficultés économiques, l’Algérie fait face depuis le début du deuxième trimestre de l’année en cours à une crise sanitaire sans précédent.

C’est le cas certes à travers le monde entier mais les moyens mis en place face à la propagation de la pandémie diffèrent d’un pays à un autre. Des moyens dépendant de plusieurs facteurs. A chacun sa stratégie face à cette situation inédite. Mais, il est clair que le Covid-19 a mis à nu les dysfonctionnements de la santé publique dans plusieurs pays et les limites du système en question.

 

C’est le cas en Algérie où la nécessité de réformer le système de santé alimente les débats depuis des années, surtout avec la multiplication des affaires qui ont ébranlé le secteur : Prise en charge des cancéreux, pénurie de médicaments, dégradation dans les services de maternité, distorsions régionales en matière de couverture sanitaire, colère des résidents en 2018 …

Les exemples illustrant le marasme du secteur sont nombreux. La crise actuelle ne fait que rappeler cette situation. Résultat de vingt ans de prédation comme l’a rappelé récemment le professeur Kamel Bouzid, chef de service oncologie à l’hôpital Mustapha Bacha et président de la Société algérienne d’oncologie médicale dans l’une de ses sorties médiatiques.

Pour ce dernier – qui a alerté à maintes reprises sur la situation du secteur -, les dirigeants de l’époque ont sacrifié la population pour aller se soigner à l’étranger. Le secteur le paye chèrement aujourd’hui.

Les difficultés rencontrées par le personnel soignant à travers les différentes structures sanitaires dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19 rappelle justement le retard accusé dans le secteur marqué par le gel de plusieurs projets de réalisation d’infrastructures. C’est dire que la santé n’a guère profité de l’embellie financière qu’a connue l’Algérie dans le passé.

Urgences

Le constat n’est pas nouveau. Mais l’urgence hospitalière actuelle s’est avérée être au bord de l’asphyxie avec un système de santé à bout de souffle. Les témoignages relayés sur les réseaux sociaux par des médecins et des infirmiers au front confortent l’ampleur des défaillances. La pression sur l’institut Pasteur, le seul laboratoire de référence habilité à analyser les prélèvements au début de la crise avant le lancement de nouvelles antennes illustrent également les manquements. Des manquements que le gouvernement s’engage à combler. La pandémie «a révélé de nombreuses lacunes que nous nous efforcerons de corriger à l’avenir en construisant un système de santé fort», a promis le Premier ministre, Abdelaziz Djerad lors de sa visite à Blida.

Le Chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune a également pris le même engagement annonçant des mesures de restructuration totale du système national de santé et l’amélioration des conditions de travail des professionnels du secteur. Une mission que prendra en charge l’Agence nationale de la sécurité sanitaire à créer prochainement.

En attendant de dévoiler le mode opératoire et les moyens à mettre en œuvre, le cap est mis sur la prise en charge des conditions sociales des personnels soignants. Il a fallu que cette pandémie survienne pour que le dossier soit rouvert alors que les syndicats du secteur ont soulevé ces problèmes pendant des années sans qu’ils ne soient solutionnés.

Et pourtant, les dépenses de la santé étaient en hausse au cours de ces dernières années. Elles se sont multipliées par près de six entre 1995 et 2012. Mais les différentes études menées par les experts en la matière ont conclu que ce système de santé reste inéquitable et la qualité des soins et les différentes prestations assurées ne sont pas satisfaisantes.

Mhamed Lakrimi, spécialiste en nouvelles technologies dédiées à la santé, dit d’ailleurs dans l’une de ses analyses : «Les ressources sont utiles au bon fonctionnement du système de santé mais de fortes ressources ne signifient pas nécessairement de meilleurs résultats. La distinction réside dans l’efficacité des dépenses et des soins.»

Il pose ainsi la problématique de l’efficacité. Zine Barka, professeur de Finances publiques à l’université de Tlemcen abonde dans ce sens. «La santé a toujours été prioritaire en matière d’allocation des ressources publiques annuelles», nous dira-t-il rappelant que ces dépenses représentent entre 5 et 7% de la richesse nationale. «Cet effort financier de l’Etat est illustré par l’érection à travers tout le territoire national d’infrastructures hospitalières et de centres de santé de proximité souvent équipés avec un matériel performant et moderne.

Les facultés de médecine ont également pourvu le personnel soignant, d’autres instituts ont formé des gestionnaires ; mais c’est la question de l’efficacité de toutes ces dépenses publiques en croissance continue qui est posée», résumera-t-il avant d’expliquer : «On peut toujours montrer l’amélioration des indices de santé comme le taux de mortalité, les naissances en milieu assisté, ou l’allongement de la durée de vie de la population grâce à la gratuité de la médecine, mais cela n’a pas empêché des dysfonctionnements de naître et de se développer retardant ainsi son efficacité.»

La priorité devrait donc aujourd’hui être de l’avis de notre spécialiste à «la révision de la politique de santé budgétivore sans rendement» Comment ? A travers le réexamen des dépenses allouées à la formation et au fonctionnement ainsi que celles consacrées à la gestion des structures sanitaires. «Le moment est venu pour s’inscrire dans une nouvelle perspective de modernisation du secteur de la santé et de son budget en adoptant ‘‘une gestion axée sur les résultats à partir d’objectifs précis définis en fonction des finalités d’intérêt général et faisant l’objet d’une évaluation’’ comme le stipule l’article 2 de la Loi organique n°18-15 relative aux lois de finances», suggère Zine Barka. Donc, au final, il ne suffit pas d’allouer des enveloppes financières sans assurer l’efficacité de ces dépenses. Sinon le retard ne sera que criant dans un domaine aussi sensible que celui de la santé.

Des projets toujours gelés

Faudrait-il rappeler justement toujours au sujet du budget que le secteur a bénéficié d’une augmentation de 2,28 % dans le cadre de la loi de finance PLF 2020 pour atteindre 560 milliards de dinars, soit plus de 12 milliards DA par rapport à 2019.

La santé occupe ainsi en 2020 la 4e place en termes de répartition des dotations budgétaires. Il était attendu que 26 structures sanitaires voient le jour en 2020 avec la levée du gel dans le cadre du fonds spécial pour ces régions, sur 25 projets pour une autorisation de programme de plus de 19 milliards DA, en plus de l’inscription de 40 autres projets pour plus de 18 milliards DA.

Cependant, le Covid-19 conjugué à la conjoncture économique sont venus chambouler les calculs du gouvernement. Le premier responsable du secteur l’a d’ailleurs bien souligné.«La conjoncture économique actuelle, en plus de la pandémie du coronavirus, ne nous permettent pas la levée du gel inhérent à la réalisation de plusieurs projets d’établissement de santé dans le pays», a déclaré à ce sujet Abderrahmane Ben Bouzid le 30 avril dernier lors d’une séance plénière de l’Assemblée populaire nationale (APN) consacrée aux questions orales destinées aux membres du gouvernement. Encore un coup dur pour le secteur.

 

> Dossier réalisé par   SAMIRA IMADALOU



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