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Déjà marginales et exposées à une forte concurrence : Les exportations algériennes de dattes plombées par la Covid-19

19 octobre 2020 à 10 h 50 min

Rien qu’à Biskra, première ville algérienne productrice de dattes, l’on évoque un stock de 20 000 tonnes restant de la récolte de la saison dernière généré essentiellement par les perturbations dans la distribution signalées durant le mois de Ramadhan dernier.

Des perturbations intervenues tant sur le marché national qu’international. Le manque à gagner pour les producteurs et les exportateurs s’annonce important en attendant une évaluation exhaustive de la crise sanitaire sur une filière déjà fragilisée par le manque d’organisation, le déficit en moyens logistiques pour l’exportation et l’absence d’une industrie de transformation.

La pandémie n’a fait qu’exacerber les difficultés d’une filière qui recèle de grandes potentialités en matière d’exportation dont le montant n’a pas dépassé les 40 millions de dollars en 2019. Un chiffre qui s’annonce en baisse cette année.

Les professionnels du secteur en parlent et appellent à des mesures d’urgence.

Un dossier sur lequel le gouvernement se penche actuellement dans le cadre de la stratégie globale sur la promotion des exportations hors hydrocarbures, mais sans pour autant apporter des solutions à l’organisation du marché interne marqué actuellement par la prédominance de l’informel. Ils sont en effet nombreux à vouloir profiter de la chute des prix pour nourrir la spéculation. Tout comme les autres produits agricoles à fort potentiel d’exportation, la datte subit de plein fouet les effets de la crise sanitaire.

Énormes pertes

La fermeture des frontières a porté un coup dur à cette filière déjà mise à mal par la désorganisation régnante accentuée par la fraude, la contrefaçon, la spéculation et la contrebande, mais aussi par la prédominance de l’informel et l’absence de perspectives pour l’industrie de la transformation dans ce secteur. Ainsi, difficilement exportables avant l’avènement de la pandémie en dépit de leur qualité reconnue mondialement, les dattes algériennes ont encore perdu cette année des parts sur le marché mondial.

C’est ce qui inquiète producteurs et exportateurs, surtout que la production est en hausse cette année. Un volume qui vient s’ajouter au stock de la précédente récolte dont l’exportation a été bloquée. «Il y a des stocks de l’année dernière qui n’ont pas été écoulés faute de transport, surtout que toutes les opérations d’exportation sont centralisées à Alger», nous dira à ce sujet Bakhoukh Boualem, exportateur.

Rien qu’à Biskra, première ville productrice de dattes, l’on évoque un stock de 20 000 tonnes généré essentiellement par les perturbations signalées durant le mois de ramadhan, selon M. Guedoum de la société Amadagh, exportateur depuis 2004. «Pour ces 20 000 tonnes, nous n’avons pas d’autre choix que de baisser les prix à 50 DA le kilo alors que nous avons payé 300 DA le kilo.

Les pertes s’annoncent en tout cas énormes pour nous en attendant de faire une évaluation exacte de la situation», nous expliquera M. Gueddoum. «Cette année, j’ai à peine réussi à expédier 500 tonnes vers les destinations habituelles alors qu’avant la pandémie j’exportais 2000 tonnes/an», nous dit-il. «Nous risquons même de perdre des clients», regrette-t-il.

A propos de cette question justement, il nous donnera comme exemple celui de la Malaisie. «D’habitude, nous exportons vers la France, le Canada et la Malaisie, mais nos parts sur ce dernier marché sont en voie d’être récupérées par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes qui ont baissé les prix de 60% en cette période de crise sanitaire. C’est pour cela que la Malaisie n’accepte plus la datte algérienne», détaillera-t-il.

Concernant le marché français qui reçoit une bonne partie des exportations algériennes de dattes, le problème de transport induit par la fermeture des frontières a sensiblement baissé les quantités destinées à ce pays. «Avec deux à trois vols cargo par semaine de 15 tonnes chacun, le volume des exportations est faible.

On se retrouve à envoyer 45 tonnes, soit l’équivalent d’un container. Ce qui n’est pas rentable puisqu’on paye plus pour la même quantité, et ce, d’autant que les prix ont augmenté pour les vols cargo. Avant la pandémie, le coût d’un kilogramme export était de 40 DA, mais actuellement, il est passé à 120 da le kilo. Il a été multiplié par trois.

La baisse du fret maritime et le manque en containers réfrigérés ne jouent pas en notre faveur», nous expliquera-t-il. Et de poursuivre : «Avec ces tarifs, on ne peut pas jouer la concurrence. On est perdant sur toute la ligne.» Ce sont donc autant de contraintes venues se greffer à celles subies dans le passé.

Un marché mondial en mutation

L’Algérie, qui compte au total 180 exportateurs de dattes pour un volume de 58 000 tonnes par an, n’a pas d’autre choix que de s’adapter aux mutations imposées par la Covid-19 sur le marché mondial de la datte. Un marché qui va connaître d’autres changements. «Avant, on pouvait faire des prévisions, signer des contrats à moyen terme mais la crise a tout chamboulé.

Rien n’est comme avant et la situation risque de s’aggraver. Il n’y a plus de place aux prévisions», analyse notre exportateur résumant ainsi l’inquiétude des acteurs intervenant dans ce segment, et ce, d’autant que les conditions étaient déjà loin d’être favorables aux exportations bien avant la crise. Car, entre les annonces pour le soutien au développement des exportations dans cette filière et la mise en œuvre sur le terrain, le fossé est grand.

Le conseil interprofessionnel installé fin 2018 n’a pas réussi à organiser la filière. Il a été vite rattrapé par la dégradation de la situation économique en 2019 puis par la Covid-19 cette année.

Il était question de créer un nouveau système de contrôle pour faciliter l’exportation des dattes algériennes vers les marchés extérieurs, avec à la clé une possibilité d’assurer le contrôle du produit à exporter sur les sites des unités de conditionnement agréés par les services du commerce, des douanes et de la santé pour protéger le produit et délivrer les certifications de conformité.

L’ambition avait même été affichée de faire de l’Algérie le premier exportateur de ce produit agricole notamment après les conventions signées avec d’autres pays, dont le Canada et la Russie. La réalisation d’un tel objectif semble remise aux calendes grecques eu égard de la situation actuelle qui de surcroît présente de grands risques sur l’emploi dans cette filière. Et pour cause, les recrutements saisonniers sont à l’arrêt, selon M. Guedoum, pour qui il sera difficile de se relever d’une telle dépression.

D’où l’urgence d’un plan d’appui aux producteurs et aux exportateurs de dattes. Les réunions autour de ce dossier s’enchaînent et les promesses ne manquent pas. La semaine dernière, le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a présidé avec le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Aissa Bekkai, une réunion avec les producteurs de dattes.

L’accent a été mis sur l’impératif d’accompagner et de soutenir les exportateurs de ce produit, sans en préciser la manière. Rien de nouveau à ce sujet. Les représentants sont juste revenus sur la réforme en cours du Fonds spécial pour la promotion des exportations (FSPE) et sur la stratégie à adopter dans la promotion des exportations hors hydrocarbures de manière globale.

«Le ministère affirme qu’il a pris les dispositions nécessaires pour faciliter les opérations d’exportation et qu’une cellule d’écoute est disponible pour prendre en charge les préoccupations des exportateurs», est-il indiqué dans un communiqué rendu public à cet effet.

Cette réunion est intervenue, faut-il le rappeler, quelques jours après des déclarations de Kamel Rezig sur les difficultés de l’Algérie à exporter ses dattes dans lesquelles il a soulevé la question de l’exportation de la datte algérienne précisément Deglet Nour en vrac vers d’autres pays qui la mettent dans un emballage pour être ensuite réexportée au nom de ces pays. «Nous avons les meilleures dattes, mais nous ne pouvons pas les exporter parce que nous ne pouvons pas les emballer.

Ils les prennent de Tunisie où elles sont emballées puis réexportées au nom de ce pays. Il y a un pays européen qui est classé cinquième au monde dans l’exportation de la Deglet Nour sans posséder un seul palmier sur son territoire. C’est de la datte qui part de chez nous. Ils se contentent de l’emballer et de lui mettre un code-barres», a déclaré Kamel Rezig en marge d’une visite à Boumerdès. «Il y a un code-barres pour le vrac que les exportateurs devront coller sur ce produit», a-t-il ajouté.

Le défi de la transformation

Au-delà de la polémique suscitée par de telles déclarations, c’est la problématique de l’emballage et du conditionnement qui se pose au même titre que celle de la transformation. Il est vrai que des investissements dans le stockage sont en cours, mais cela reste insuffisant par rapport aux besoins dans cette filière notamment durant les saisons où la récolte est abondante comme c’est le cas cette année.

Aussi, les nouvelles technologies de transformation et de production des produits dérivés de la datte sont quasi méconnues des producteurs, en dépit de la forte demande internationale pour certains produits Ce qui aurait permis d’absorber les quantités destinées à l’exportation et bloquées par la crise et d’en tirer des plus-values.

L’autre point sur lequel du travail reste à faire est celui lié à l’organisation du marché interne où les contraintes sont nombreuses impactant directement sur les prix, puisque la baisse de cette année n’est que conjoncturelle comme nous le rappellera un commerçant spécialisé dans la vente des dattes depuis une vingtaine d’année : «Les prix actuels qui jouent en faveur du consommateur certes sont conjoncturels. La fermeture des frontières n’a pas seulement bloqué les exportations mais elle a également stoppé la contrebande.

Il fallait donc inonder le marché avec ce qui reste du stock de la saison 2019-2020 en baissant les prix avant que la production de cette année soit complètement récoltée.

> Par Samira Imadalou

 

 

Indices

La production cette année est passée de 6 millions de quintaux en 2010 à 11 millions de quintaux en 2018 à 12 millions de quintaux en 2019

L’exportation ne représente que 3,5% des quantités produites.

Sur les 16 wilayas productrices de dattes, Biskra se classe en tête avec 11% de la production globale dont 6 millions de quintaux sont de la variété très prisée de Deglet Nour.

 

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