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Crise sanitaire et économique : Les dix commandements de la gouvernance post-Covid-19

22 février 2021 à 10 h 22 min

Après une année d’exercice, le gouvernement Djerad reçoit son bulletin.
La note est faible et les résultats bien en-deçà des promesses. Même si face à la crise sanitaire tous les pays se valent, les réponses politiques et économiques du gouvernement algérien ont largement déçu. Si sur le plan politique, le statu quo répressif a marqué l’année, des faillites en cascade ont émaillé le monde économique.

 

Asphyxie financière pour les entreprises publiques et privées, érosion et dégradation du pouvoir d’achat des citoyens, hausse du taux de chômage, baisse des revenus et des réserves de change, inflation, manque de liquidités bancaires, etc.

Ce fut une année bien difficile et le gouvernement a manqué de solutions, certains ministres ont même fait montre d’incompétence criante, se contentant de faire du surplace et de multiplier les déclarations fâcheuses. Le gouvernement Djerad semblait fonctionner comme un intérimaire, attendant le passage de la tempête, et répondant à l’urgence par des décisions aléatoires.

L’année 2021, et au regard des défis auxquels nous devons faire face, notamment sur le plan économique qui affiche des données macroéconomiques pas très prometteuses, sera également difficile. Le nouveau gouvernement parviendra-t-il à y faire face ou fera-t-il du surplace comme le précédent ?

L’avenir nous le dira, mais ce qu’il faudra retenir c’est que la crise financière associée à la crise sanitaire a dévoilé les faiblesses d’un système rentier qui n’a pas su se défaire de sa dépendance aux hydrocarbures. Le piège de la rente continuera à paralyser la vie économique et limitera les chances de l’Algérie de réellement diversifier ses ressources et créer de la richesse. Les défis sont nombreux et les réponses ne sont pas dans l’attente d’un miracle pour que le prix du baril atteigne 120 dollars.

Le monde après la Covid-19 a changé et l’Algérie se doit également de changer et de s’adapter. On ne peut plus fonctionner avec la logique des années 70 ni politiquement et encore moins économiquement. La gouvernance ne sera plus la même, car la pandémie mondiale a pointé du doigt les failles des systèmes économiques et sanitaires de tous les pays du monde. Il s’agira aujourd’hui de s’adapter pour survivre ou d’attendre et subir le pire. Dans une tribune publiée par le Forum Economique Mondial WEF, la crise a dévoilé 10 domaines à examiner pour renforcer la résilience face aux menaces existentielles et aux menaces futures.

Les 10 domaines à revoir pour faire face aux menaces

«La pandémie mondiale a mis en lumière d’importantes faiblesses nationales et internationales. Elle a également exposé certains mythes et conventions utilisés pour expliquer le monde. Les changements qui se produisent déjà se sont accélérés, réalisant en quelques mois ce qui aurait autrement pu prendre des décennies… C’est le moment pour la génération actuelle et la prochaine génération de dirigeants de faire leur marque et de saisir l’occasion de corriger ces erreurs…», préconise l’analyse du WEF, en appelant à changer ce qui n’est plus adapté à notre époque et à l’avenir que nous voulons face à plusieurs menaces existentielles.

L’analyse recense dix transformations à engager, à commencer par le monde de l’entreprise. «Véritable choc mondial, la pandémie a révélé la fragilité de l’économie mondiale et de ses réseaux. Une économie interconnectée, plutôt que de renforcer la résilience, a amplifié l’effet domino- répandant la douleur et les perturbations économiques dans le monde entier, à mesure que les entreprises licencient des employés.» Le WEF invite les gouvernements de s’assurer «que les entreprises sont prêtes à remplir leurs obligations envers la société. Cela commence avec les travailleurs, base du contrat social entre les entreprises et la société.

Les décideurs doivent réfléchir à la manière de transformer les soutiens aux entreprises pour renforcer la résilience systémique réelle». Le deuxième chantier réside dans la révision de la politique monétaire pour le bien public. Avant la pandémie, les gouvernements hésitaient à mettre la main à la poche et dépenser des sommes importantes, notamment pour développer le système de santé et prétextaient un manque d’argent récurrent. «La pandémie a torpillé ces croyances.

Alors que les gouvernements puisent dans leurs réserves pour libérer les dépenses publiques, ils pourraient investir dans les infrastructures nécessaires, payer pour la fourniture publique des besoins de base et des services publics, et investir dans la recherche et le développement pour préparer la société aux défis futurs», indique la même analyse. Le WEF préconise de fournir des logements à loyer faible et donner aux familles à revenus moyens la possibilité d’investir pour son propre bien. «Qu’il s’agisse de créer leur propre entreprise ou d’améliorer leur santé, il s’agirait d’un investissement à long terme pour accroître la capacité de plus de segments de la population à contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la société.»

Les gouvernements se doivent par ailleurs de cesser de voir dans la croissance un objectif en soi. «La croissance perpétuelle pousse la société à consommer sans cesse plus de ressources. En conséquence, la politique économique est faussée, se concentrant sur les astuces de comptabilité et d’investissement plutôt que sur le développement et le progrès économique réels. Au lieu de cela, les gouvernements des économies émergentes et avancées doivent se souvenir à quoi doit servir la croissance : améliorer le niveau de vie de toute la population, et pas seulement de segments de la société.» Au lieu de la croissance comme mesure d’épanouissement économique, les pays devront, selon le WEF, adopter des systèmes de mesure plus significatifs pour les guider comme une combinaison de chiffres sur l’emploi, l’accès aux besoins de base et l’investissement orienté vers le futur.

L’analyse du WEF, qui se décline comme un manifeste pour une gouvernance plus juste, appelle également à abandonner la «main libre du marché». «La société doit réaffirmer son contrôle sur le marché et le secteur privé, en veillant à ce qu’ils soient orientés vers le bien public. Les entreprises ont un permis d’exploitation, mais lorsque les entreprises violent cette compréhension, les sociétés doivent s’assurer que le secteur privé agit de manière responsable.» De même que la révocation du «free ride» de la gig économy, employant de nombreux contractuels sur des plateformes numériques et sont sous-payés, est aussi souhaitée. «Les gouvernements doivent examiner quelles plateformes réussissent et pourquoi, puis essayer de soutenir des alternatives qui ne dépendent pas du modèle global du financement technologique.»

Valoriser le travail essentiel

Les mesures de confinement ont touché pratiquement tous les secteurs à l’exception des «travailleurs essentiels». La pandémie a introduit ce terme pour désigner notamment les travailleurs de la santé et services publics, de même que les livreurs, les concierges, les employés d’épicerie, les ouvriers agricoles et d’usines de conditionnement des aliments. Des employés essentiels, mais pourtant souvent sous-payés. «Tout comme les gouvernements doivent repenser les biens qui sont stratégiquement essentiels à une économie en crise, ils doivent également veiller à ce que ceux qui travaillent à ces postes soient correctement rémunérés et protégés afin qu’ils puissent aider à soutenir le reste de la société.»

Il y a également lieu de recadrer les priorités de développement. «Il y a eu un sous-investissement dans les infrastructures qui auraient aidé à lutter contre cette pandémie et à réduire le risque de la prochaine crise : eau potable, meilleure nutrition, assainissement amélioré et infrastructures de santé publiques plus larges…Des millions de personnes n’ont pas de logements sûrs et sécurisés, un accès stable à l’électricité ou des services publics importants, comme l’éducation», constate les analystes du WEF. «La société devrait limiter l’utilisation de tout développement ou de l’argent public vers la technologie numérique au détriment du bien-être des populations… à moins qu’un organisme indépendant -et non dominé par les entreprises technologiques – puisse expliquer de manière convaincante pourquoi cela améliorerait le développement».

La pandémie a par ailleurs révélé l’urgence de revoir le système alimentaire. «Les épisodes de pénurie de l’année dernière invitent les gouvernants à repenser radicalement l’approche des système alimentaires. Premièrement, développer de meilleurs systèmes de distribution de nourriture, en particulier dans les communautés les plus pauvres… Deuxièmement, veiller à ce que les épiceries et supermarchés disposent de suffisamment de stocks de produits essentiels et investir dans la production alimentaire locale, en particulier dans les produits de base.»

Les mesures de confinement ont largement réduit l’effet de la pollution de l’environnement, ce qui appelle à mieux à orienter l’activité humaine dans le respect de la nature.

L’autre enseignement de la crise sanitaire réside dans le changement géopolitique endommageant le soft power de l’Occident. «Le monde post-pandémie sera un monde avec de nombreuses puissances différentes : la Chine, l’Inde, la Russie, l’Europe, l’Afrique, le Brésil et les Etats-Unis. Des tensions existeront entre ces différents pays et les limites de leur influence seront contestées…S’il y a une chose que la pandémie de la Covid-19 nous a apprise, c’est que les anciennes hypothèses ne s’appliquent plus. Les pays, les entreprises et les particuliers doivent s’adapter à la nouvelle norme…

Les pays doivent s’engager avec d’autres puissances, même celles avec lesquelles ils ont de graves désaccords pour trouver des solutions à des problèmes qui se posent au monde entier…Les entreprises doivent faire face aux nouvelles réalités de la résilience dans l’économie interconnectée et à ce que signifie la croissance dans un monde de plus en plus numérisés.

Et les individus… doivent s’adapter à une vie qui a de plus grandes restrictions», préconise le WEF, en notant que les dirigeants en particulier doivent saisir l’occasion de corriger les erreurs du passé et permettre une véritable réinitialisation. Le monde est ainsi en pleine mutation, et le code de gestion de l’Algérie doit impérativement changer. On ne peut plus fonctionner selon des schémas désuets, à l’ère du numérique, du Bitcoin et la conquête de l’espace.

 

Par   Nadjia Bouaricha


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