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Contribution : L’Algérie s’est sous-développée par ses hydrocarbures

15 avril 2019 à 9 h 00 min

Cette contribution répond à l’article «Fourniture gratuite de gaz a la France» publié par El Watan du 10/04/2019, pour permettre à vous lecteur de faire votre propre approche vers la vérité des prix.

L’Algérie dépend à 96% des exportations des hydrocarbures. Ces hydrocarbures, au lieu d’être la locomotive du développement, ont été une malédiction pour l’Algérie.

1- En effet, quand le prix du pétrole était bas, le gaz «produit non renouvelable» a été vendu, pendant 30 ans jusqu’en 2006, à perte en dessous du prix de revient.

Le prix du gaz indexé sur celui du pétrole «a été indexé plutôt sur le fioul», la partie la moins noble du pétrole (vendu moins cher que le pétrole). Ce prix ne permettait jamais d’amortir le cash-flow des lourds investissements pour rendre le gaz transportable et tous les coûts de production.

Il faut savoir qu’une calorie gaz revient cinq à sept fois la calorie pétrole, selon que le gaz est transporté à l’état gazeux par gazoduc sur le continent, liquide GNL pour réduire son volume 600 fois, ou gazoducs traversant la Méditerranée.

Le contrat gaz El Paso a été signé en «octobre 69» quand le pétrole coûtait «moins de 3 dollars le baril», à l’époque où le gaz était une découverte non désirée car il n’avait aucune valeur et le gaz «fatal» associé au pétrole était brûlé aux torches chez tous les producteurs de pétrole à travers le monde. Il a été signé en outre, à l’époque où la technologie gaz était inexistante pour les grandes capacités d’exploitation 10 milliards de m3/an, soit 30 millions de m3/jour.

«La France n’a-t-elle pas cédé les 100% de ses parts à SH qu’elle détenait sur Hassi R’Mel ?», un des plus grands gisements de gaz au monde ! On a fait croire à nos dirigeants, y compris l’ancien chef de la diplomatie, juste après l’indépendance, que la richesse de l’Algérie était le gaz et non le pétrole. C’était dans la même suite logique de l’infiltration de l’ALN par les Belkhir, Nezzar et compagnie.

On a donc contraint l’Algérie, seul pays au monde, à s’engager dans l’aventure gaz. Pour le contrat El Paso, et par la suite avec la France et l’Italie, nos gisements, nos usines ont servi de laboratoires pour développer des procédés, des technologies, des équipements, des matériaux, avec tous leurs défauts de jeunesse éventuels et qui faisaient leur entrée pour la première fois au stade de l’expérimentation.

Les arrêts d’exploitation étaient très fréquents. Pour redémarrer une unité GNL, il faut en moyenne plus d’une semaine pour arriver à la température de design «-163°C» pour rendre le gaz liquide. Pendant tout ce temps, toute la capacité gaz de l’unité est brûlée aux torches car ce n’est pas encore du GNL, voire pollution atmosphérique et réchauffement climatique.

Les auto-consommations sur incidents ont atteint des valeurs plus de 3 fois les volumes de GNL exportés. Il fallait mettre au point chaque équipement, chaque matériau faisant partie de cette nouvelle technologie.

Le risque de la technologie de la liquéfaction du gaz est relativement important. C’est pourquoi les clients GNL n’ont jamais voulu être partenaires avec Sonatrach pour partager ce risque.

Pour vendre une calorie gaz, en exploitation normale, il faut produire quatre calories : réinjection dans les gisements, auto-consommation, torches, etc.

De toute cette aventure gaz, payée à l’époque par le pétrole, l’Algérie n’en a tiré presqu’aucun profit. «Ce sont les pays consommateurs de gaz, fabricants d’équipements prestataires de technologie qui ont tiré profit de cette énergie, moins polluante, développée prématurément 30 ans à l’avance», grâce à l’Algérie qui a servi de cobaye. L’Iran, 2e pays au monde en réserve de gaz après la Russie, garde ses réserves intactes à ce jour. Pour l’Iran, le gaz c’est l’après-pétrole.

Un constat se dégage : l’absence de capitalisation des expériences, des connaissances accumulées, à prix fort, dans la construction, dans l’exploitation. En dépit de son rôle de pionnier de l’industrie mondiale de gaz en général et du GNL en particulier, Sonatrach n’a pas su concrétiser un pôle d’expertise scientifique et technique pour développer les savoir-faire acquis dans tous les domaines. Nous sommes dans l’énergie depuis 50 ans et nous sommes acheteurs de tout dans le domaine, alors qu’on devrait être exportateurs.

2- L’Algérie s’est appauvrie par ses hydrocarbures, même quand le prix du baril de pétrole dépassait la barre des 100 dollars. A cette époque, puisqu’on avait beaucoup d’argent comme recette, toute l’industrie algérienne a été démantelée, et on a importé tout ce que nous consommons. Tout le monde sait qu’une richesse «non renouvelable» produite, si elle n’est pas remplacée par une autre richesse, le pays s’appauvrit à chaque fois qu’un baril de pétrole, à chaque fois qu’un m3 de gaz est soutiré de son sous-sol. En effet, depuis 1999, aucun investissement productif hors hydrocarbures n’a été consenti.

On arrive à la confirmation suivante : quel que soit le prix du baril de pétrole, les hydrocarbures sont une malédiction pour L’Algérie, réponse au paradoxe entre abondance des ressources naturelles et faiblesse des performances économiques. Le comble, parce que les hydrocarbures conventionnels sont en déclin en Algérie, on envisage déjà, sans tenir compte de l’expérience malheureuse du gaz naturel, exploiter le gaz de schiste, au lieu d’aller vers les énergies renouvelables et les investissements hors hydrocarbures ou l’aval pétrolier.

Cette part des hydrocarbures de schiste appartiendra aux générations futures, quand sa technologie sera mise au point ailleurs, pas en Algérie, car nous avons déjà payé le prix fort. Exploiter maintenant le gaz de schiste, c’est répéter une 2e fois l’aventure malheureuse du gaz conventionnel des années 70’. Aucune leçon n’est donc retenue. Economiquement, le prix du gaz de schiste ne sera jamais rentable au prix actuel du pétrole. Son exploitation avec les technologies actuelles est inévitablement polluante et représente un danger certain pour «la nappe albienne, véritable don du ciel» au milieu du désert. Il faut tenir compte des erreurs du passé pour construire l’avenir.

Faut-il brader ce qui reste du sous-sol algérien ? Il n’est pas nécessaire de réviser chaque fois la loi sur les hydrocarbures sans remettre en cause le peu de chose qui reste des nationalisations du 24 février 1971. Par la situation géostratégique de l’Algérie, les pétroliers viendront naturellement investir dans notre pays. C’est la porte de l’Europe et il reste encore des gisements à trouver.

On oublie vite le début des années 90’, «sur deux forages d’exploration un gisement est trouvé», voir région Berkine, c’est un record dans le monde. Les investisseurs, s’ils ne viennent pas en Algérie, c’est pour un problème politique (corruption… ) et non technique. La proximité de l’Algérie à l’Europe devait faire de notre pays, devenant sérieux, un partenaire privilégié par rapport au pétrole du Moyen-Orient ou de l’Amérique latine.

Faut-il faire plus de concessions pour attirer les investisseurs ? Pour vendre en fin de compte le litre de pétrole (équivalent à 40 DA/l), 20 fois moins cher qu’un litre d’huile d’olive (800DA/l) «un patrimoine renouvelable chaque année», un des exemples parmi d’autres produits renouvelables chaque année.

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