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jeudi, 23 janvier, 2020
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Conséquences de l’instabilité politique : La contraction de l’activité économique pèse sur le chômage

28 octobre 2019 à 9 h 58 min

Donner du travail aux jeunes de plus en plus en plus nombreux à rejoindre le marché de l’emploi (dont 29,1% étaient au chômage en septembre 2018 pour un taux officiel global de 11,7%) passe par la mise en place des conditions nécessaires pour faire tourner la machine économique.

Or, l’économie algérienne est sujette à des problèmes de gouvernance, aux lenteurs administratives et à la corruption. La situation ne date pas d’aujourd’hui. Les facteurs à l’origine de cette crise remontent certes aux deux dernières décennies de la présidence Bouteflika. Mais un autre phénomène est venu intensifier cette crise, celui de la perte de confiance engendrée par l’instabilité politique du pays et l’arrestation d’hommes d’affaires à la tête de groupes privés ayant pourtant bénéficié dans le passé des largesses du pouvoir.

Rien que les entreprises incriminées dans ces affaires représentent, selon les estimations des experts, 50 000 emplois directs, sans compter les emplois indirects, (fournisseurs et sous-traitants notamment). Dans ce sillage, il faut noter que les employés de ces entreprises qui sont sans salaires depuis des mois pour bon nombre d’entre eux s’inquiètent pour leur avenir avec toutes les rumeurs qui circulent ces derniers temps sur d’éventuelles fermetures. Surtout que ce phénomène a frappé de plein fouet le secteur du Bâtiment et travaux publics (BTP), résultat de la baisse de la commande publique. Ces derniers mois, près de 60% des entreprises algériennes du bâtiment et des travaux publics ont été contraintes de cesser leurs activités et de licencier de nombreux salariés suite à l’absence de commandes, selon le président de la Confédération des industriels algériens, Abdel Wahab Ziani.

Ce qui a fait baisser la demande de matériaux de construction de 20%. D’ailleurs, certaines cimenteries ont vu leurs ventes baisser sensiblement sur le marché national. Parallèlement, d’autres opérateurs économiques dans d’autres secteurs, à l’image de l’agroalimentaire, ont d’énormes difficultés à faire face à leurs plans de charge dans ce climat de suspicion et face à la frilosité des banques. Même les services et le commerce qui assurent, pour rappel,   60% du total des emplois (contre 17% pour le BTPH et 13% pour l’industrie pâtissent de cette situation. «Nous avons du mal à travailler et à tracer des perspectives», nous confie un homme d’affaires spécialisé dans l’agroalimentaire. «Heureusement que notre entreprise est diversifiée. Ce qui nous permet de tenir le coup et de compenser certaines activités par d’autres, mais si la situation persiste, nous serons obligés de passer à la réduction des effectifs», ajoute un autre chef d’entreprise.

DÉSINVESTISSEMENT

Cela pour dire que l’économie ne tourne pas et que les perspectives d’intégration dans la vie professionnelle de nombreux diplômés sont bloquées. En plus de la perte d’emploi et des menaces qui pèsent sur des milliers de travailleurs, la création de nouveaux postes s’annonce très difficile dans ce contexte avec un marché de travail déjà tendu et une précarisation accrue des emplois ces dernières années. Etant alimenté par la dépense publique via la  rente  des hydrocarbures, ce marché est donc sous une forte pression. Une pression qui risque fort de s’accentuer sous le poids de la croissance démographique. Il faudra en effet, selon les estimations des experts, créer entre 2020/2025 plus de 350 000/400 000 emplois par an, qui s’ajoutent au taux de chômage.  Mais avec des richesses qui proviennent essentiellement de la rente des hydrocarbures et les incertitudes actuelles, difficile de faire face à une telle demande. Dans son dernier rapport, le Fonds monétaire international (FMI) a d’ailleurs mis en garde contre une éventuelle hausse du chômage, lequel devrait passer à 12,6% en 2019 (contre une prévision de 12,5% faite en avril) et à 13,3% en 2020 (contre une prévision de 13,7% en avril).

II est clair en effet que le climat défavorable pour l’investissement va son nul doute se répercuter sur la création des richesses à tous les niveaux. Dans ce sillage, il faut rappeler justement que les derniers chiffres de l’Office national des statistiques (ONS) font part d’une croissance globale du Produit intérieur brut (PIB) de 0,3% au 2e trimestre 2019, contre 1,4% durant la même période de l’année dernière, soit une chute de 1,1%. Les chiffres officiels expliquent justement ce résultat par une baisse du volume de la valeur ajoutée des hydrocarbures et une hausse «timide» qui est de 1,8% de l’activité du secteur agricole.

La croissance du secteur des hydrocarbures s’est caractérisée par une baisse de -8,3%. Encore un indice qui montre que l’économie est basée sur la rente. Car même si les autres secteurs d’activité économique ont réalisé des «croissances positives», avec un taux de croissance du PIB, hors hydrocarbures, de 2,8% au cours cette période, l’impact reste faible sur l’emploi. Le second trimestre de l’année en cours a été, par ailleurs, marqué par une baisse de l’investissement avec une évolution de 0,9%, contre 4,1% à la même période en 2018. Donc, très peu de projets concrétisés entre mars et juin, c’est-à-dire en cette période d’incertitudes politiques. Les prochains bilans de l’ONS ne feront que conforter ce constat de contraction de l’activité économique que certains tentent d’expliquer par le hirak et non par cet «entêtement» à bloquer tout changement par la voie voulue par le peuple. Les conséquences sont là et ressenties à tous les niveaux.

Au plan local d’ailleurs, le monde des affaires roule au ralenti pour ne pas dire qu’il est presque à l’arrêt. Les décisions restent bloquées. Les responsables hésitent à mettre en œuvre certaines mesures, retardant ainsi l’aboutissement de plusieurs projets. Même si aucune évaluation n’a été faite jusque-là, des exemples viennent rappeler ces lenteurs.

Blocages

C’est le cas, en effet, de la société AOM Invest, une société par actions spécialisée dans les études, le développement et l’exploitation de projets touristiques, la première à rejoindre le compartiment des PME à la Bourse d’Alger ayant reporté l’ouverture de son premier établissement hôtelier –Hotel Thermal Aqua Sirence, dans la station thermale de Bouhanifia, à Mascara. Prévu initialement le 5 juillet dernier, l’établissement n’est pas encore opérationnel. Il ne le sera pas avant plusieurs mois, selon une source proche de l’entreprise.  «Ce retard a été principalement occasionné par le cumul de différentes lenteurs administratives accusées, notamment pour les dossiers suivants : dossier du branchement du poste électrique de l’établissement, dossier du permis de construction modifié et le certificat de conformité. Et au dossier de l’arrêté d’exploitation de l’établissement», explique l’entreprise dans un communiqué rendu public.

Et dire que cet hôtel devait recruter une cinquantaine de personnes, dont certaines le sont déjà, mais actuellement au chômage technique. Tant que le blocage persiste, il sera dur de mener à bon port des projets et d’absorber ne serait-ce qu’une petite partie des nouvelles arrivées ou ceux qui sont en attente sur le marché du travail. «Tout est traité en bloc. A partir du moment où les intentions sont traitées en bloc, c’est-à-dire restriction pour tous, le blocage viendra et fera le travail pour garantir la récession», prévient à ce sujet l’expert financier Souhil Meddah, pour qui il y a lieu d’en finir avec l’esprit populiste. «Avec le modèle de la dépense budgétaire qui a montré ces limites, il y a lieu de s’orienter vers d’autres débouchés, c’est-à-dire la création de marchés et de la demande sur ces marchés», préconise notre expert. Or, du côté des pouvoirs publics, le cap est mis sur les mesures populistes, surtout en cette période où l’on tente de faire accepter l’idée d’organiser l’élection présidentielle le 12 décembre prochain.

 

Mesures populistes

Déjà, bien avant la rentrée sociale, des plans de recrutement massif avaient été annoncées par plusieurs entreprises. Voilà aussi que le ministère du Travail de l’Emploi et de la Sécurité sociale annonce une stratégie pour développer le service public et permettre la transparence dans le placement des demandeurs d’emploi insistant sur la priorité dans l’orientation des bénéficiaires du Dispositif d’aide à l’insertion professionnelle (DAIP).

Des instructions auraient même été données pour le contrôle des offres d’emploi des entreprises étrangères. Pourquoi pas ? On a laissé faire les dépassements pendant de longues années et on a encouragé l’emploi précaire pour s’engager aujourd’hui à prendre en charge ce lourd dossier sans mettre en place une politique d’emploi à même d’absorber le chômage.

L’on annonce par ailleurs la préparation d’un «écosystème» favorable à la création et au développement des start-up.

«Au gouvernement, nous sommes en train de préparer un écosystème favorable aux startuppers et auto-entrepreneurs. Chaque secteur (département ministériel) se penche actuellement sur la valorisation de ses start-ups», a déclaré mi-octobre le ministre du Commerce, Said Djellab, à l’ouverture de la nouvelle année universitaire 2019-2020 de l’Ecole supérieure algérienne des affaires (ESAA).

Il a, dans ce cadre, souligné les mesures prises dans le projet de loi de finances pour l’année 2020, notamment la création d’un fonds d’accompagnement pour la start-up, les facilitations fiscales au profit de ce type d’entreprises, ainsi que la création de zones technologiques sur le modèle de la «Silicon Valley».

Pour le ministre, c’est «une prise de conscience de l’importance de notre potentiel de jeunesse ». Le réveil après avoir fragilisé ces jeunes poussés à la harga et réprimés dans les manifestations.

Un réveil juste le temps d’organiser l’élection, alors que le mal est profond, avec l’accentuation des inégalités en matière d’accès à l’emploi. La contraction de l’activité économique, qui a limité l’évolution de la croissance dans les secteurs hors hydrocarbures, ne pourrait réduire le taux de pauvreté, avertit d’ailleurs la Banque mondiale dans son dernier rapport, et ce, «du fait des faibles taux de croissance économique, du taux de chômage toujours élevé et de l’incertitude des politiques publiques». Des politiques qui, de surcroît, n’ont pas fait l’objet d’évaluation en dépit des appels insistants sur ce point. 

 

 


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