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mardi, 21 septembre, 2021
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Cherté des produits maintenue sur tout le mois de Ramadhan : Les spéculateurs dictent leur loi !

10 mai 2021 à 10 h 36 min

Le Ramadhan s’achève sans un signe de clémence de la mercuriale. Les prix des produits alimentaires ont été particulièrement élevés durant ce mois sacré avec la particularité cette année que la tendance haussière n’a pas fléchi durant tout le mois.

Les «soldes» annoncées en grande pompe par le ministre du Commerce pour le mois de Ramadhan n’ont pas eu lieu. La voix de Rezig a d’ailleurs disparu des radars durant ce mois qui a été particulièrement éreintant pour les bourses algériennes. Il n’a même pas osé faire la «tournée-spectacle» dans les marchés de gros comme l’année dernière pour exiger la baisse des prix.

Un échec total et sur toute la ligne des pouvoirs publics face aux spéculateurs et autres barons informels du commerce qui ont décidé cette année de maintenir les prix en hausse et rire au nez et à la barbe d’un gouvernement qui produit des discours sans effets.

Après une année de la Covid aux conséquences lourdes sur le plan social, les spéculateurs sont venus achever le peu de résistance des petites bourses face à la cherté de la vie. Avec un taux de chômage en hausse, un SMIG dérisoire et une crise économique qui tend à durer, la situation sociale est très sensible et la courbe inflationniste ne fera qu’exacerber une colère palpable des citoyens rencontrés dans les différents points de vente.

«C’est criminel d’imposer des prix pareils aux consommateurs… Les gens n’arrivent pas à joindre les deux bouts, ils nous achèvent à petit feu», s’indigne une dame. Et à un homme d’un certain âge d’ajouter : «Les Algériens n’arrivent même pas à garnir leur couffin de fruits et légumes, où va-t-on comme cela !»

Des yeux écarquillés de stupeur devant les prix affichés, des mines défaites et visages rarement souriants, et l’air abattu, sont autant d’images qui se répètent au niveau de tous les marchés et points de vente de produits alimentaires. Seuls les commerçants affichent des sourires en comptant les billets qu’ils reçoivent des mains de leurs clients désabusés. Dans ce marasme social ambiant, les commerçants ont fait exception.

Les différents commerces ont profité pleinement du mois sacré de Ramadhan en affichant des hausses de prix continuelles et sans répit pour les petites bourses. «Ce n’est pas de notre faute, c’est le marché qui veut ça et les grossistes…

D’ailleurs, je n’ai pas trouvé d’huile de table pour approvisionner mon magasin, les grossistes refusent de signer des factures que le fournisseur exige et donc on se retrouve sans huile», justifie un vendeur en détail. «Nous avions espéré une baisse des prix après la première semaine de ce mois de jeûne, mais rien, tout est cher et hors de portée, et avec ça il va falloir acheter les vêtements de l’Aïd pour les enfants. On ne sait plus comment vivre dans ce pays, on survit», lâche désespéré, un père de famille, visiblement épuisé par le poids d’une vie de plus en plus difficile.

La crise sociale, qui va en s’aggravant, a marqué son point culminant durant ce mois sacré chez les musulmans, où traditionnellement les dépenses des ménages sont plus importantes. «Nous connaissons au début de chaque mois de Ramadhan une hausse des prix qui est parfois non justifiée puis suivi par une régression des prix progressive. La particularité de cette année, c’est qu’il n’y a pas eu une seule hausse pour le premier jour seulement. Il y a eu une persistance de la hausse des prix et même une deuxième vague de hausse sur certains produits comme la pomme de terre et la volaille, d’après les remontées d’informations de nos bureaux. Nous avons constaté également un maintien de la hausse sans régression sur des produits tout au long du mois», constate avec regret Mustapha Zebdi, président de l’Association pour la protection des consommateurs Apoce.

Notre interlocuteur souligne que contrairement aux annonces et promesses, il n’y a eu ni régulation ni stabilité des prix sur le marché. «Il n’y a certes pas eu de pénurie, mais les prix n’ont pas été stables comme ça a été déclaré. Il est temps d’avouer que nous avons un marché non régulé, non organisé, ni structuré, ce qui rend difficile l’arrêt de toute forme d’instabilité du marché», regrette Mustapha Zebdi, qui dit avoir reçu énormément de réclamations de la part des consommateurs. «Il y a un mécontentement presque général par rapport à ces hausses non justifiées. Il y a eu une grande déception de la part des consommateurs. Nous avons reçu un nombre important de réclamations et avons même été critiqué au sujet de ces hausses car certains consommateurs ignorent la nature de notre activité et que nous n’avons pas de pouvoir de répression. Nous sommes juste une association et une force de proposition», précise notre interlocuteur.

Livrés à eux-mêmes, les consommateurs expriment où ils peuvent leur mécontentement puisque les pouvoirs publics ont démissionné face aux spéculateurs. «La spéculation a fait ravage, et des gens en profitent… Nous ne pouvons plus rester dans cette situation où les moyens de régulation font défaut», s’indigne le même responsable de l’Apoce qui en appelle à la révision des lois et réglementations régissant les transactions commerciales de manière à mettre fin à ce phénomène de la spéculation.

«Le processus de formation des prix n’obéit pas à une logique de marché»

«On ne peut pas laisser le marché livré à lui-même… Ce que nous constatons malheureusement, c’est que la loi de l’offre et de la demande n’est pas la seule qui détermine les transactions commerciales, il y a aussi la loi de la spéculation, la loi des intempéries, et c’est inadmissible.» «En l’absence d’une concurrence saine, le processus de formation des prix n’obéit pas à une logique de marché, faisant en sorte que plusieurs intervenants, qui arrivent à s’introduire dans les circuits de commercialisation et disposent ainsi de quantités appréciable de produits, fient chacun sa propre marge commerciale», explique Brahim Guendouzi, professeur d’économie à l’université de Tizi Ouzou.

Dans un entretien qu’il nous a accordé, M. Guendouzi cite entre autres facteurs de spéculation et de hausse des prix, l’utilisation de paiement cash dans les transactions commerciales, l’absence de facturation, le recours à des prête-noms, la vente sur pied dans l’agriculture, la faiblesse du contrôle sanitaire et phytosanitaire. «Autant de pratiques qui réduisent l’impact de l’intervention des services de l’Etat.

En définitive, vouloir mettre de l’ordre dans le secteur sensible de la distribution, c’est s’attaquer à la fois à toutes ces pratiques, sachant que l’organisation économique actuelle ne milite pas en faveur d’un tel changement», souligne M. Guendouzi. Le professeur en économie souligne également le poids du secteur informel qui a fait «en sorte qu’il existe une multitude d’intermédiaires qui parasitent le secteur de la distribution rendant la formation des prix opaques pour un grand nombre de produits, dont particulièrement les denrées alimentaires».

De même que «la forte dépréciation de la monnaie nationale décidée par la Banque d’Algérie ces dernières semaines va renchérir les produits importés aussi bien pour la consommation finale qu’en tant qu’inputs pour les entreprises», dit-il. De nombreux facteurs concourent ainsi à rendre la vie dure aux Algériens sans émouvoir les pouvoirs publics.

Avec une situation socioéconomique de plus en plus fragile, la précarité qui touche de plus en plus de couches sociales, et des pouvoirs publics qui s’entêtent à fermer les espaces d’expression, à contrôler d’une main de fer la vie politique et livrant la sphère économique aux lois du hasard, une explosion sociale aux conséquences tragiques est à craindre.

> Par  Nadjia Bouaricha


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