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Opération mains propres dans les milieux de la politique et des affaires

Ces fortunes qui sortent, malgré elles,  de l’anonymat

08 juillet 2019 à 10 h 00 min

A mesure qu’elle évolue, mais subrepticement, la grande traque aux fortunes suspectes où s’entremêlent le politique et l’économique, déclenchée par les autorités judiciaires depuis des mois, a permis aux Algériens de découvrir de nouveaux noms d’acteurs très influents, semble-t-il, dans le milieu des affaires, mais qui, pour se mettre à l’abri des yeux envieux, veillaient scrupuleusement à rester très discrets.

D’ailleurs, dans les différents rapports sur la richesse et les fortunes privées en Afrique, publié en septembre de chaque année par le cabinet de recherche britannique New World Wealth et AfrAsia Bank, l’Algérie figurait jusqu’à 2018 au premier rang des pays importants qui ne sont pas couverts en raison du manque, pour ne pas dire l’absence, de données fiables.

Après les Kouninef, Oulmi, Arbaoui, Hasnaoui, Berrahal, Baïri, Sahraoui, Mazouz…, Benmansour (dont le titan de l’affichage publicitaire Ahmed Karim Benmansour, neveu de Abdelaziz Bouteflika), un célèbre média international dédié à l’actualité politique et économique en Afrique, mais particulièrement bien au fait des arcanes du business souterrain algérien, a fait sortir de leurs terriers nombre de fortunes algériennes, jusque-là méconnues du grand public, la fratrie Dennouni, entres autres.

Activant, à l’instar des Haddad et Kouninef, dans le BTP, ce gisement inépuisable d’affaires juteuses, le groupe éponyme contrôlé par Abdelmadjid Dennouni, député FLN de Tlemcen, vient de renforcer son alliance avec le célèbre bureau portugais d’architecture et d’ingénierie JFA Engenharia.

Déjà associés depuis 2016 au sein d’Engineering Managing et Construction (ENMC), les deux partenaires viennent de créer (mi-juin passé), une nouvelle coentreprise, bureau d’études JFA Algérie, dont la gestion a été confiée à José Miguel Ferraz, propriétaire de JFA, et Abdellah Dennouni, l’un des frères de Abdelmadjid Dennouni.

A quelque chose malheur est bon, expression susceptible de s’appliquer aux Dennouni : après la perte de son plus gros client en Algérie, à savoir le groupe Kougc, suite à l’arrestation, le 24 avril dernier, des frères Kouninef, ses dirigeants, JFA a dû se rabattre sur la fratrie Dennouni, afin de se maintenir sur le fort généreux marché algérien, a laissé comprendre le même média dans une de ses toutes dernières éditions. La décapitation de Kougc était, en effet, un coup de massue violemment asséné à la firme portugaise.

Et tout porte à le croire : grâce à Kougc, dirigé par Redha Kouninef, le «chouchou» de l’ex-Président Bouteflika et de son frère conseiller, le bureau JFA a réussi à se faire une place de choix sur le marché algérien du bâtiment et de l’ingénierie, rendu, sous le règne Bouteflika, particulièrement dynamique.

Cette place de choix, JFA la doit, d’abord, à la conception, pour le compte de la défense nationale, de l’hôpital militaire de Ouargla, mis en service fin 2018, puis et surtout au gros contrat conclu avec Kougc.

Les architectes portugais, apprend encore le média spécialisé dans les gros scandales de corruption internationale, ayant entre autres dessiné les centres hospitaliers d’Oran et de Constantine, deux établissements militaires dédiés à l’oncologie pour la réalisation desquels le ministère de la Défense fera appel, en 2017, à l’«expertise» du groupe Kouninef.

JFA s’était également vu confier par la firme turque Kayi la conception, toujours pour le compte de la Défense nationale, de l’hôpital de Ouargla, inauguré fin 2018 par le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah.

S’étirant sur au moins 40 000 m2, les deux centres anticancer (CAC) d’Oran et de Constantine, dont les chantiers ont été déjà ouverts, coûteront à l’institution militaire respectivement 114 et 154 millions d’euros, a indiqué la même source.

Mais aujourd’hui que les patrons de Kougc sont derrière les barreaux pour nombre d’affaires de corruption présumée, la finalisation des deux projets s’en retrouve sérieusement compromise. Idem pour la fourniture des installations et des équipements nécessaires.

«Kougc ne se contentera pas de réaliser les travaux de génie civil et de gros œuvre, mais aussi les finitions et les réseaux et même le très stratégique et très coûteux lot d’installations des équipements médicaux, y compris huit accélérateurs de radiothérapie», est-il souligné par la même source médiatique.

Mieux, Ali Haddad, qui croupit, lui aussi, dans les geôles d’El Harrach pour des faits de corruption, devait à son tour, solliciter les Kouninef, dans le cadre de la sous-traitance, aux fins d’équiper les deux CAC.

En effet, «le lot d’équipements sera-t-il sous-traité à Cialfarm, joint-venture entre l’américain Varian, l’un des leaders du segment, et l’ex-patron des patrons Ali Haddad qui est, comme Redha Kouninef, l’un des hommes-clés du clan Bouteflika ?», s’interroge le média.

Variant System Algérie, fruit du partenariat conclu en 2016, sous les regards bienveillants de Abdemalek Boudiaf, alors ministre de la Santé, entre Cialfarm, filiale du groupe ETRHB Haddad, intervenant dans le médical, et Varian Medical Systems, «vise à accompagner le plan national de lutte contre le cancer 2015/2019 mis en place par les pouvoirs publics», s’enthousiasmaient les deux partenaires.

En tout cas, les deux projets CAC devaient faire beaucoup d’heureux, à leur tête Reda Kouninef. Ils auraient permis au  king incontesté des marchés publics du BTP, d’«asseoir sa position de bâtisseur d’hôpitaux préférés du ministère de la Défense», soutient la même source médiatique.

D’autant que «celui-ci lui avait confié en 2014 le sauvetage du chantier des hôpitaux de Blida et Tamanrasset, dont la réalisation avait été bloquée par les péripéties judiciaires de leur maître d’œuvre, l’américain Kellog Brown & Roots (KBR)». Depuis, poursuit le site d’informations étranger, «Kougc a aussi décroché la construction d’un hôpital psychiatrique civil à Laghouat».

Gros marchés publics

Décidément, les Kouninef qui, à l’instar de leurs amis Bouteflika, préféraient se soigner dans les hôpitaux helvétiques, étaient en appétit féroce pour les marchés liés à la santé : à environ deux semaines du début (22 février) du mouvement populaire hirak, Kougc, groupe Hasnaoui et le chinois CSCEC s’affairaient à affûter leurs armes avec, cette fois-ci, comme cible, le centre d’oncologie de Tiaret.

Gelé pour des contraintes financières, le projet sera relancé, au début de l’année en cours, par le wali Abdeslam Bentouati.

C’est dire que le cabinet de recherche New World Wealth et AfrAsia Bank, ainsi que le groupe Capgemini, intervenant dans le conseil en stratégie et la transformation de l’entreprise, qui s’intéressent particulièrement aux fortunes africaines, sont appelés à revoir leurs chiffres : le nombre de riches africains qui se serait stabilisé, depuis 2014, à 200 000 individus, dont les avoirs ont, par contre, nettement évolué passant, à fin 2017, de 1400 à 1700 milliards $, serait assurément bien plus important.

Car, considérant les révélations en cascade de ces dernières semaines sur le volume de capitaux en monnaies fortes, indûment engrangé grâce aux marchés publics par les Haddad, Kouninef, Oulmi, Tahkout, Melzi, Arbaoui… et partagé avec leurs facilitateurs/alliés du régime, les nantis algériens des catégories High Net Worth Individuals (individus possédant une fortune estimée à au moins 1 million de dollars), multimillionnaires (fortune dépassant les 10 millions de dollars) et centi-millionnaires (fortune supérieure à 100 millions de dollars) se compteraient en centaines, voire en milliers. 


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