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Brahim Guendouzi . Spécialiste en commerce extérieur : «Il est urgent de relancer l’investissement pour faire face aux opportunités commerciales»

28 septembre 2020 à 10 h 48 min

-Dans le plan de relance de l’économie, l’orientation est à la diversification des exportations hors hydrocarbures ; qu’en pensez-vous ?

Les objectifs ambitieux annoncés par le président de la République lors de la conférence nationale sur la relance économique, organisée le 16 août dernier, consistant à développer les exportations hors hydrocarbures à hauteur de 5 milliards de dollars en 2021 et à réduire la dépendance aux hydrocarbures à au moins 80% à partir de 2022, laisse perplexe aussi bien les chefs d’entreprise que les économistes. La situation difficile dans laquelle se trouve actuellement l’économie nationale qui sort progressivement d’un confinement partiel de plusieurs semaines en raison de la pandémie de la Covid-19 ainsi que celle que vivent les entreprises algériennes tant publiques que privées qui font face aux multiples entraves liées à l’environnement économique, laissent entendre qu’il serait difficile de concrétiser sur le terrain de tels objectifs. Aussi, faudra-t-il interpréter les chiffres annoncés par le président de la République comme une façon de dire aux opérateurs économiques que dorénavant l’économie algérienne s’orientera totalement vers des activités d’exportation, et ce, au-delà du timing avancé ? S’agit-il d’un changement de cap pour l’économie du pays ? Si c’est le cas, alors cela suppose une réorganisation du tissu économique dans son ensemble, des réformes adéquates aux objectifs fixés et surtout la volonté de le faire de tous. Tout un programme.

Déjà, à travers les nouvelles sources de croissance économique identifiées que sont le secteur minier, l’industrie pharmaceutique, l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire, les énergies renouvelables ainsi que l’économie de la connaissance, on peut déceler explicitement le message concernant l’option diversification de la production et sa dimension exportation tous azimuts. La question des moyens à mettre en faveur du processus visant l’assaut des marchés extérieurs est toujours posée, notamment la dimension organisationnelle et surtout le problème du financement eu égard aux contraintes liées au double déficit du budget de l’Etat ainsi que de la balance des paiements, qui détériorent les équilibres macroéconomiques et donc le climat des affaires.

-Quelle faisabilité pour les mesures annoncées en l’absence d’une économie productive ?

Il est clair que la faiblesse des produits exportables va handicaper dans un premier temps le processus d’exportation, sachant déjà les difficultés qui existent lorsqu’il s’agit d’approche des marchés étrangers. Aussi, est-il urgent de relancer l’investissement sous toutes ses formes pour asseoir une base productive capable de faire face aux opportunités commerciales qui se manifesteront au fur et à mesure. Il y a lieu également de capitaliser les expériences d’exportation, même sporadiques, réalisées par de nombreuses entreprises depuis ces dernières années.

Aussi, est-il nécessaire d’exiger une adhésion dans des organisations professionnelles qui encadrent les différentes filières de production, pour mieux garantir le respect des normes et faire ressortir le professionnalisme des opérateurs économiques lorsqu’il s’agit justement de s’adresser à des marchés étrangers. Toutefois, en l’absence d’études de marché indicatives, des manifestations commerciales animées par les opérateurs économiques pourraient être organisées pour identifier les cibles commerciales afin d’entreprendre des actions plus précises quant à la façon d’agir en vue de concrétiser les actes de vente sur tel ou tel marché extérieur sans avoir à subir d’échec.

Par contre, le réaménagement du dispositif d’accompagnement des opérations d’exportation afin de rendre plus aisés les différents maillons qui caractérisent le processus de vente vers l’étranger, particulièrement l’acheminement physique des produits jusqu’à la clientèle finale dans différents pays.

Il est attendu par exemple un renforcement du Fonds spécial de promotion des exportations (FSPE) qui fournit un soutien financier indirect en faveur des exportateurs, surtout pour ce qui se rapporte à la prise en charge partielle des frais d’acheminement des produits, de leur adaptation aux exigences de la clientèle, des efforts de prospection qui seront menées à l’étranger, etc. Les entreprises exportatrices ont également besoin de beaucoup de flexibilité dans les opérations de dédouanement tant à l’export que par rapport aux réapprovisionnements de l’étranger. La célérité dans les transits aux ports et aéroports est une nécessité absolue. Les circuits verts seront de mise dans ce cas.

Aussi, est-il opportun que les différents organismes publics liés à l’exportation (CACI, Safex, Algex, Cagex), les administrations, y compris les services consulaires à l’étranger, les transporteurs, les banques et les services douaniers, se doivent de coordonner leurs efforts autour d’une stratégie nationale d’exportation. Les entreprises et les organisations professionnelles sont appelées également à aller dans le même sens pour développer des effets de synergie à même de retrouver un niveau de compétitivité et une performance indispensable sur les marchés extérieurs où la concurrence est rude.

-Que peut-on attendre de la réforme de la loi sur la monnaie et crédit dans ce cadre ?

D’ores et déjà la question sensible de l’inexistence d’agences bancaires à l’extérieur pour sécuriser les paiements est mise en avant comme contrainte devant trouver une solution rapide par la Banque d’Algérie. Le cadre juridique actuel doit être adapté aussi bien pour les banques que pour les entreprises qui souhaitent détenir des actifs à l’étranger sous forme de filiales ou succursales ou encore des bureaux de représentation, tant nécessaires pour mener des activités à l’extérieur en continuation de celles qui sont à l’intérieur du pays. La réglementation en matière de contrôle des changes est aussi amenée à évoluer puisque les exportateurs attendent un allégement en leur faveur, notamment pour ce qui concerne les délais de rapatriement des devises que par rapport aux délais impartis (une année actuellement) ainsi qu’au taux de rétrocession accordé sur les recettes en devise qui est de l’ordre de 50%.

La couverture du risque de change trouve sa solution dans les récents règlements de la Banque d’Algérie en l’occurrence le règlement n° 17-01 du 10 juillet 2017 relatif au marché interbancaire des changes et aux instruments de couverture du risque de change, dont il faudra accélérer la mise en application par les banques commerciales en faveur des opérateurs économiques. Pour le moment, la situation des cours de change du dinar par rapport aux principales devises (dollar et euro) est favorable aux exportations.

Aussi, en attendant des modifications en profondeur à apporter dans la loi sur la monnaie et le crédit car nécessitant plus de temps, des améliorations peuvent être introduites dans le règlement n°07-01 du 03 février 2007 relatif aux règles applicables aux transactions courantes avec l’étranger et aux comptes devises ainsi que dans le cadre de la loi de finances pour 2021.

-L’Algérie a-t-elle réellement les moyens de pénétrer le marché africain ?

Effectivement, ce n’est pas parce que les pays africains décident de démanteler les barrières tarifaires entre eux dans le cadre de la Zlecaf que les actes d’exporter deviennent faciles ! Les politiques commerciales visent toutes à rendre les flux commerciaux plus fluides au bénéfice de tous, mais cela suppose que les entreprises, principales concernées par les actions de vente et d’achat, soient compétitives car agissant dans un environnement concurrentiel. D’autant plus qu’il existe déjà des accords d’intégration régionale entre pays africains dont il faudra mener des négociations car s’agissant le plus souvent aussi de communautés de paiement comme c’est le cas de la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), la Cémac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), Céeéac (Communauté économique des Etats d’Afrique centrale) et Comesa (Marché commun d’Afrique orientale et Australe).

Les obstacles logistiques et les spécificités de ces marchés ainsi que les conditions des paiements seront probablement les paramètres à privilégier par les entreprises algériennes désireuses de faire des offres commerciales dans les 53 pays de la Zlecaf.

L’organisme assureur des risques politique et commercial à l’exportation en l’occurrence la Cagex est amené à être aussi le conseiller des entreprises exportatrices, notamment les PME, lorsqu’il s’agit d’opérer sur des marchés étrangers méconnus ou avoir affaire à des clients non sûrs. Le réflexe de s’assurer doit être dans ce cas considéré comme un acte de gestion rationnelle et non pas comme une charge financière eu égard à la police d’assurance à payer.

Enfin, la question du commerce frontalier avec le Mali et le Niger s’est vue clarifier grâce à l’arrêté interministériel du 02 juillet 2020 fixant les conditions et les modalités d’exercice du commerce de troc frontalier et les listes des marchandises faisant l’objet d’échange avec ces pays voisins. Il est ainsi précisé dans l’arrêté que les opérations d’exportation réalisées dans le cadre du commerce frontalier feront l’objet d’une déclaration d’exportation à laquelle seront annexées une copie de la déclaration de mise à la consommation des marchandises importées et les factures d’achat des produits à exporter.

-A votre avis, qu’apportera la révision de l’Accord d’association ?

Les engagements commerciaux de l’Algérie dans le cadre de l’Accord d’association avec l’Union européenne ne sont pas globalement adéquats à la réalité de son tissu économique, puisque le pays fonctionne à partir de la rente pétrolière. Cependant, il ne faut pas se focaliser au seul volet de la libre circulation des marchandises, mais aussi prendre en considération d’autres aspects non moins importants que la coopération économique, financière, sociale et culturelle, le commerce des services et enfin la collaboration en matière judiciaire.

La réalité des échanges commerciaux entre l’Algérie et ses partenaires européens étant ce qu’elle est, il ne faut pas trop s’attendre à des bouleversements dans le domaine du commerce de marchandises si ce n’est un changement de timing de l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange et des mesures de sauvegarde visant à mieux protéger la production nationale et à consolider quelque peu les recettes fiscales douanières.

Il importe plus dans la conjoncture actuelle de considérer la vision stratégique de l’économie algérienne à long terme et de privilégier beaucoup plus la dimension investissements directs étrangers en tant que vecteur important de la coopération avec les pays de l’Union européenne. Les obligations en matière d’IDE contenues dans la loi de finance complémentaire 2009 ayant eu des effets contre-productifs sur l’essor des investissements productifs en Algérie, particulièrement sur le plan du partenariat, il n’en demeure pas moins que le revirement annoncé par la loi de finances complémentaire 2020 (règle 51/49, droit de préemption et recours au financement auprès de sources locales) ainsi que les nouveaux textes relatifs à l’investissement qui sont en préparation permettent d’ores et déjà d’envisager une nouvelle approche des IDE susceptibles de rapprocher des partenaires européens sur le marché algérien.

La conjoncture actuelle, dominée par la pandémie de la Covid-19 et ses répercussions économiques et sociales dans la plupart des pays, peut amener à une nouvelle configuration des localisations des investissements, surtout dans le pourtour méditerranéen, pouvant replacer l’Algérie dans une trajectoire de pays d’accueil aux IDE, si des réformes économiques consistantes sont menées à temps, éliminant l’ensemble des dysfonctionnements qui ont empêché justement l’Accord d’association d’avoir des résultats positifs. Au demeurant, l’approfondissement de la coopération avec l’Union européenne sur le plan sectoriel doit aller en priorité vers le commerce des services, l’économie numérique, l’industrie pharmaceutique, la sous-traitance et le développement technologique ainsi que l’industrie agroalimentaire, au regard du potentiel de croissance que cela revêt pour l’économie algérienne.

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