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Kouider Boutaleb. Professeur d’économie : «Aucun changement économique n’est à attendre de cette élection»

14 juin 2021 à 10 h 33 min

 

  • Qu’attendre d’une élection législative qui n’a pas convaincu dans ce contexte de crise économique ?

On peut affirmer, pour entamer notre propos, comme tous les observateurs attentifs de l’économie algérienne, que l’analyse économique seule n’est pas suffisante pour tenter de comprendre et encore moins d’expliquer les difficultés pour s’extirper de la dépendance envers la rente des hydrocarbures et réaliser la diversification des sources de croissance et richesse tant galvaudé dans le discours politique

La dimension politique est fondamentale. La stabilité politique, mais aussi l’engagement ferme dans l’accomplissement de l’édification d’une «Algérie nouvelle» sont incontournables.

La volonté politique est surdéterminante, la bonne gouvernance en est la quintescence (séparation des pouvoir, réddition des compte, transparence…). Ceci étant, rappelons l’importance de la participation électorale. Celle-ci constitue un indicateur important de l’intégrité et de l’ancrage social des processus démocratiques mais aussi un bon indicateur de la légitimité des gouvernants.

Et c’est ce qui explique pourquoi les gouvernants tiennent à une large participation citoyenne aux votes périodiques qui sont organisés conformément aux prescriptions de la Constitution pour renouveler les instances électives .

Dans le contexte qui est le nôtre, le spectre de l’abstention, de la faible participation électorale et, par conséquent, le doute sur la légitimité et la crédibilité des élections, qui ne sont pas nouveaux (depuis 2010 la participation électorale ne dépasse guère les 50%.), le score des précedentes élections législatives, celles du 4 mai 2017 a été de (38,25%), contraint le pouvoir politique et hante les partis qui se sont engagés à participer aux prochaines élections.

Cela dit, nombreux sont les analystes et les observateurs qui s’interrogent sur l’impact qu’aura cette élection parlementaire sur le devenir d’une économie en crise sévère et toujours aussi dépendante de la rente des hydrocarbures, peut-on s’attendre à une émergence d’une nouvelle élite politique capable d’opérer les réformes structurelles devant asseoir une bonne gouvernance et mettre le pays dans un sentier vertueux de croissance et de progrès ?

  • Que peut apporter la prochaine Assemblée concernant les questions économiques ?

Que peut-on attendre d’un tel parlement d’où sortira un gouvernement sans programme économique de sortie de crise et de mise en chantiers de réformes structurelles devant permettre de diversifier les sources de richesses et de croissance et sortir du cercle vicieux de la dépendance des revenus des hydrocarbures, au regard de la qualité des projets et des programmes proposés (des génériques redondants) par les partis et les candidats indépendants, si jamais ils pourront gouverner conformément aux principes de gouvernance consitutionnellement consacrés. C’est ce qui nous rend quelque peu sceptique sur le changement de cap et de politique économique.

  • Entre le technique et le politique, quel avenir pour les réformes ?

Les programmes de réformes sont généralement initiés et mis en application par le pouvoir politique sur proposition de l’exécutif (issu des élections) et l’approbation d’un parlement, crédible dans sa composition, avec une opposition s’érigeant en contre-pouvoir. Un tel exercice est souvent difficile, qu’il s’agisse de changer les politiques suivies, les actions menées, le fonctionnement et les structures du service public, ou encore le système politique.

La difficulté d’initier et d’implémenter les réformes s’explique essentiellement par des raisons techniques et politiques. Ainsi, au niveau technique, les réformateurs doivent être en mesure de concevoir et mettre en place de nouvelles structures, de nouvelles procédures et une nouvelle organisation ; autant d’occasions impliquant un risque de commettre des erreurs, de mal anticiper les contraintes financières et les comportements individuels et collectifs.

Au niveau politique, les réformateurs sont appelés à faire des concessions, à faciliter l’adhésion des opposants aux projets des réformes, à accepter de nouvelles règles de partage et à supporter un risque de sanction très élevé.

Vouloir diversifier la structure de l’économie nationale et s’émanciper de la rente des hydrocarbures, au-delà des discours redondants, n’est pas chose aisée. Cela dépend de la capacité des composantes de la société algérienne à accepter le changement.

Dans des situations difficiles comme celle de l’Algérie, ce sont les élites qui sont en mesure de tirer le pays vers le haut. Mais notre élite s’est associée dès le début au pouvoir. Et c’est ce pouvoir qui se reproduit à l’identique et qui contrôle toutes les sphères de la société algérienne.

Sans la construction d’un rapport de force politique préalable au sein de la société, aucune illusion n’est permise quant à la possibilité de réaliser le changement démocratique et social auquel aspirent les masses populaires par voie électorale.


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