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Après le gel des importations des viandes fraîches et congelées : Quel impact sur les prix ?

22 février 2021 à 10 h 26 min

En manque d’organisation tant en amont qu’en aval, la filière des viandes rouges évolue dans des conditions difficiles. Ce qui se fait ressentir sur le marché, essentiellement à travers des prix loin d’être à la portée des bourses moyennes.

 

Certes, la production nationale a augmenté au cours de ces dernières années pour atteindre en 2019 quelque 5,2 millions de tonnes, pour un taux de couverture de 91%, selon le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, mais ces chiffres ne se reflètent pas sur la stabilisation des prix. «Les marges bénéficiaires sont importantes et les prix des viandes restent excessifs malgré une production conséquente qui dépasse 5 millions de quintaux par an», estime à ce sujet un cadre du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MADR).

Si en amont, c’est le problème de l’alimentation de cheptels ovin et bovin qui se pose avec les incertitudes sur la production fourragère notamment, en aval, ce sont d’autres facteurs qui continuent à plomber une filière (éloignement des zones de production des centres de consommation par exemple) qui présente pourtant un potentiel important (29 millions de têtes d’ovins et 1,8 million de têtes bovines, selon les statistiques du MADR). Donc à bloquer la valorisation du produit animal local.

Les abattoirs modernes se font attendre

Il s’agit essentiellement du déficit en abattoirs modernes puisque la majorité des boucheries s’approvisionnent actuellement auprès d’abattoirs traditionnels (clandestins, dans de nombreux cas) qui ne répondent pas aux normes. Pourtant, il était question, dans le cadre d’un programme gouvernemental, d’aménager des abattoirs industriels, au total trois, pour venir à bout de cette mainmise sur la filière des viandes rouges, et ce, avec une capacité de 2000 à 2500 têtes ovines/jour et 100 têtes bovines. Or, ce n’est toujours pas le cas.

D’ailleurs, l’activation de ces abattoirs localisés dans les Hauts-Plateaux (Djelfa, Ain Melilla et Al Bayadh) est actuellement au centre des priorités du MADR qui mise sur ces projets pour un meilleur approvisionnement du marché. «Ce n’est pas normal qu’un pays aussi vaste que l’Algérie ne dispose pas d’abattoirs modernes ni de marché de gros pour les viandes même au niveau de la capitale», regrette Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens (ANCA). «Ce qui encourage l’abattage clandestin et la mainmise de certains spéculateurs sur le marché des viandes», poursuit-il appelant à mettre en œuvre des mécanismes de régulation dans cette filière qui enregistre périodiquement (à l’approche de ramadan et de l’Aïd El Adha) une hausse de la demande.

Une demande à laquelle répondent les pouvoirs publics via l’importation. Ce qui n’est pas le cas cette année. Les importations sont en effet gelées depuis le dernier trimestre 2020. Une décision qui permettra à l’Algérie d’économiser plus de 200 millions de dollars par an, selon le ministère du Commerce. Pour l’heure, cette mesure n’a pas eu d’effets sur le marché national, selon le président du Conseil national interprofessionnel des viandes rouges (CNIVR), Miloud Bouadis.

«Le marché est suffisamment approvisionné par une production locale conséquente et les prix ont même enregistré une baisse relative» a-t-il assuré fin janvier lors d’une déclaration à l’APS. Mais entre temps, les prix ont légèrement augmenté sur le marché. Une hausse allant de 100 à 150 DA que ce soit pour les viandes bovines ou ovines, nous apprend un boucher qui possède son propre abattoir. Ce que confirme M. Boulenouar : «Le marché reste stable même s’il y a eu une légère hausse », nous dira-t-il. Et pour cause, la demande n’est pas très importante surtout qu’avec la baisse continue du pouvoir d’achat. Les ménages optent plutôt pour les viandes blanches, dont les prix sont plus accessibles.

à l’approche du Ramadan, risque de déséquilibre

«Cependant, avec l’approche de ramadan, la tendance va s’inverser», prévoit M. Boulenouar. Pour lui, habituellement, en cette période de l’année, des programmes d’importations sont autorisés en guise de complément pour réguler le marché avec des quantités allant de 40 000 à 50 000 tonnes. «Il faut s’attendre à ce qu’il y ait une pression sur les prix, d’où la nécessité d’autoriser au moins l’importation d’une partie du déficit en production, ne serait-ce que 40 000 tonnes. Nous le souhaitons pour assurer la régulation du marché durant le ramadan », plaide le président de l’ANCA.

Il nous rappellera dans le même sillage qu’avec une production annuelle de 500 000 tonnes et une demande avoisinant les 800 000 tonnes, le déficit enregistré oscille entre 200 000 et 300 000 tonnes.

Du côté du conseil interprofessionnel, l’on écarte pour l’heure tout risque de rupture de stocks. «De nombreux engraisseurs se sont déjà mis à l’importation de veaux à l’engraissement destinés à l’abattage en prévision du mois sacré connu habituellement par une hausse considérable de la demande en viande bovine», a indiqué à ce sujet le président du conseil.

Il reste à savoir quel serait l’impact d’une telle mesure sur le marché tout au long de l’année mais pas uniquement durant des périodes précises. Il reste aussi à savoir si le gouvernement renoncera à sa décision. Une décision qui a permis, faut-il le noter, aux importateurs de viandes fraîches et congelées de se convertir en importateurs de bovins vivants et engraisseurs, un créneau porteur. Mais en quête d’encadrement.

 

> Par Samira Imadalou

 

 

Indices

  • Les importations du pays en viandes rouges bovines ont atteint 122 millions de dollars rien que pour les dix premiers mois de l’année 2020, dont 67,5millions de dollars en viandes fraîches et 54,5 millions de dollars en viandes congelées.
  • En 2019, la valeur des importations était de 210 millions de dollars (135 millions pour les viandes fraîches et 75 millions pour les viandes congelées), contre 186 millions de dollars en 2018 (104,6 millions de viandes fraîches et 81,4 millions pour les viandes congelées).
  • L’ovin représente 60% de la production nationale en viande rouge et le bovin 30%, le reste, soit 10%, est réparti entre la viande caprine et caméline
  •  230 000 était le nombre d’éleveurs ovins en 2020.
  • Le nombre d’éleveurs bovins se chiffre à 72 000. Ces derniers activent dans la production laitière et l’engraissement des veaux destinés à l’abattage.

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