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Analyse

16 octobre 2006 à 4 h 14 min

Que faire de ses excédents financiers ? Cette question lancinante de l’année traitée par des experts dans la dernière session des débats d’El Watan n’étouffe toujours pas les décideurs économiques algériens qui ont choisi de répondre : les réduire en ralentissant les exportations énergétiques. Une autre piste de réponse possible a été suggérée par les intervenants au débat de fin septembre : placer ses excédents dans l’achat de parts de capital de grandes entreprises mondiales. Le capitalisme russe le fait qui présente en de nombreux points une généalogie cousine au capitalisme algérien : il sort des flancs d’une économie publique écrasante et se dope aux exportations de pétrole et de gaz. Pourquoi l’Algérie ne sait-elle pas le faire ? Sans doute parce qu’à la fois les acteurs de son économie n’ont toujours pas atteint le niveau d’autonomie qui permet de définir des stratégies à l’international et que dans le même temps l’Etat n’a pas la maîtrise en ressources humaines pour le faire. Deux grands chantiers de la restructuration industrielle et capitalistique en Europe offrent une illustration de la faiblesse du capitalisme algérien et de son absence de vision. La première est celle du géant de l’aéronautique EADS et de son fleuron technologique, l’entreprise Airbus. Crise d’intégration des managements, retard d’usinage, coûts de production élevés pour cause d’hyper centralisation sur deux sites, mais dans le même temps des fondamentaux solides sur un marché expansif dans le moyen terme. Les Russes se sont engouffrés dans la brèche avec une participation minoritaire dans le capital de la holding EADS. L’idée, même si sa concrétisation butera sur les barrières de Bruxelles, n’a jamais effleuré la pensée d’un officiel algérien avant qu’elle ne soit évoquée sur le ton du défi par un des intervenants de l’hôtel Mercure qui accueille les débats. Et pour cause, l’ingénierie financière algérienne est orientée, depuis si longtemps, sur la seule ouverture de capital des entreprises publiques algériennes.
Peut-être est-il donc trop audacieux de s’aventurer dans un tour de table stratégique pour lequel l’Algérie est désarmée. Peut-être que non ? La Tunisie et le Maroc sont déjà dans le réseau de sous-traitance industrielle pour Airbus. Le plan de redressement de l’avionneur européen prévoit un redéploiement des sites de production, sans doute vers l’Europe de l’Est. L’Algérie, avec ses atouts, ne peut-elle pas déjà ambitionner d’accueillir un petit segment d’une chaîne de production européenne immense ? La seconde affaire est celle du grand pôle énergétique français lancé par le gouvernement De Villepin en réponse à la tentative d’un consortium emmené par l’italien Enel de prendre le contrôle du groupe français Suez. Voilà tout de même un domaine, l’énergie, ou l’Algérie détient un véritable savoir-faire dans sa corbeille. L’affaire paraissait entendue avec le vote — au forceps — de l’Assemblée nationale française pour la privatisation de Gaz de France, préalable juridique nécessaire à la fusion Suez- Gaz de France. Mais voilà que l’homme d’affaires François Pinault a relancé le feuilleton en laissant filtrer dans la presse son intention de racheter Suez et de le démembrer pour en conserver quelques métiers et en céder d’autres. Seul problème, il recherche des partenaires étrangers pour l’accompagner dans son raid. L’italien Enel ne veut plus être de la partie. En théorie, rien ne devrait empêcher Sonatrach d’en être, marginalement. Troisième fournisseur de gaz sur le marché français, il pourrait assurer dans un grand tour de table le rôle du petit associé qui apporte un plus de sécurité de l’approvisionnement. En théorie seulement. Dans les faits, les politiques français ont majoritairement pris l’option du grand champion national de l’énergie. Un grand opérateur d’énergie en France dont la composition patrimoniale serait le fruit d’alliance de marché est toujours redouté, même s’il devait être d’essence franco-européenne. Suffisant pour ranger toute ambition algérienne de mettre un pied dans le capitalisme d’outre-mer ? Pour ranger une ambition, il faudrait déjà qu’elle existe. Les militants pour amener Suez dans la gestion de l’eau d’Alger sont plus nombreux que ceux qui regardent l’avenir de Suez en tant qu’opérateur dans l’énergie en Europe.

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