Alors que le tissu économique manque de compétitivité : L’Exécutif s’oriente vers les exportations sans entreprises productives | El Watan
toggle menu
mardi, 20 octobre, 2020
  • thumbnail of elw_30092020






Alors que le tissu économique manque de compétitivité : L’Exécutif s’oriente vers les exportations sans entreprises productives

28 septembre 2020 à 10 h 49 min

Alors que le démantèlement tarifaire dans le cadre de l’Accord d’association (AA) liant l’Algérie à l’Union européenne (UE) devait prendre effet le 1er septembre, l’Algérie a décidé de revoir le calendrier en question.

Le sujet anime les débats depuis quelques mois et a été confirmé par le chef de l’Etat le 20 septembre lors de sa rencontre avec des représentants de la presse nationale. Abdelmadjid Tebboune a même avancé que la partie européenne adhère à cette révision sur laquelle se penchent déjà des économistes. Initialement, l’établissement de la Zone de libre-échange Algérie-UE devait intervenir en 2017 avant d’être retardée à 2020 pour être de nouveau reportée dans l’objectif de «préserver la production nationale».

: C’est dire que depuis la ratification de l’accord en 2002, pendant 18 ans l’économie algérienne ne s’est pas préparée à cette ouverture en dépit des différents programmes de mise à niveau des entreprises.

L’application progressive dudit accord a beaucoup plus été en faveur du partenaire européen. Différentes études le montrent.

Mais rien n’a été fait entre-temps. Le hasard ou le calcul ont fait que le dossier de la révision de l’accord soit soulevé à la veille de l’entrée en vigueur de l’accord portant la création de la Zone de libre-échange africaine (Zlecaf) adopté la semaine dernière à l’Assemblée populaire nationale (APN) et largement mis en valeur par le ministre du Commerce Kamel Rezig. Quel que soit le cas, il est clair qu’après le ratage de l’AA et de la Grande zone arabe de libre-échange (Gzale), «les espoirs sont fondés» (pour reprendre les termes du ministre du Commerce) sur cette zone continentale pour augmenter la part des exportations hors hydrocarbures. Or, l’économie nationale est toujours en manque de compétitivité.

Ce qui porte à croire que pour la Zlecaf, l’on s’achemine vers les mêmes résultats que ceux des accords commerciaux conclus jusque-là. Et ce, d’autant que le démantèlement interviendra en janvier 2021, concomitamment aux conséquences de la pandémie du coronavirus et de la crise pétrolière sur l’économie nationale. C’est-à-dire au moment où les entreprises à potentiel d’exportation important traversent des difficultés, comme c’est le cas à travers le monde en raison de la crise sanitaire.

Entraves

C’est donc dans ce contexte complexe après plusieurs semaines de confinement aux conséquences lourdes sur les entreprises publiques et privées que l’Algérie prépare son ouverture sur l’Afrique. Mais aussi sur d’autres marchés internationaux. Ce qui suscite moult interrogations au sein de la communauté des affaires et des experts sur la capacité des pouvoirs publics à relever ce défi au regard des multiples entraves liées à l’environnement économique et aux difficultés financières qui risquent de retarder le calendrier de mise en œuvre des mesures d’appui à l’exportation en cours d’élaboration avec plusieurs chantiers en cours.

Le cap est ainsi mis en effet sur la diversification des exportations Hors hydrocarbures (HH) à travers l’identification de nouvelles sources de croissance économique identifiées : mines, industrie pharmaceutique, agriculture et industrie agro-alimentaire, énergies renouvelables et économie de la connaissance (pour laquelle un fonds d’investissement sera lancé prochainement par la Confédération algérienne du patronat citoyen [CAPC]).

Parallèlement à cette option de diversification de la production et de exportations, des restrictions sont imposées aux importations (soumises désormais à l’aval du gouvernement). L’objectif étant d’atteindre 5 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures d’ici 2022 et réduire la dépendance aux hydrocarbures à au moins 80% à partir de 2022.

Un plan, des objectifs

Pour réaliser ces chiffres, une série de mesures est prévue, à commencer par la réforme du cadre juridique pour le stabiliser au moins durant une période de dix ans. Il s’agit dans ce cadre de revoir le fonctionnement du fonds spécial d’appui aux exportations (FSPE) dont les changements sont en cours d’élaboration en vue de simplifier le dossier d’indemnisation des exportateurs à partir de 2021.

Ces mesures concernent par ailleurs le soutien financier aux exportateurs à travers la révision des montants et des taux. Il s’agit par ailleurs d’alléger les formalités, de faciliter la création de filières bancaires à l’étranger et d’assurer les moyens logistiques. «Nous sommes en train d’encadrer et de soutenir les exportateurs par la levée de toutes les contraintes administratives rencontrées», a-t-il déclaré à ce sujet.

Autre problématique à prendre en charge, la révision prochaine de la loi sur la monnaie et crédit tel qu’annoncé par Abdelmadjid Tebboune. De même que l’engagement  d’une réflexion sur la création de mécanismes pour couvrir les risques de change encourus par les opérateurs économiques en raison de la dépréciation de la monnaie nationale. «Nous nous dirigeons aujourd’hui vers une économie ouverte sur le monde.

Il faut que la loi sur la monnaie et le crédit soit révisée. Il faut aller vers une réforme bancaire et fiscale absolue et à fond», a-t-il plaidé, annonçant dans le même sillage la création d’une caisse de compensation pour prendre en charge les pertes engendrées par la dévaluation du dinar. Ce sont autant de mesures que les opérateurs économiques attendent de voir mises en œuvre sur le terrain, particulièrement pour ce qui est de la stabilisation du cadre juridique.

Priorités

«Le fait que les pouvoirs publics parlent de stabilité juridique est un bon signal», estime à ce sujet Sami Agli, président de la CAPC (Ex-FCE) qui dira : «La confiance, il faut la bâtir, elle se mérite par le travail.» Autrement dit, concrétiser les promesses en faits sur le terrain pour atteindre de volume escompté en exportations HH, c’est-à-dire les 5 milliards de dollars. «La création d’un fonds de compensation est une étape importante mais il faut prendre en charge certains points.

Par exemple, l’accord de la Zlecaf ne peut pas fonctionner sans une réforme bancaire», dira encore M. Agli pour qui la grande priorité de l’heure est à la préservation des emplois. Justement, sur ce point, la CAPC juge les mesures d’accompagnement des entreprises insuffisantes. «Il y a un environnement de détresse. Il faut le prioriser», rappellera-t-il. Une manière de souligner qu’avant d’aller à la conquête des marchés extérieurs, faudrait-il d’abord régler les questions urgentes pour faire redémarrer la machine productive.

Ce qu’attendent de nombreux opérateurs, à l’image de Ali Boumediène, directeur de Bomare Company. Après une période difficile en 2019 et 2020, l’entreprise, en voie de commercialiser 1000 téléviseurs LG fabriqués en Algérie en Espagne avant d’aller à la conquête du marché allemand, espère reprendre le marché de l’exportation et reste optimiste quant à l’issue du dispositif annoncé par le gouvernement pour appuyer les producteurs et les exportateurs. Un dispositif en cours de finalisation et sur lequel les réunions s’enchaînent avec les partenaires économiques.

La dernière en date a eu lieu le 24 septembre avec les organisations patronales. Il reste à savoir si l’administration jouera le jeu de la facilitation et sera à l’écoute des opérateurs économiques. Il reste à savoir si le gouvernement réussira à concilier entre les urgences et la mise en œuvre de la stratégie en question. Mettra-t-il le paquet tant sur le plan financier (avec le double déficit du budget et de l’Etat) et de la balance des paiements qu’organisationnel ? Attendons pour voir.

> Par Samira Imadalou

Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!