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Pr Djameleddine Nibouche. Chef de service de cardiologie au CHU Parnet : «Les hypertendus courent un risque accru de mourir de la maladie Covid-19»

18 octobre 2020 à 10 h 14 min

-Vous avez déclaré que l’hypertension artérielle est une maladie grave lors de la session d’information au profit des journalistes. Quelle est la prévalence en Algérie et est-ce que cette maladie bénéficie d’une prise en charge adéquate ?

La prévalence de l’hypertension artérielle est variable et nous avons connu, à travers les différentes études réalisées, des prévalences qui se rapprochent l’une de l’autre. Ce qui révèle qu’un quart de la population algérienne est hypertendue si l’on se réfère à l’étude réalisée en 1987 par le Pr Feghoul (25%), suivie de celle de la société algérienne d’hypertension artérielle avec le Pr Merad en 2004 dont le taux est (35%) et d’évoluer sur un prévalence semblable similaire, selon l’étude Step-OMS de 2005, étude Tahina 2007 et Step Wise Oms 2017 respectivement, 26%, 24, 93% et 23,6%. La différence de prévalence entre les différentes études est liée à des méthodologies différentes. Je pense qu’il faut dire que 25% de la population algérienne des sujets âgés de plus de 18 ans est hypertendue. Quant à la prise en charge de l’hypertension artérielle, elle présente de nombreuses difficultés en Algérie et dans le monde concernant le contrôle tensionnel. Malgré la disponibilité des traitements médicamenteux efficaces contre l’hypertension artérielle, le taux de contrôle de la pression artérielle en Algérie et dans le monde reste insuffisant. Selon l’étude PACT (Sanofi) effectuée en 2007 en Algérie (prévalence de l’atteinte de la cible tensionnelle chez l’hypertendu algérien) seulement 23,5% des sujets hypertendus traités sont bien équilibrés. Actuellement, 36% sont bien équilibrés en France. Le contrôle tensionnel est un problème mondial.

-L’hypertension artérielle représente un facteur de risque des maladies cardio-vasculaires. Qu’en est-il en cette période de pandémie Covid -19 d’autant que les hypertendus sont les premiers sujets à risque ?

L’hypertension artérielle ne favorise pas la survenue d’une infection à coronavirus Covid-19. Il est important, cependant, que les patients souffrant d’hypertension artérielle se rendent compte qu’ils courent un risque accru de mourir de la maladie Covid-19 par rapport aux sujets non hypertendus. Il est donc certain qu’il faille protéger ces personnes, notamment lorsqu’ils sont âgés et présentent d’autres maladies morbides surtout que les complications sont souvent fâcheuses. Le cœur est le premier organe à être touché et devenir défaillant d’où l’insuffisance cardiaque qui est l’une des complications majeures du sujet hypertendu. Les vaisseaux aussi subiront des modifications importantes aggravées par leur vieillissement (athérosclérose), ce qui aboutira à l’angine de poitrine (rétrécissement des artères coronaires), à la crise cardiaque (oblitération des artères coronaires), à l’accident vasculaire cérébral, à la démence vasculaire et à la maladie des artères des membres inférieurs (artériopathie). D’autre part, l’hypertension artérielle altérera progressivement la fonction des reins aboutissant à l’insuffisance rénale. Toutes ces complications redoutables peuvent être évitées par un dépistage précoce et une prise en charge efficace basée sur une bonne hygiène de vie (poids adéquat, régime peu salé apportant moins de 6 grammes de sel par jour, activité physique : 30 mn trois fois par semaine, arrêt du tabac et vie calme peu stressante). A côté de cela, il faut équilibrer correctement le diabète chez les sujets diabétiques et aussi le cholestérol chez ceux qui ont un niveau élevé.

-De nombreux patients ne se sont pas présentés pour les contrôles et les consultations au cours de ces derniers mois par peur d’être contaminées. Que sont devenus vos patients ?

Effectivement, nos équipes soignantes ont dû concentrer leurs interventions sur la gestion des cas les plus graves, en particulier les urgences cardio-vasculaires qui représentent la majorité de nos malades hospitalisés. Cette peur d’être contaminé a retardé de beaucoup la consultation précoce nécessaire dans ce type de pathologie pour sauver les patients. C’est là où nous avons eu la mortalité la plus élevée, en particulier pré-hospitalière. Cette phobie s’est heureusement dissipée mais revient lorsqu’une recrudescence de la maladie survient comme actuellement. Il est important de rappeler que les patients surtout hypertendus ne doivent pas reporter les soins dont ils ont besoin, et ce malgré le contexte sanitaire actuel.

-Vous avez présenté les résultats préliminaires de l’étude Initiation que vous avez dirigée et lancée par les laboratoires Sanofi sur le suivi des malades hypertendus nouvellement diagnostiqués. Qu’en est-il exactement ?

L’étude Initiation initiée par les laboratoires Sanofi-Algérie (Prise en charge de l’hypertension artérielle en primo dispensation chez les patients algériens en pratique médicale courante) a été réalisée en Algérie entre 2015 et 2017. C’est la première étude de ce genre en Algérie. Son objectif principal a été d’évaluer chez les patients hypertendus algériens traités pour la première fois (primo-dispensation) le contrôle de la pression artérielle après 6 mois et à 12 mois de suivi et d’étudier le comportement du malade et du médecin durant cette phase thérapeutique. Cette étude nous a permis de mieux cerner le profil du sujet algérien hypertendu ainsi que son comportement en période thérapeutique sur une année. Le médecin algérien, dans cette étude, a montré qu’il réagissait bien aux recommandations thérapeutiques à différents niveaux de risque puisqu’on atteint la cible tensionnelle désirée dans 74,6% à 12 mois, alors qu’elle était de 66,7% à 6 mois.

Ceci a permis de mieux contrôler la pression artérielle malgré une monothérapie d’initiation évaluée à 69%. Elle a aussi montré que des progrès importants ont été accomplis en matière de prise en charge du sujet hypertendu algérien et une amélioration du comportement du patient. Ce défaut d’inertie a été le point positif de l’étude malgré une compliance jugée faible de 40,5% à 12 mois. Les auteurs de l’étude concluent que des progrès importants ont été accomplis en matière de prise en charge du sujet hypertendu algérien mais des insuffisances persistent au niveau du comportement du médecin et surtout du malade. D’autres outils de performance doivent être recherchés pour une nouvelle approche du traitement de l’hypertension artérielle en Algérie.

 

Propos recueillis par Djamila Kourta

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