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Mme Samia Gasmi. Présidente de l’association Nour Doha

«Nous demandons la contribution de la CNAS pour la prise en charge des cancéreux démunis»

24 février 2019 à 8 h 43 min

La présidente de l’association Nour Doha, d’aide aux personnes atteintes de cancer, Mme Samia Gasmi, revient dans cet entretien sur les difficultés rencontrées par les patients dans leur prise en charge, tout en interpellant le Pr Mokhtar Hezbellaoui, ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.

 

L’association Nour Doha accompagne depuis plusieurs années des malades pour leur prise en charge médicale. Comment arrivent-ils chez vous ?

Je tiens à signaler que le travail d’aide aux malades cancéreux a commencé déjà en 2002, depuis la création de l’association, avec les médecins du Centre Pierre et Marie Curie, qui ont toujours répondu présent dans nos actions de sensibilisation contre le cancer. Les premières initiatives ont été menées dans les villes du sud du pays, où nous avons lancé des campagnes de sensibilisation et de consultation et insisté sur l’importance du dépistage du cancer, toutes localisations confondues.

C’est ainsi que nous avons lancé des journées de prévention au cours desquelles des consultations ont été effectuées par des médecins spécialistes pluridisciplinaires, notamment pour le cancer du sein, les lymphomes, le cancer du poumon, le cancer du sang, le cancer du col de l’utérus, en plus des actes chirurgicaux pratiqués sur place, en l’occurrence à Djanet, Tamanrasset, Metlili, etc. Les cas suspects sont systématiquement pris en charge par l’association au niveau du CPMC.

Cette prise en charge n’est pas seulement médicale, mais aussi humaine, car le malade et son garde-malade bénéficient d’un hébergement dans un appartement de Nour Doha, où ils sont à proximité du CPMC à Alger.

Depuis toutes ces années, Nour Douha a lié des contacts avec les établissements de santé publique et les autorités locales, qui orientent les malades en cas de besoin. Notre prochaine sortie est prévue dans quelques jours à Reggane.

Vous avez précisé que de nombreux malades arrivent à un stade très avancé de la maladie. A quoi est dû, d’après vous, ce retard de diagnostic ?

Il n’est pas toujours possible pour ces malades d’avoir accès rapidement au traitement, notamment pour ceux qui doivent subir des examens d’exploration.

C’est souvent incomplet, en raison de l’insuffisance de centres spécialisés dans ces régions du pays, en l’occurrence les examens radiologiques (scanner, IRM, scintigraphie, etc.). Les coûts élevés de ces examens est l’un des obstacles rencontrés par les malades, qui sont pour la majorité des démunis qui ne bénéficient pas de la carte Chifa.

C’est pourquoi je lance un appel au ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière pour trouver une solution à cet épineux problème dont souffrent de nombreux malades, pour que la Cnas puisse rembourser les frais. L’association ne ménage aucun effort pour trouver des rendez-vous ici à Alger dans les hôpitaux ou dans les structures privées.

Le transfert des malades nécessite également une mobilisation de fonds par l’association pour leur assurer le transport et leur prise en charge une fois arrivés, avec des accompagnateurs au niveau de notre centre d’accueil, à Alger.

Certains malades arrivent effectivement avec des tumeurs avancées. Le recours à la phytothérapie, une pratique courante dans le Sud, est l’une des causes qui retardent le diagnostic. Ce qui réduit malheureusement les chances de guérison.

La chimiothérapie et la radiothérapie semblent être plus accessibles, notamment avec l’ouverture de nombreux centres anti-cancer à travers le pays. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas toujours facile pour cette catégorie de patients des wilayas du Sud, où les distances entre les villes et les villages se comptent en plusieurs centaines de kilomètres. Les malades sont contraints de venir à Alger, car il y a la possibilité de les héberger. Malgré malgré l’ouverture de nouveaux centres dans les différentes wilayas, le problème de la prise en charge persiste toujours.

Outre les soins de chimiothérapie que l’on considère comme réglés pour certaines pathologies, d’autres maladies, telles que le cancer du sang (leucémie), demeurent encore un sérieux problème au vu de l’insuffisance des services d’hématologie dotés de chambres stériles indispensables pour la réussite du traitement.

La prise en charge des enfants et des adolescents est également une de nos préoccupations. Parfois, les parents de malades mettent en vente leurs biens pour pouvoir aller soigner leurs enfants à l’étranger, notamment en Turquie.

Les soins en radiothérapie sont toujours inaccessibles dans les délais. Malgré nos interventions auprès des centres anticancer, les rendez-vous sont très éloignés. Les malades ont le temps de mourir. Nous interpellons justement la Cnas pour contribuer à la prise en charge de cette catégorie de malades démunis, en leur délivrant des cartes Chifa.

Comment expliquez-vous que des organismes publics signent des conventions avec des centres privés de radiothérapie, alors que des pauvres malheureux payent de leur poche des sommes colossales pour se soigner.

Pour l’année 2018, 600 malades atteints de cancer, toutes localisations confondues, et leurs accompagnateurs en termes d’hébergement (400) ont été pris en charge par l’association Nour Doha, dont 104 cas de cancer du sein et 15 enfants atteints de leucémie, tumeur cérébrale et autres. L’association a apporté, en 2018, aide et assistance à quelque 2500 malades en chirurgie générale oncologique et à 104 cas en chirurgie du sein, outre la prise en charge de dizaines de malades en termes de biopsie.

Vous pensez qu’il y a encore des insuffisances dans la prise en charge du cancer en Algérie ?

Oui, effectivement, les malades cancéreux algériens ne bénéficient pas de soins palliatifs dans les structures de lutte contre le cancer, comme cela est préconisé par le Plan cancer 2015-2019. Nous déplorons l’absence de prise en charge à ce niveau-là, notamment pour les malades en fin de vie. Les patients ont le droit de mourir dignement.

Avant d’en arriver là, il est tout aussi déplorable de voir qu’il n’y a aucune préparation à l’annonce de la maladie pour le patient et sa famille. Il y a un déficit flagrant en onco-psychologues. Le CPMC dispose d’un seul psychologue.

Il en est de même pour l’inexistence d’assistantes sociales censées assurer l’accueil, la prise de rendez-vous et l’orientation des malades.

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