L’infection au Covid -19 : Comment la diagnostiquer et comment la traiter | El Watan
toggle menu
samedi, 04 juillet, 2020
  • thumbnail of elwatan04072020




Contribution

L’infection au Covid -19 : Comment la diagnostiquer et comment la traiter

05 avril 2020 à 9 h 24 min

Aux premiers stades d’une nouvelle flambée épidémique d’une maladie infectieuse, bactérienne ou virale, il est essentiel de comprendre la dynamique de transmission de l’infection dans la population : comment elle progresse, comment elle régresse, comment elle s’éteint.

Pour cela, les scientifiques disposent de modèles mathématiques, appelés «modélisation épidémiologique» qui permettent de faire des prévisions sur l’évolution de la maladie en fonction de nombreux paramètres. Ces modèles mathématiques permettent d’aider les décideurs à estimer le risque de voir s’installer l’épidémie, son niveau de gravité et les voies et moyens à mettre en œuvre pour limiter les pertes humaines dans le plus court délai.

Les infections asymptomatiques ne peuvent être reconnues que si elles sont confirmées par le laboratoire, les cas symptomatiques ne peuvent être détectés que s’ils consultent un médecin. De nombreux patients infectés minimisent leurs symptômes, font de l’automédication, n’ont pas un accès facile aux structures de santé. C’est en partie de là que vient le faible nombre de cas notifiés dans les premiers jours de l’épidémie

 

Comment faire le diagnostic de Covid-19 ?

Pour la confirmation des cas de Covid-19, nous disposons de deux principaux outils :

Les tests moléculaires

Les tests moléculaires ont pour principe de lire la carte génétique du virus présent, équivalent à une carte d’identité ou d’empreintes digitales. Les tests se font directement sur les prélèvements et la qualité de ces derniers dépend la fiabilité des résultats obtenus.

Les prélèvements à faire incluent les sécrétions nasales profondes que l’on recueille à l’aide d’un écouvillon spécial (kits de prélèvements) et que l’on dépose dans un tube stérile contenant un milieu dit de transport qui sert à préserver la vitalité du virus.

La technique utilisée est une PCR en temps réel ou RT-PCR dont le protocole a été standardisé par l’OMS. C’est le test de référence. Il repose sur la détection de l’ARN du SARS-CoV-2 (nom du virus). Ce test est pratiqué au Laboratoire de référence de la grippe et virus respiratoires de l’Institut Pasteur d’Algérie, (IPA) annexe de Sidi Fredj. Il exige une structure adaptée et le respect des bonnes pratiques de laboratoire. Ce test est en voie d’être décentralisé dans les annexes de l’IPA à Constantine et à Oran ainsi que dans les CHU disposant de structures et d’un équipement adéquat. C’est un test spécifique et sensible. Les résultats sont généralement remis en 24 à 48 heures.

L’équipement à lui seul ne suffit pas, il faut disposer de kits de diagnostic en quantité suffisante et de qualité contrôlée d’un personnel de laboratoire bien formé dans la pratique de la technique et la maîtrise de son interprétation. Le respect de toutes les phases de la technique et la rigueur de l’interprétation des résultats jouent un rôle essentiel. Des résultats faussement négatifs ont été rendus. Ils peuvent s’expliquer soit par un mauvais prélèvement, les sécrétions nasales recueillies l’ont été dans la partie antérieure du nez, alors qu’il faut pousser l’écouvillon profondément dans les fosses nasales (geste désagréable pour le patient !!). Ce test est pratiqué également pour contrôler la charge virale au cours de l’évolution de la maladie et permet de statuer sur la guérison du patient. Très peu de laboratoires fabriquent des kits de qualité, d’où une pression mondiale qui pèse actuellement sur la demande.

Les tests sérologiques

Les tests sérologiques pratiqués sur le sérum du patient détectent les anticorps fabriqués par l’organisme en réponse à l’infection. Leur présence certifie que le sujet a développé l’infection, qu’elle ait été symptomatique ou non. L’infection par le SARS-CoV-2 induit la production d’anticorps spécifiques dès le 4e jour de la maladie. Deux types d’anticorps sont produits, les précoces, appelés IgM qui commencent à être sécrétés dès la fin de la première contamination et disparaissent au bout d’un temps relativement court. Les anticorps de protection, les IgG, sont les vrais défenseurs contre l’infection.

Ils apparaissent au bout de 8 à 10 jours et persistent très longtemps après la guérison dans le sérum des patients. La production des IgG est relancée très rapidement par l’organisme chaque fois qu’il entre à nouveau en contact avec l’agent infectieux qui a entraîné sa première production (d’où l’intérêt des rappels de vaccination). Le rôle protecteur de ces anticorps IgG est également utilisé comme traitement, en perfusion de plasma ou le sérum de patients guéris de COVID-19. Ce sérum apporte au malade des anticorps protecteurs tout prêts en attendant qu’il produise ses propres anticorps. C’est ce que l’on appelle la sérothérapie.

Le diagnostic sérologique est très utile pour identifier les sujets qui ont été en contact avec le virus : les malades asymptomatiques, les sujets contacts qui ont échappé au diagnostic direct (test moléculaire décrit plus haut) les malades guéris pour vérifier qu’ils sont bien couverts contre une nouvelle infection.

Les tests rapides :

Ces tests, nouveaux dans la batterie des méthodes de laboratoire pour le diagnostic de Covid-19 ont l’avantage d’être plus simples d’utilisation et les résultats peuvent être obtenus en 10 à 15 minutes. Ils se présentent sous forme de bandelettes ou cassettes sur lesquelles est fixé l’antigène spécifique du virus recherché. La mise en contact d’une goutte de sang ou de sérum du patient, avec l’antigène fixé (réaction antigène-anticorps) mettra en évidence une bande bien visible à l’œil nu si le prélèvement contient des anticorps anti- coronavirus. Cette réaction est le témoin de la présence des anticorps ( IgM, IgG ou les deux) produits en réponse à l’infection Covid-19.
Les tests rapides sont encore en cours de validation par les laboratoires accrédités. Cependant, vu la demande pressante des cliniciens, certains pays ont déjà commencé leur utilisation malgré leur manque de sensibilité. Des faux négatifs ont été signalés par des laboratoires qui les ont utilisés.

En cas d’absence de tests de laboratoire, l’imagerie médicale, particulièrement la radiographie des poumons ou le scanner pulmonaire, a une grande valeur dans le diagnostic associée à l’histoire clinique du patient. Réalisés à l’admission du malade, l’imagerie médicale permet le diagnostic, la surveillance de l’efficacité thérapeutique et l’évaluation avant la sortie des patients de l’hôpital.

Quelles sont les armes thérapeutiques dont on dispose aujourd’hui pour traiter le COVID-19 ?

Nous passons sur les médicaments symptomatiques pour lutter contre une fièvre élevée, les courbatures. Il est communément conseillé de ne rien faire quand la température corporelle ne dépasse pas les 38°C, elle agit également dans la neutralisation de la multiplication virale et elle n’est pas trop gênante pour le malade. Au-delà de 38°5 C, on peut donner du paracétamol, mais pas d’aspirine ni tout autre anti-inflammatoire qui diminue le processus de défense immunitaire du sujet.

L’assistance respiratoire

En cas de gêne ou de détresse respiratoire, l’oxygénothérapie (charger le sang du patient en oxygène) et la ventilation assistée en milieu hospitalier spécialisé sont indiquées.

Le traitement antiviral :

Deux grandes études internationales, Discovery (Europe) et Solidarity (dans le monde) sont en cours de réalisation. Leurs conclusions ne seront divulguées que dans quelques semaines. Ces essais cliniques, européens ou multinationaux, ont été précédés par celles menées par l’IHU de Marseille (France) sous la conduite du Pr Raoult qui s’est inspiré de l’expérience chinoise. Ces études étaient basées sur la prescription d’un dérivé de la chloroquine, l’hydroxychloroquine. Cet ancien antipaludéen, très bon marché, avec très peu d’effets secondaires, largement utilisé depuis des décennies est prescrit pour le traitement de la polyarthrite rhumatoïde et le lupus érythémateux disséminé. Il a montré son efficacité dans l’inhibition de la multiplication du coronavirus dans les tests au laboratoire. Ce médicament est administré en milieu hospitalier en association avec un antibiotique, l’azithromycine, pour traiter la surinfection bactérienne.
Plusieurs molécules antivirales connues utilisées dans le traitement du VIH sont également à l’essai. Les résultats de toute cette batterie d’essais cliniques sont attendus avec le plus grand intérêt par la communauté scientifique.

Qu’en est-il du vaccin contre le Covid 19 ?

Pour répondre à cette question, il est important de connaître comment réagit le corps humain au Covid-19.
On sait que l’infection est interhumaine et que le virus est transmis par voie respiratoire par la toux ou l’éternuement laissant échapper les postillons chargés de particules virales émises par l’individu infecté. Les gouttelettes chargées de virus vont se déposer progressivement dans les alvéoles pulmonaires. Le virus a les outils nécessaires pour assurer sa fixation et sa pénétration dans les cellules alvéolaires.
En fonction de l’état de santé de l’individu au moment de la contamination et de l’intensité de la contamination (densité virale, répétition de la contamination), l’évolution de la maladie peut prendre différents tableaux cliniques.

Simple infection silencieuse sans aucun symptôme révélateur, ou plus ou moins grave pouvant aller de la simple gêne respiratoire avec quintes de toux à la détresse respiratoire aigüe sévère. Dans ce dernier tableau, la réponse à l’infection est liée à une réponse explosive du phénomène inflammatoire que l’organisme développe en réponse à la multiplication virale incontrôlée qui provoque une hyperproduction de cytokines pro-inflammatoires (les cytokines sont des protéines fabriquées par notre système immunitaire, elles permettent à notre corps, avec le concours d’autres cellules, de se défendre contre les agents pathogènes). C’est cet «orage ou tempête de cytokines» qui est responsable de l’aggravation brusque de l’état clinique du patient : c’est le Syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) qui malheureusement conduit souvent au décès, les poumons comme d’autres organes (le cœur, les reins en particulier) n’assurent plus leur fonction.

Les observations faites au cours de ces mois d’évolution de la pandémie Covid-19, montrent que peu de cas graves ont été signalés chez les jeunes enfants, chez qui la réponse immunitaire liée aux vaccinations reçues dans la petite enfance peut expliquer cette relative résistance. Parmi les vaccins reçus dès les premiers mois de la vie, la vaccination par le BCG stimule l’immunité non spécifique.

Le vaccin BCG, en dehors de la prévention de l’infection tuberculeuse (nous avons tous reçu et nos enfants continuent à subir la vaccination par le BCG à la naissance) est utilisé avec succès dans le traitement du cancer de la vessie à sa phase précoce en instillation locale. Ces observations indiquent fortement que la réponse immunitaire à l’infection par un système de défense déjà activé par d’autres antigènes tels que le BCG est un facteur positif pour l’issue de la maladie.

La fabrication d’un vaccin constitue un processus long, jalonné de plusieurs étapes dont la durée s’avère parfois incompressible (préparation de la souche vaccinale ou choix de l’antigène, essais des meilleurs adjuvants pour booster le pouvoir immunogène du produit, fabrication de plusieurs lots d’essais, contrôle qualité, vérification de l’innocuité du produit, son absence de toxicité chez l’animal avant de passer aux essais sur l’homme) autant d’étapes répétées souvent plusieurs fois pour s’assurer de l’innocuité et de l’efficacité du vaccin. Les laboratoires à l’œuvre dans ce domaine, et ils sont nombreux, annoncent les vaccins dans les 12 à 18 mois, au mieux.

La maîtrise de l’épidémie est en grande partie dépendante des capacités de diagnostic de laboratoire et de la rapidité de remise des résultats aux services demandeurs pour une prise de décision en fonction des résultats: confinement, traitement, hospitalisation, assistance respiratoire selon le tableau clinique.

Une note supplémentaire : peut-on reporter la vaccination des jeunes enfants en situation de confinement ?

Le Covid-19 ne doit pas nous faire oublier la poursuite de la vaccination de nos enfants contre les maladies inscrites dans le calendrier vaccinal national. Les retards ou reports de vaccination risquent de voir la recrudescence des maladies évitables par la vaccination ou mettre en cause tous les efforts que l’Etat algérien a consentis pour éliminer certaines d’entre elles.

 

Par :   Fadila Boulahbal , Dr. en Médecine, professeure de microbiologie, membre fondateur de l’Académie algérienne des sciences et technologies

Zoubir Harat , Médecin spécialiste en maladies parasitaires et médecine tropicale, membre fondateur de l’Académie algérienne des sciences et technologies



S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!