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Les cliniques dentaires, des foyers de transmission de l’hépatite C et B

29 décembre 2019 à 8 h 53 min

Des experts en santé s’accordent à dire que la propagation des hépatites B et C est due, en grande partie, au non-respect par certains praticiens dans des cliniques dentaires privées des protocoles de stérilisation du matériel et au manque de formation des assistants dentaires.

L’hépatite B, transmissible par les liquides biologiques (sang, salive…) et l’hépatite C, transmissible uniquement par le sang, figurent parmi les pathologies les plus répandues dans la société, a déclaré à l’APS le président de l’association SOS hépatite, Abdelhamid Bouallag. En Algérie, à l’instar de tous les pays du monde, les cliniques dentaires viennent en tête des foyers de transmission du virus, a expliqué M. Bouallag, s’appuyant sur les résultats de rapports de plaintes et enquêtes médicales.

Pour lui, la propagation de l’hépatite, notamment C, s’est accélérée par le manque d’hygiène et l’utilisation de matériel non stérilisé au niveau des cliniques dentaires privées, dont certaines ne disposent même pas d’autoclave (équipement de stérilisation). Plus grave encore, certains patients omettent de déclarer au dentiste leur maladie, a-t-il ajouté, précisant, à ce propos, que «90% des personnes atteintes l’ignorent carrément».

Par ailleurs, le président de l’association SOS hépatite a relevé un autre facteur crucial, à savoir le manque flagrant de formation des assistants dentaires, se félicitant de l’intérêt accordé, cette année, par les pouvoirs publics à cet aspect à travers l’ouverture d’un concours national d’accès à la formation spécialisée d’assistants en fauteuil dentaire. Les assistants en fauteuil dentaire sont un maillon important dans la chaîne de l’hygiène dans les cliniques, a-t-il assuré. 137 décisions de fermeture à titre conservatoire de cabinets dentaires sont signalées à Alger. Le spécialiste a relevé que le coût des soins d’un seul patient revenait à près de 30 millions de centimes pour une période de soins de trois mois, ce qui fait du recours à la prévention «une chose nécessaire», se félicitant des efforts du ministère de la Santé, déployés ces dernières années, pour réduire les taux d’atteinte en hépatite virale, particulièrement en ce qui a trait à l’obligation faite aux cabinets dentaires d’acquérir les équipements de stérilisation.

A ce propos, Dr Choukri Bouziani Ahmed, médecin au service d’inspection à la Direction de la santé et de la population d’Alger (DSP), a fait état, dans une déclaration à l’APS, de campagnes d’inspection périodiques au niveau des cabinets dentaires privés, dont le nombre dépasse 1300 à Alger, en vue de prendre connaissance de leur application des conditions adoptées en la matière, à savoir la stérilisation et l’hygiène. Le même responsable a fait savoir qu’une enquête a été effectuée, fin 2018, après que des rapports sont parvenus de sources médicales (laboratoires et spécialistes en hématologie), faisant état de cas d’hépatite virale de type «C», dont l’origine est imputée aux cabinets dentaires qui ne prennent pas en compte les normes de stérilisation et d’hygiène.

Les commissions d’inspection relevant de la DSP d’Alger, poursuit Dr Bouziani, ont découvert plusieurs «dépassements» ayant trait essentiellement à la vétusté des moyens de stérilisation, au manque d’hygiène, à la non-acquisition des autoclaves, ainsi qu’à l’exercice sans autorisation d’activités en dehors de la spécialité, telles que l’implantologie et l’imagerie médicale, ce qui favorise la transmission de l’infection. Suite à ces rapports, 137 décisions de fermeture à titre conservatoire et 136 mises en demeure ont été adressées à d’autres cabinets dentaires, auxquels les Commissions d’inspection ont demandé l’accélération de la levée des réserves relevées en termes des conditions et moyens d’hygiène, avec la nécessité de se conformer aux cadres juridiques qui régissent le domaine. Il en résulte, selon Dr Bouziani, l’amélioration des conditions d’hygiène et de stérilisation, d’autant plus que des équipements modernes et des matériaux de stérilisation ont été acquis avec des normes internationales, outre des visites organisées en vue de s’enquérir du respect aux normes.

A son tour, Aït Benomar Hassane, président de l’Ordre national des médecins dentistes d’Alger (COMDA), a déploré le fait que certains cabinets dentaires privés «ne respectent pas les normes exigées en stérilisation et hygiène», regrettant que la stérilisation soit soumise à des évaluations et efforts personnels par certains chirurgiens-dentistes et non à des normes médicales convenues. Plus explicite quant à la contamination de l’hépatite, M. Aït Benomar a déploré, certes, quelques défaillances enregistrées au niveau de certaines cliniques dentaires à Alger, relatives notamment à l’absence d’hygiène et l’insatisfaction des patients vis-à-vis des prestations, précisant, cependant, que le virus de l’hépatite est également transmissible dans les cliniques obstétriques, chirurgicales, d’hémodialyse, d’incisiothérapie (communément appelée cupping thérapie ou hijama) et de tatouage.

Maître assistant au service de médecine dentaire au CHU de Beni Messous, Dr Réda Lotfi Alim, également spécialiste en ODF (orthopédie dento-faciale), a mis l’accent, lui, sur l’impératif respect de la chaîne de stérilisation efficace et microscopique, en nettoyant les instruments utilisés dans le curetage, l’extraction et l’obturation à l’aide d’un désinfectant pour se débarrasser des virus et champignons, avant de les conditionner dans des sachets scellés hermétiquement, puis les mettre dans l’autoclave, tel que préconisé par l’OMS.

Quant aux cas de transmission de l’hépatite de types B et C, Dr Alim a fait savoir que les services dentaires, relevant des établissements hospitaliers publics, n’avaient déploré aucun cas d’atteinte par ce virus, car utilisant des appareils et des moyens de désinfection efficaces et des seringues à usage unique. S’attardant sur les précautions à prendre pour prévenir les équipes médicales et paramédicales de toute complication lors des séances de soins, d’autant plus que certains patients ne déclarent pas leur atteinte, M. Alim a préconisé le respect des règles d’hygiène, à l’instar de la stérilisation, le nettoyage du fauteuil dentaire, le changement du verre de rinçage pour chaque patient, le nettoyage du crachoir et le lavage des mains après chaque examen clinique. «Le respect des normes de stérilisation et la réunion des conditions d’hygiène relève, à vrai dire, de la conscience professionnelle et morale de chaque praticien», a-t-il souligné.



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