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Le rôle du pharmacien dans l’éducation thérapeutique : cas du patient diabétique

22 septembre 2019 à 9 h 00 min

Les maladies non transmissibles représentent un fardeau grandissant en Algérie. Les résultats de l’enquête STEPwise ont révélé une prévalence de 23,6% de l’hypertension artérielle, de 14,4% pour le diabète, et une prévalence de 55,6% du surpoids chez les adultes âgés entre 18 et 69 ans.

Face à ces faits alarmants ainsi qu’à leurs conséquences lourdes et coûteuses, et en vue d’une action efficace plus en amont, l’Etat algérien a élaboré un plan stratégique national multisectoriel de lutte intégrée contre les facteurs de risque des maladies non transmissibles pour la période 2015-2019. De même que des guides de bonnes pratiques à l’attention des praticiens, à l’image de celui de diabétologie publié en 2015. Le pharmacien, acteur incontournable du système de santé, se doit d’être partie prenante de cette stratégie de prévention prônée par la Fédération Internationale de Pharmacie (FIP), qui par ailleurs pourrait se concrétiser en Algérie dès lors que l’article 179 de la loi n°18-11 relative à la santé dispose que le pharmacien assure des services liés à la santé et participe à l’information, au conseil, au suivi et à l’Education thérapeutique (ETP) pour la santé des usagers. L’ETP des patients diabétiques par le pharmacien, est-ce que ça marche ?

D’aucuns pourraient se demander si impliquer le pharmacien dans l’ETP des patients serait efficace ou opportun. A contrario, une méta-analyse ayant inclus 43 études et un total de 6259 patients diabétiques de type 2 (DT2) dans 26 pays différents a démontré les effets bénéfiques de l’ETP dispensée par un pharmacien, indistinctement, en officine ou au sein d’une structure de santé. Ces bénéfices englobent une baisse de la glycémie et de la pression artérielle et s’étendent à une perte de poids et une baisse du taux de cholestérol sanguin. Ces effets sont d’autant plus importants quand le pharmacien prodigue à la fois une ETP et des conseils sur le bon usage des médicaments (démontrés dans au moins 22 études).

L’ETP par le pharmacien s’accommode-t-elle des spécificités régionales ? Les bénéfices de l’intervention du pharmacien dans l’ETP, tant sur les paramètres biologiques, l’autosurveillance glycémique et l’adhésion au traitement, que sur le changement de mode de vie et la perte de poids, ont également été retrouvées dans les pays arabes au cours de programmes d’ETP des patients diabétiques conduits par des pharmaciens. Les programmes en question sont au nombre de six : 2 études aux Emirats arabes unis (ayant porté respectivement sur 234 patients DT2 et 165 cas de diabète gestationnel), 2 études en Jordanie (pour un total de 257 patients DT2), 1 étude en Irak (123 patients DT2) et enfin une étude au Soudan (300 patients DT2). Quel modèle pour l’ETP des patients diabétiques au niveau de l’officine ?

Le rôle du pharmacien dans l’ETP est vérifié, mais il faudrait encore le rendre compatible avec l’exercice en officine, qui pour sa part présente l’avantage de la proximité avec les patients et celui de l’existence d’un maillage national à même de servir la cause d’une ETP personnalisée et accessible. L’expérience pionnière en la matière aura été celle conduite dans la ville d’Asheville, en Caroline du Nord (Etats-Unis), entre 1997 et 2001, qui a touché 187 patients diabétiques, dont 27% de type 1 (DT1) et 73% de DT2.

En guise d’incitation à rejoindre le programme d’ETP, les patients avaient reçu un glucomètre gratuit (dans un pays où tout se paye) et étaient dispensés de participation aux frais des médicaments et des bilans biologiques avec leur assureur. Les résultats de ce projet étaient encourageants à court et au long termes. En effet, la proportion des patients dont le taux de glycémie HbA1c et le taux de cholestérol LDL étaient aux objectifs s’améliorait à chaque suivi. Par ailleurs, les coûts médicaux totaux ont diminué de 1200 à 1872 dollars/patient/an, et la durée moyenne d’arrêts maladie a baissé de 4,1 à 6,6 jours/patient/an. Le gain de productivité économique était quant à lui estimé à
18 000 dollars/patient/an. Le modèle du projet Asheville était piloté par les assureurs.

Les pharmaciens d’officine planifiaient des rendez-vous individuels avec les patients, durant lesquels étaient revues leurs données d’autosurveillance glycémique. Ces rendez-vous servaient aussi à la prise de mesures physiques (taille, poids, tension artérielle, examen du pied et de la peau) et à l’établissement d’objectifs de traitement. Le projet reposait aussi sur un programme de collaboration avec les médecins et les centres locaux d’éducation vers lesquels les patients étaient orientés en cas de besoin. Cette approche a ensuite été peu à peu généralisée à l’ensemble des Etats-Unis, notamment à travers le projet Impact qui a été lancé en 2010 et qui a touché un total de 1836 patients dans 17 Etats différents :

– A Wichita, dans l’Etat du Kansas, 20 officines de la chaîne Dillions ont été mises à contribution dans le cadre du projet Impact. Les consultations personnelles en face-à-face avec le pharmacien duraient 1 à 2 heures afin de créer une confiance plus profonde, de permettre au pharmacien de découvrir l’origine du problème du patient, et de prodiguer des conseils en conséquence. Les sujets discutés couvraient entre autres les connaissances du diabète, la compréhension du traitement prescrit, l’activité physique, les techniques d’examen du pied et la nutrition.

– A Cincinnati, dans l’Etat de l’Ohio, 15 officines de la chaîne Kroger Pharmacy étaient de la partie. Une première visite chez le pharmacien avait lieu à la suite d’une prise de rendez-vous en ligne pour une évaluation préliminaire, tandis qu’au cours de la seconde visite, le pharmacien commençait à dispenser une ETP conformément à un plan personnalisé et convenait d’objectifs à court terme avec le patient. Par la suite, des visites de suivi étaient programmées, généralement tous les 1 à 3 mois, en fonction de la capacité du patient à s’autogérer.

D’autres expériences d’ETP en officine de pharmacie ont également été de francs succès ailleurs dans le monde. En Allemagne, le programme Glicemia a permis de suivre 1092 patients pré-diabétiques sur une période de 12 mois grâce au concours précieux de 42 officines en Bavière. Les effets en termes d’activité physique, de perte de poids, et d’amélioration de la qualité de vie étaient significatifs. L’intervention du pharmacien consistait en 3 sessions individuelles, qui débutaient par une discussion sur la nutrition et l’activité physique, se poursuivaient par une évaluation de l’atteinte des objectifs, et enfin la fixation de nouveaux objectifs.

En Finlande, par exemple, des pharmaciens ayant reçu l’appellation de «points focaux diabète» ont été formés au niveau de 635 officines. En appui, a été mis à leur disposition du matériel d’ETP, sous forme d’une collection de courts films, qui abordaient notamment le traitement des problèmes du pied diabétique et l’administration d’insuline. Au Canada, des standards d’éducation thérapeutique à l’attention des pharmaciens ont été mis en place voilà de cela plusieurs années. En outre, un réseau des pharmaciens du diabète a vu le jour en partenariat avec le Centre Banting &amp ; Best de l’université de Toronto. Le fruit de cette collaboration a été la production de contenus de formation à l’attention des pharmaciens, accessibles en ligne et sanctionnés par un certificat.

Conclusions

A ce jour, l’efficacité «clinique» et économique de l’ETP par le pharmacien est établie dans plusieurs pays du fait notamment des avantages de proximité que présente le modèle ETP à l’officine.

Cependant, une organisation en réseau pluridisciplinaire est nécessaire pour que médecins et pharmaciens puissent se compléter, et pour que les patients soient orientés en consultation médicale à chaque fois que nécessaire. Par ailleurs, la standardisation des pratiques et la certification des connaissances des pharmaciens sont aussi primordiales pour mettre en œuvre cette stratégie. Yacine Sellam


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