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La pandémie à coronavirus : comment s’en prémunir ?

29 mars 2020 à 9 h 54 min

Que veut dire COVID-19 :

L’OMS a tenu à donner un nom à cette nouvelle pandémie afin que tout le mode comprenne de quoi l’on parle que l’on soit en Chine, aux Etats- Unis, en Algérie ou ailleurs : Co pour corona , Vi pour virus, D pour Disease ( maladie en anglais), et 19 pour 2019 son année d’apparition. Nous avons déjà connu des épidémies à coronavirus par le passé : le SRAS, syndrome respiratoire aigu sévère en 2002, et le MERS, Middle East respiratory syndrome en 2012.

Le nouveau coronavirus : SARS-CoV-2

Comme les coronavirus, il se présente au microscope électronique comme une boule portant à sa surface des spicules qui lui donnent cet aspect de couronne et lui permettent de se fixer sur la cellule humaine. A l’intérieur de cette coque se trouve le patrimoine génétique du virus (l’ARN) qui lui permet de se reproduire à l’identique. Mais cette reproduction ou multiplication ne peut se faire en dehors d’une cellule vivante.

Une fois entré dans la cellule, il libère son ARN et va détourner à son profit toute la machinerie qui permet à la cellule de vivre et de se multiplier. La cellule infectée (dans le cas présent, ce sont les cellules de l’appareil respiratoire), va travailler uniquement à la reproduction du virus. Des millions d’exemplaires sont produits, la cellule finit par mourir et libérer tous les virus fabriqués qui vont parasiter à leur tour d’autres cellules.

Ainsi, après sa sortie de l’individu infecté, il a besoin de coloniser au plus vite d’autres cellules, dans le cas présent, les cellules de l’appareil respiratoire. Il ne peut survivre que peu de temps dans le milieu ambiant, en moyenne 3 à 12 heures.

Comment se transmet le virus ? La voie de transmission préférée du virus est la voie aérienne directe, par les gouttelettes ou postillons émis par le sujet infecté quand il parle, éternue ou tousse. Ces postillons peuvent se propager jusqu’à 1m, ou indirectement par les surfaces contaminées par le virus. La contamination est d’autant plus facile que le sujet porteur du virus est proche de la personne qui sera contaminée.

Quand le nombre de sujets infectés augmente dans la population et qu’aucune mesure barrière n’est prise, le taux de transmission augmente et la maladie se propage de façon exponentielle. Le nombre de cas dans la population augmente à un rythme régulier, c’est alors une épidémie qui évolue plus ou moins rapidement vers un pic. On obtient alors la courbe bien caractéristique des épidémies «courbe en cloche» : démarrage lent puis la courbe se redresse et monte rapidement, le nombre de cas double ou triple à intervalle régulier jusqu’à un pic. Après ce pic, la courbe s’incline et commence à descendre quand le nombre de nouveaux cas régresse et celui des guéris et des non infectés augmente.

Quelles sont les sources de contamination :

Les malades symptomatiques, particulièrement au moment où ils toussent, éternuent ou parlent. Ces efforts vont favoriser la production d’un aérosol de gouttelettes renfermant le virus. Tant que le virus est dans cette atmosphère humide, il survit et reste contaminant. Les gouttelettes infectantes restent en suspension un certain temps jusqu’à dessèchement, le virus devient alors plus fragile et finit par disparaître. L’endroit le plus riche en virus est le naso pharynx : l’intérieur du nez et l’arrière-gorge.

Les porteurs de virus asymptomatiques : il en existe comme pour beaucoup de viroses. Un sujet est excréteur de virus mais ne présente aucun symptôme d’alerte. C’est en particulier le cas des enfants pour lesquels il a été démontré qu’ils peuvent faire des infections silencieuses. Ils sont porteurs et excréteurs du virus sans signes.

C’est pour cette raison que les premières mesures, avant les ordres de confinement, ont été la fermeture des crèches, écoles, lycées et autres lieux de regroupement. Les petits enfants ne doivent plus aller faire la bise ou approcher leurs grands-parents ou toutes autres personnes âgées car ces dernières sont les plus fragiles, c’est la tranche d’âge la plus vulnérable, celle qui est susceptible de faire des complications sévères. C’est également la catégorie qui est malheureusement fréquemment porteuse d’autres maladies comme le diabète, l’hypertension artérielle, les broncho pneumopathies chroniques entre autres comorbidités.

Comment se manifestent les premiers symptômes du COVID-19 ?

Les premiers signes de la maladie ressemblent à ceux d’une grippe : fièvre, maux de tête, toux sèche, courbatures et arthralgies, parfois sécheresse ou brûlure à la gorge. S’ajoute également, décrit récemment, la perte de l’odorat et du goût des aliments (sucre, sel etc.) Dans certains cas, des douleurs thoraciques apparaissent avec une toux plus fréquente, une fatigue importante. Les symptômes comme la fièvre et les arthralgies sont traités par les antalgiques comme le paracétamol, jusqu’à leur disparition. Dans 80 à 85% des cas, les symptômes disparaissent au bout d’une semaine à 10 jours. Le sujet malade a fabriqué ses propres anticorps qui vont bloquer la multiplication des virus. C’est pour cela que l’on recommande d’observer une période de confinement de 14 jours, le malade peut alors sortir et reprendre ses activités. Le patient n’est plus contagieux. Dans 15 à 20% des cas, une pneumonie s’installe entraînant une prise en charge en milieu hospitalier

Comment doit-on se protéger contre la contamination

Ne pas sortir de son domicile : restez chez vous !! ne cesse-t-on de nous répéter, car c’est la meilleure action citoyenne que l’on doit impérativement respecter pour nous protéger et protéger nos proches, cela ne coûte pas cher et rapporte gros.
Respecter une distance minimale d’un mètre de toute personne rencontrée en dehors de la maison afin d’éviter d’inhaler les gouttelettes en suspension émises par le sujet potentiellement porteur du virus. On ne doit embrasser personne, le visage est la première surface exposée aux postillons chargée de virus. Ne serrez la main à personne, les mains sont des véhicules du virus. Le virus ne pénètre pas mais comme on ne cesse pas de toucher son visage, son nez ou ses yeux, le virus peut pénétrer dans le nez, entrer dans les voies respiratoires par la muqueuse nasale. Il faut donc se laver fréquemment les mains avec du savon, accessible à tout le monde, et si on a les moyens, utiliser la solution hydro alcoolique. Celle-ci est utile quand on est à l’extérieur et que l’on n’a pas accès à l’eau et au savon.

Le port du masque :

Le masque que vous portez à l’extérieur est une fausse sécurité, il vous met en confiance, vous ne respectez pas le confinement recommandé. De plus, ces masques sont souvent mal utilisés, ils ne sont pas complètement collés au visage et peuvent laisser passer de l’air non filtré.

Le port de masque est recommandé d’abord et avant tout au personnel de santé qui doit impérativement se protéger pour continuer à apporter son aide aux malades. Cela lui permettra de ne pas être contaminé et devenir à son tour un vecteur. Les consultants dans les hôpitaux ou dans les cabinets privés ne doivent pas être choqués de voir leur médecin masqué et camisolé, c’est pour leur bien comme pour celui de leur médecin qui doit rester à leur service le plus longtemps possible durant cette épidémie dont personne ne connaît la durée, de même pour le personnel de laboratoire chargé de recueillir les prélèvements de patients suspects, les dentistes, les pharmaciens, les agents de laboratoire et d’accueil. Tant que l’on respecte la distance de sécurité entre les personnes, le port de masque par les personnes saines n’est pas utile dans la rue ou dans les commerces.

Le port des gants n’est utile que si on a les moyens de les changer régulièrement. Là encore, ils représentent une fausse sécurité, vous ne vous lavez plus les mains, vos gants non changés sont de plus en plus contaminants, et pour vous et pour tout ce que vous touchez. Les gants doivent rester réservés au personnel soignant. Examiner un patient suspect, manipuler les papiers tels que dossier de malades, ordonnancier et passer à un autre patient avec les mêmes gants favorise le transfert des virus d’un patient à l’autre. De plus, ils donnent une fausse sécurité. Il est sûrement préférable de veiller à se laver les mains au savon entre chaque patient afin de ne pas transmettre les virus au consultant suivant

Le confinement : Limiter les contacts avec autrui en réduisant les occasions de rencontrer des porteurs du virus, même s’ils ne présentent pas de signes de la maladie, restreindre les déplacements, éviter les occasions de se retrouver au milieu d’un rassemblement, comme les marchés, les commerces bondés ou les visites familiales. La recommandation essentielle est de rester à la maison, avec les personnes de son entourage astreintes aux mêmes obligations.

Comment l’épidémie recule et s’arrête

Interviennent dans la diminution du nombre de cas les mesures préventives, telles que le confinement strict, la circulation réduite des malades encore infectants porteurs de virus ainsi que celle des personnes encore susceptibles au virus. C’est l’homme qui permet au virus de circuler dans la population. Nous sommes responsables de sa propagation, d’où les recommandations draconiennes du confinement de la population. Comme nous ne pouvons pas faire la distinction entre un sujet sain non porteur de virus et un sujet porteur du virus mais asymptomatique, nous pouvons être en contact avec une personne contaminée sans le savoir. L’excrétion de virus commence deux à trois jours avant l’apparition des symptômes.

Les sujets infectés par le coronavirus qu’ils aient ou non développé une maladie développent dans les 10 premiers jours de l’infection des anticorps spécifiques qui vont bloquer la fixation et la pénétration des virus dans les cellules respiratoires. Au terme d’une dizaine de jours, le taux d’anticorps produits entraîne l’arrêt de la multiplication et la destruction des virus infectants. Le patient n’est plus porteur du virus, il n’est plus infectant et déclaré guéri. Il est immunisé vis-à-vis du virus. La courbe entame sa descente suite à la diminution du nombre de nouveaux cas : le plus grand nombre de sujets sont alors immunisés, le virus ne trouve plus de sujets aptes à lui permettre sa reproduction, il disparaît.

En plus des mesures de protection, que nous reste-t-il pour nous prémunir contre une infection à coronavirus?

Le respect de ces mesures, bien que très contraignantes, est indispensable. Chaque citoyen est tenu de les respecter pour se protéger et protéger ses proches, particulièrement les personnes vulnérables comme les parents et les grands parents. C’est un acte citoyen. Les sujets âgés ont été les premières victimes de la pandémie à un tel point que l’on a commencé à avancer au début de la pandémie que les adultes jeunes étaient à l’abri. La suite des événements a prouvé le contraire. Les adultes jeunes sont également touchés et peuvent même en mourir.

Dans notre pays, l’épidémie n’est qu’à son début, nous sommes au bas de la courbe exponentielle, dans quelques jours elle va décoller et monter inexorablement si l’on ne prend pas la mesure de ce qui nous attend. Nous entamons timidement l’ascension de la courbe, mais les données semblent pour le moment largement sous-estimées car les outils de diagnostic disponibles ne permettent pas de détecter tous ceux qui devraient en bénéficier.

Les services de réanimation privés ou publics ne sont pas en nombre ni équipés pour faire face à l’afflux de patients en détresse respiratoire. Les autorités ont compris rapidement la gravité de la situation et ont appelé à maintes reprises au confinement. Notre système de santé n’est pas prêt pour la prise en charge de tous les cas graves qui vont se présenter à l’hôpital et pour lesquels il faudra dégager un lit et un respirateur artificiel. Il n’y a aucun médicament qui ait démontré son efficacité contre le coronavirus, il n’y a encore aucun vaccin en mesure d’induire la production d’anticorps protecteurs.

Reste une action essentielle à faire respecter par tout le monde quitte à recourir à la force afin de stopper la transmission du virus dans la population : casser la chaîne de transmission en imposant un confinement total, surveiller son application et pénaliser les récalcitrants. Le combat s’arrêtera quand il n’y aura plus de combattants : c’est nous ou le virus. Qui va gagner la bataille ? Certainement, nous. Il est de notre responsabilité d’être plus rapides et plus forts que le virus.

 

Par :

Fadila Boulahbal  : Dr. en médecine, Professeur de microbiologie, ancienne directrice générale de l’Institut Pasteur d’Algérie, Membre fondateur de l’Académie Algérienne des Sciences et des Technologies

Zoubir Harrat  : Médecin spécialiste en Maladies parasitaires et Médecine Tropicale; ancien Directeur Général de l’Institut Pasteur d’Algérie. Membre fondateur de l’Académie Algérienne des Sciences et des technologies



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