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Dr Fanny Lekikot et Dr Sonia Nasri. Chirurgiennes : «La chirurgie mammaire nous rapproche plus de ces femmes fragilisées»

04 octobre 2020 à 10 h 22 min

-Vous exercez malgré de nombreux obstacles ; qu’est-ce qui vous motive à ce point ?

Dr Sonia Nasri. La première des choses c’est l’amour de ce métier que nous avons choisi par conviction. Pour nous, la chirurgie (toutes les interventions de chirurgie générale confondues) est un art avant d’être une science. La chirurgie carcinologique mammaire et oncoplastique nous rapproche plus de ces femmes fragilisées par la maladie qui a rongé leur âme et leur corps, et elles trouvent plus de facilités à se confier à des femmes chirurgiennes qui sentent leur mal. Nous aussi, nous nous sentons très proches de nos patientes et cela nous procure une réelle satisfaction de réussite malgré les contraintes journalières.

-Justement, dans quelles conditions pratiquez-vous la reconstruction mammaire ? Est-ce facile ?

Dr Sonia Nasri. Non, ce n’est pas facile pour nous de faire ce travail dans un hôpital de périphérie (EPH Bencharif Abdelkader, ndlr). Mais comme on dit, aux grands maux les grands moyens. On s’occupe de tout, nous-mêmes : on joue aux psychologues dès la première consultation, car il faut dès le début exposer à la patiente les options qui s’offrent à elle pour conserver ou reconstruire son sein et cela lui donne beaucoup d’espoir. La méthode de reconstruction n’est pas la même pour toutes les femmes chacune est un cas à part.

Par ailleurs, nous n’avons pas de choix pour nous former si ce n’est nous prendre en charge par nos propres moyens. Pour ce faire, nous avons suivi des formations continues au service de sénologie de défunt Pr Bendib à Alger et avec les professeurs Krishna et Safrati à l’Institut du sein à Paris, en plus des participations aux congrès internationaux où on communique notre travail. Cela a un prix coûteux que l’hôpital ne peut pas prendre en charge. Pour opérer, enfin, nous avons besoin de quantités de canules et d’aiguilles qui coûtent assez cher et qu’on achète par nos propres moyens ainsi que le matériel pour tatouage, des expandeurs et des prothèses. Heureusement qu’il existe aussi des bienfaiteurs qui n’hésitent pas à nous apporter de l’aide.

-Comment se comportent les femmes que vous traitez  ? Acceptent-elles facilement l’ablation du sein ou encore la chirurgie réparatrice ?

Dr Lekikot. La mastectomie est une forme de mutilation qui entraîne des douleurs physiques, psychologiques et sociales. Reconstruire, c’est redonner de l’espoir aux patientes. La première consultation est très importante pour la prise en charge ultérieure de ces douleurs multiples. On explique à la patiente qu’après cet acte elle n’aura plus de cancer et que cette maladie ne tue plus, que la reconstruction est possible, que pour accepter le sein reconstruit, il faut faire le deuil du sein perdu. La perte sera moins douloureuse lorsque ce dernier aura été pansé. Avant d’être chirurgienne nous avons besoin de préparer psychologiquement la patiente, et nous avons notre méthode qui fonctionne à tous les coups. Avant de passer à l’ablation de son sein, on partage tout avec elle, les pleurs et les fous rires. Bien entendu, le tempérament psychologique de nos malades joue un grand rôle, comme le soutien familial, celui du mari en premier.

-Pensez-vous que l’Etat devrait consacrer plus d’attention et de moyens à la reconstruction mammaire ? Pourquoi ?

Dr Lekikot. Je pense que la politique de l’Etat concernant le cancer du sein doit complètement changer, sachant que c’est le premier cancer de la femme en Algérie qui, plus est, touche la femme jeune. Nous avons besoin d’un programme complet au niveau national comprenant la prévention, le dépistage, le diagnostic, le traitement et la reconstruction. Hélas, dans la doctrine actuelle de santé publique, la reconstruction mammaire est considérée comme chirurgie esthétique, ce qui est faux, car il s’agit d’une chirurgie réparatrice dans tous les sens du terme, qui fait suite au traitement oncologique (oncoplastie). Je suis convaincue que l’Etat gagnerait à soutenir cette branche pour le bien des Algériens. Par cette occasion, nous lançons un appel aux hauts responsables de la santé pour aider les médecins à se former et progresser et cela pour la bonne prise en charge de nos patientes.

Propos recueillis par  Nouri Nesrouche


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