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Congrès International de psychiatrie à Timimoun : «La perception de la médecine psychiatrique a nettement évolué chez les Algériens»

03 mars 2019 à 8 h 34 min

La psychiatrie est en mouvement, et l’Algérie ne veut pas rester en marge de cette transition. C’est le défi relevé par les psychiatres réunis à Timimoun, à l’occasion du 6e Congrès international de psychiatrie organisé par le service du Pr Madoui Fatma-Zohra, de l’EHS Mahmoud Belamri de Constantine.

Un rendez-vous important, d’où la participation d’un grand nombre de psychiatres des deux générations, venus découvrir les nouveautés, échanger les expériences, notamment face à leurs confrères français et tunisiens, et surtout débattre des nouveaux objectifs et défis liés à la schizophrénie, au trouble bipolaire et à la violence en société. Le congrès, qui a duré du 21 au 23 février dernier, s’est déroulé sous forme de séances plénières, sessions parallèles et symposiums.

Dans la grande salle de Djenane Malek, l’ambiance était studieuse et conviviale.
Dans son allocution de bienvenue, Dr Madoui a expliqué le choix d’introduire dans le programme des conférences consensuelles autour des prises en charge des pathologies mentales, par le besoin de les uniformiser sur les différents services psychiatriques du territoire national (entre autres, schizophrénie, troubles de l’humeur et troubles anxieux), cela dans la perspective d’un livre blanc de psychiatrie.

En Algérie, les statistiques montrent que la fréquence des maladies mentales est aussi importante que dans les autres pays, affirme le Tayeb Benathmane, chef de service psychiatrie au CHU Mustapha. «Avec la particularité chez nous que la discipline est relativement jeune.

Et ce qui est intéressant, c’ est qu’il y a une nouvelle génération de psychiatres qui commence à s’accommoder avec les thérapeutiques innovantes, tant sur les plans médicamenteux que psychothérapeutique», a-t-il précisé à El Watan.

Mais, selon lui, la perception de ce type de maladies et de la médecine psychiatrique a nettement évolué chez les Algériens, d’où une affluence de plus en plus de malades vers les services psychiatriques. «Les parents ont pris conscience que la psychiatrie est une spécialité médicale qui peut apporter une solution à leurs enfants, contrairement au passé, où on voyait des malades traîner pendant deux ou trois années avec des troubles psychiatriques et recourir uniquement à des thérapies traditionnelles».
Parallèlement aux exposés théoriques, des expériences et des ouvertures très pratiques ont été présentées.

C’est le cas de la prise en charge du malade schizophrène (près de 1% de la population mondiale) et du rôle de la famille, qui représentent 50% de la thérapie. Des pays européens, en avance sur cette question depuis qu’ils ont changé leur regard et leur paradigme concernant la schizophrénie, ont développé un programme de psycho-éducation destiné aux familles dont un membre est atteint de cette maladie. C’est ce programme, intitulé «Pro-Famille», que Dr Yann Hodé, psychiatre hospitalier en France, est venu exposer au congrès.

«Au Maghreb, les familles sont quatre fois plus déprimées que le niveau général, avec un risque de mortalité. Avec notre programme, les familles sont déprimées deux fois moins, avec un taux de suicide deux fois moins élevé. Le traitement réduit de moitié la maladie, la formation réduit aussi par deux, donc la maladie est réduite par quatre. Résultat : le malade va mieux, la famille aussi», nous a-t-il expliqué. D’ailleurs, l’expérience semble séduire le service de psychiatrie du Pr F. Z. Madoui, qui prévoit d’ouvrir un atelier dédié à ce modèle.

La violence en société

C’est aussi l’un des thèmes ayant marqué cette rencontre dominée par la rigueur scientifique. A la question de savoir si le phénomène de la violence est particulièrement important en Algérie, Dr Mohamed Taleb, psychiatre exerçant en France et président de la Société franco-algérienne de psychiatrie, nuance sa réponse. Certes, dit-il, les professionnels ont relevé un nombre croissant de cas de violence contre les enfants, mais la démarche scientifique ne peut pas partir de fausses hypothèses. «Pour réfléchir à ce problème, la première condition est d’évaluer son importance statistiquement et voir si réellement il y a une fréquence anormale de violence sexuelle contre les enfants, ou s’il s’agit seulement d’une libération de la parole qui fait qu’on en parle plus facilement».

Notre interlocuteur déplore l’absence en Algérie d’un système de données qui soit fiable, pour permettre de cerner les phénomènes comme le suicide, ou la violence contre les enfants. Mais s’il y a une fréquence anormale concernant ces derniers, «il faut absolument faire évaluer les auteurs par des psychiatres, et il est extrêmement important que les psychiatres soient formés sur ce type de problématiques, parce que les pédophiles délinquants son justement une problématique très particulière», dira-t-il.

Pour sa part, le doyen des psychiatres algériens, Pr Farid Kacha, chef du service psychiatrie, EHS Chéraga, a présenté une conférence intitulée «De l’agressivité à la violence sociale».

A El Watan, il a expliqué que le psychiatre est au centre de cette thématique, parce que c’est à lui qu’on demande d’expliquer le phénomène de l’agressivité au sein de la société. Faisant référence à l’essai de Karima Lazali sur le trauma colonial et prenant exemple sur la décennie 1990, Pr Kacha estime que ces expériences «nous ont rendus extrêmement sensibles à la violence, et paradoxalement, nous ont poussés aussi à élever le niveau de la violence».

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