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mercredi, 29 juin, 2022
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IL SUIT RIGOUREUSEMENT L’ACTUALITÉ JUDICIAIRE DES DÉTENUS D’OPINION ET ALERTE SUR LES ARRESTATIONS DES HIRAKISTES

Zaki Hannache, une voix courageuse contre l’arbitraire

06 mai 2021 à 10 h 30 min

Zaki Hannache. Vous avez certainement dû croiser ce nom en parcourant votre fil d’actualité Facebook. Si vous ne le connaissez pas, jetez un coup d’œil sur sa page. Vous prendrez par vous-mêmes la mesure du travail de veille titanesque qu’il accomplit, lui qui documente soigneusement les arrestations qui touchent les militants, les activistes et les manifestants du hirak.

Il suit rigoureusement l’actualité judiciaire des hirakistes et autres opposants harcelés par la justice, alerte sur le sort des «mouâtaqaline», met à jour la liste des prisonniers politiques et des détenus d’opinion. Il nous tient régulièrement au courant des convocations judiciaires, des perquisitions, des présentations devant le procureur, des dates des procès, des réquisitoires, des verdicts prononcés, des militants remis en liberté… Bref, Zaki, c’est une ONG à lui tout seul.
Nous sommes le 7 avril. Il est presque 18h. Il fait un froid de canard à cette terrasse de la Grande-Poste où nous avons rendez-vous avec le jeune activiste.

Emmitouflé dans une doudoune, le chef coiffé d’une casquette, un collier de barbe cernant sa bouille joviale, Zaki est d’une carrure assez imposante. Ceux qui le connaissent ont dû noter chez lui ce contraste saisissant entre son physique d’athlète et la douceur de sa voix, ses yeux marron clair pleins de tendresse et cette sorte de fragilité, de sensibilité à fleur de peau, d’empathie chevillée au cœur qu’il dégage.

Zaki a 33 ans. Il est diplômé de l’ITEEM, l’Institut technologique d’entretien électromécanique de Beaulieu (commune de Oued Smar). «J’ai fait maintenance industrielle et je travaille dans mon domaine. Je bosse depuis sept ans dans une entreprise publique», confie-t-il. Zaki avoue qu’il n’a jamais eu d’expérience militante avant le mouvement du 22 Février. Politiquement, c’est un pur produit de «l’Ecole du hirak». «Comme beaucoup de jeunes, je suis politiquement né le 22 février 2019. Avant le hirak, j’étais complètement apolitique. Mais j’étais naturellement antisystème. Comme tous les gens de ma génération, j’étais passionné par le foot, et je projetais de partir. Je formais le projet de m’installer au Canada. Je ne me voyais pas de perspectives ici», raconte Zaki.

«J’ai beaucoup appris avec le Réseau de lutte contre la répression»

Comment en est-il venu à s’investir dans la cause des détenus d’opinion ? «Au début, j’ai intégré le Réseau de lutte contre la répression. C’était vers le mois de juillet je crois», se remémore notre ami. Le Réseau de lutte contre la répression et pour la libération des détenus d’opinion, rappelle-t-on, a vu le jour officiellement le 1er juin 2019. «C’est surtout la détresse des familles des détenus qui m’a amené à me lancer dans ce combat. Et au sein du Réseau, j’ai été initié au travail judiciaire pour la défense des détenus d’opinion. Il y avait des avocats, des journalistes, des militants aguerris… J’ai beaucoup appris avec eux», indique Zaki.

Les premières vagues d’arrestations, rappelle-t-il, étaient principalement liées à la criminalisation du port de l’emblème amazigh. On se souvient particulièrement de ces houleux vendredis du 21 et du 28 juin 2019, où la police embarquait à tour de bras ceux qui osaient parader avec le drapeau berbère. «Mais je n’ai commencé à diffuser des informations sur les détenus que vers septembre 2019», précise Zaki Hannache. «C’était sur la page du Réseau. J’étais devenu éditeur pour la page. J’ai appris comment publier, comment rédiger son statut de façon à ce que l’information soit précise.

Je me suis familiarisé également avec le langage juridique et les procédures judiciaires.»

Le défenseur des détenus injustement incarcérés attire notre attention sur le fait que lorsqu’il s’était lancé dans ce travail de monitoring, «l’accès à l’information était difficile, surtout dans les wilayas de l’intérieur du pays. Aujourd’hui, un militant connaît des militants un peu partout, l’information circule. Mais avant, quand un activiste est arrêté dans une autre wilaya, l’info n’arrive pas. Même sur les pages dédiées au hirak, on parlait peu des détenus.

L’intérêt pour cette question s’est surtout accru à partir de novembre-décembre 2019. C’était pendant la campagne électorale en prévision de la présidentielle du 12/12, et là, les arrestations se sont intensifiées. Nous avons assisté à une répression massive qui a touché plusieurs wilayas». C’est aussi à cette même période, alors que le régime, sous l’impulsion du défunt Ahmed Gaïd Salah qui tenait à tout prix à faire passer l’élection du «Douze-Douze» après deux scrutins présidentiels annulés, que Zaki Hannache allait commencer à se révéler.

Il quitte le Réseau de lutte contre la répression et vole désormais de ses propres ailes. «Après avoir quitté le Réseau, le travail que j’effectuais, je ne pouvais pas l’arrêter. J’ai donc décidé de continuer sur ma page Facebook.» Au plus fort des arrestations de l’automne 2019 et dans le sillage de l’élection présidentielle qui allait porter M. Tebboune au pouvoir, Zaki a dû consommer tous ses congés pour se consacrer pleinement à son action militante. «J’ai commencé à prendre mes congés à partir de septembre 2019. J’ai consommé mon congé annuel, puis mon congé de récupération. Pendant trois mois, j’ai assisté à tous les procès. Je ne faisais que ça.»

Zaki impressionne par sa rigueur et son professionnalisme, par sa réactivité et aussi par cet espèce de don d’ubiquité qu’il semble avoir développé, lui qui nous tient informés presque en temps réel des arrestations survenues dans différentes régions du pays. Mais comment parvient-il à faire tout cela ? Quel est son secret ? «Il faut être méthodique», répond-t-il posément. «Pendant l’instruction ou bien durant le procès, ta première source, ce sont les avocats parce que, automatiquement, ils connaissent la procédure. Ils maîtrisent le dossier. La source la plus fiable est donc l’avocat, plus que les proches des prévenus.» Zaki poursuit : «Pour ce qui est des interpellations, je m’appuie sur deux types d’informateurs : le lanceur d’alerte et le confirmateur. Le lanceur d’alerte donne un premier signalement, et même si son information manque d’exactitude, il te met sur une piste. Après, tu procèdes aux recoupements et aux vérifications nécessaires avant de donner l’alerte.»

«Les arrestations, c’est des vagues»

Analysant l’évolution des mises en détention depuis l’émergence du Hirak, Zaki Hannache observe : «Les arrestations, c’est des vagues. Cela a commencé avec les détenus de l’emblème amazigh. Après, il y a eu les campagnes de septembre-octobre qui ont touché plusieurs organisations, type Rachad, RAJ, des militants du RCD… Ensuite, il y a eu la grosse vague de novembre-décembre 2019, dans le contexte de la présidentielle du 12/12. En 2020, avant le confinement, il y avait les rafles dans les rangs des premiers manifestants du vendredi matin, puis ceux des ‘‘marches de l’escalade’’ du samedi.» «Entre-temps, ajoute Zaki, il y a eu les arrestations qui ont ciblé certaines figures, comme Lakhdar Bouregaâ, Karim Tabbou, Fodil Boumala…

Ceux-là ont tous été arrêtés à leur domicile.» Le jeune militant relève que pendant le confinement sanitaire, les arrestations, malgré la suspension des manifs’, ont continué de façon ciblée. «Avant, les arrestations des activistes se faisaient pendant les marches. Durant le confinement, le mode opératoire de la police a changé : les gens recevaient des convocations judiciaires suivies de présentation devant le procureur. 99% de ces arrestations étaient pour des publications Facebook.»

Le 18 février 2021, il y a eu le fameux discours d’apaisement de M. Tebboune dans lequel il annonçait, en même temps que la dissolution de l’APN et la tenue de législatives anticipées, la remise en liberté de «55 à 60 personnes». Comme après les libérations du 2 janvier 2020, la trêve aura été de courte durée. «Et maintenant, c’est reparti de plus belle», s’inquiète le lanceur d’alerte. Ce dernier n’exclut pas de voir la courbe des incarcérations repartir à la hausse à l’approche des élections législatives, prévues le 12 juin. Cela s’est d’ailleurs vérifié ces dernières semaines avec la multiplication des emprisonnements.

A voir l’énergie et l’abnégation avec lesquelles Zaki Hannache se dédie à sa mission qu’il vit comme un véritable sacerdoce, dans un esprit de solidarité agissante avec les détenus, on se demande s’il a du temps pour souffler un peu. «Honnêtement, non. Je me consacre totalement à cette tâche. C’est un sacrifice. On n’a plus de temps pour ses proches, sa famille, ses amis», sourit-il. «Je suis H24 aux aguets. J’ai pris le rythme. Même au travail, j’ai constamment l’œil et l’oreille rivés aux téléphone, guettant les nouvelles des personnes interpellées.» Zaki insiste pour dire : «Je traite toutes les arrestations de la même manière, qu’il s’agisse d’une figure connue ou bien d’un anonyme. C’est pour cela que j’attache une grande importance aux informations qui font état de personnes arrêtées dans les villes de l’intérieur. Cela permet de faire réagir les avocats afin de leur porter assistance et de ne pas les oublier. Il ne faut pas voir que ce qui se passe à Alger.»

La seule satisfaction de Zaki dans ce combat sans répit est que les détenus d’opinion se sentent moins seuls, et que ceux qui croupissent en cellule aient la certitude que derrière les murs de l’arbitraire, on ne les a pas oubliés et qu’on se mobilise pour leur libération. Respect, Zaki Hannache !


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