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Talbi Tayeb (Thaâlibi) dit Si Allal. 97 ans, ancien Moudjahid désabusé : Je voudrais voir l’Algérie enfin libre, avant de mourir !

20 juin 2019 à 8 h 41 min

«Dans une dictature, les gens sont comme des poissons dans un grand filet. Ils se croient libres, et pourtant ils sont pris» (Montesquieu)

 

Sur les hauteurs du quartier de Belouizdad, si d’aventure vous n’arrivez pas à localiser précisément son domicile, il se trouvera toujours des riverains pour vous l’indiquer.

Ah, vous cherchez le Constantinois, l’ami de Mohamed Boudiaf, c’est par là». C’est dire qu’ici, Si Allal, c’est son nom de guerre, n’est pas un quelconque personnage, mais un illustre voisin, dont tous, dans ces lieux, tirent une certaine fierté.

Membre du Conseil national de la Révolution algérienne, responsable de la Fédération FLN du Maroc et de la Tunisie, il a participé au Congrès de la Soummam en août 1956.

Si Tayeb s’est fait tout seul, par la force des bras, par la profondeur des convictions et par son éveil précoce à la conscience nationale. C’est sans doute pour cela qu’il aime souvent se référer à cette sentence de l’imam Ali : «L’homme est celui qui dit me voici, et non celui qui proclame mon père fut.» Il nous accueille au pas de sa porte, avec son sourire coutumier et sa bonhomie légendaire.

Et puis, ce qui est plaisant chez lui, c’est qu’il est intarissable sur les anecdotes, sel de la vie, qu’il raconte avec délectation, en guise d’intermède, après avoir fait état dans son discours débité, sur un ton grave et pathétique, des faits douloureux et poignants, relatifs à la guerre !

Natif du douar Djebel Kherfane, sur les hauteurs d’El Harrouch, en 1923, Tayeb a fait ses premières classes à Smendou, où il a commencé à militer dans la première cellule créée par le Parti du peuple algérien. En réalité, ses galons il les avait déjà acquis dès son enfance, car descendant d’une lignée de lettrés, à l’instar du cheikh Ali Thaâlibi, qui professait dans la genèse et l’explication (tafsir), du saint Coran, du hadith et des fetwas.

Sa filiation et son patronyme, qui renvoient à Sidi Abderahmane Ethaâlibi, le saint patron d’Alger, lui confère un regain d’aura, après laquelle, au demeurant, il n’a jamais couru! Il est clair qu’on veut toujours percer ses racines auxquelles on est viscéralement attachés ! Il faut dire aussi que nous avons une proximité avec les cheikhs El Mokrani et El Haddaf, parmi les plus marquants avec l’Emir, à s’être soulevés contre le joug colonial. Si Tayeb admet que la politique est un exercice ardu, qui ne devrait pas s’empêcher de se heurter à la vérité !

UN MILITANT PRECOCE

«En 1953, j’ai assisté au congrès de Belcourt, du PPA/MTLD, qui s’est tenu dans une ambiance très tendue, en raison de l’intransigeance de Messali à régner seul, sans partage. On était deux voix discordantes, Ali Mendjeli et moi, qui étions contre les deux tendances, messalistes et centralistes, en proposant de laisser place aux jeunes du CRUA.

Ce positionnement avait déplu aux centralistes, qui pensaient que je roulais pour Messali, du fait que j’avais été proposé par deux camarades, Aïssa Labdeli et Moulay Merbah, proches du zaïm, comme candidat au comité central. Offre que j’avais refusée, d’ailleurs. L’histoire m’a finalement donné raison.

A Smendou, Tayeb était lié par une vieille amitié avec Zighoud Youcef, qu’il a recruté au parti pour sensibiliser les paysans sur les objectifs de la Révolution. Tayeb avait déjà l’expérience militante, si l’on peut dire, puisque la terrible répression de Mai 1945 lui a valu déjà d’être arrêté et incarcéré à Coudiat (Constantine), puis à Maison Carrée, Djenane Bourezg et Mecheria.

Il n’a dû sa libération qu’à l’amnistie générale, déclarée après la guerre. En égrenant son récit, Tayeb constate que l’oubli est la mort la plus certaine ! Sans doute pour exorciser les démons de l’amnésie et la culture de l’oubli, voulue par les pouvoirs successifs et qui est en train d’effacer des pans entiers de notre riche et valeureuse histoire ! Bien qu’il eût quitté l’école prématurément, Tayeb est resté un mordu de lecture.»

«Le directeur d’école, qui me connaissait bien, me donnait les clés de la bibliothèque que je fréquentais assidûment. C’est là que j’ai beaucoup appris, et je suis fier d’être considéré comme un parfait autodidacte !», confie-t-il avec un rire contagieux.

Avec son bagage intellectuel, Tayeb commence à enseigner l’arabe dans une médersa des oulémas, à Châteaudun du Rhumel, où dans le cadre du parti, il a activé aux côtés de Abane Ramdane et Hocine Belmili, disciple de Ben Badis, qui avait créé une cellule du PPA dans cette ville. Puis ce fut la médersa Errachad, en plein cœur de La Casbah d’Alger, dirigée à l’époque par Sid Ali Abdelhamid, que Tayeb a ralliée sur recommandation de leur ami commun Larbi Demaghelatrous

ABANE MIS EN MINORITé

Aux élections de 1948, Tayeb a été envoyé en Oranie, où il sera arrêté et incarcéré. A sa sortie, il va enseigner à Maghnia, après avoir prodigué le savoir à Blida aux côtés de cheikh Mahfoudi. Au déclenchement de la Révolution, Tayeb, qui était dans l’Oranie avec Boussouf et Ben M’hidi, a été sollicité par Khider pour un rôle politique au Caire, car ils avaient besoin d’un arabophone auprès de Saout El Arab. J’avais refusé, car je voulais répondre à l’appel de Ben M’hidi et Boudiaf, m’affectant à la collecte des armes et la coordination avec l’armée marocaine.

J’étais avec Boudiaf lorsqu’il a créé le journal La Résistance algérienne, à Tetouan, en 1955, en étant son adjoint lors de la création de la Fédération FLN dans ce pays. J’ai été membre suppléant au Congrès de la Soummam et j’ai assisté au Congrès du Caire en 1957, où Abane a été mis en minorité. La messe était dite. C’est là que la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et le politique sur le militaire ont été abandonnés !

Tout se passait en coulisses. En réalité, ce n’était pas un congrès, mais une assemblée qui laissait voir les dissensions et les divisions, préludes à ce qui allait advenir au Congrès de Tripoli en 1962. Je me souviens que Boudiaf avait lancé à l’endroit des militaires : «Votre place est dans les casernes.»

Il y a eu tromperie à Tripoli, où les colonels ont tout fait pour avoir le quorum requis en faisant voter Zbiri à la place des délégués de sa Wilaya 1, absents, sans mandatement, alors que Mohamedi Saïd et Yazourene de la Wilaya III, qui étaient pour le GPRA, s’étaient soudainement ravisés, pour se ranger dans l’autre camp  ! Tout ça dans une atmosphère indigne, lorsque Ben Bella a giflé le président du GPRA, Benyoussef Benkhedda, défendu fermement par Boubnider.

C’était le pot de terre contre le pot de fer ! En 1962, j’étais pour le GPRA contre l’état-major, en fait pour la légalité ! Mais la suite a été violente et pitoyable. C’est pourquoi nous n’avons pas accepté le fait accompli. Avec Boudiaf, on a créé le Parti de la révolution socialiste. On croyait encore au romantisme révolutionnaire et aux grands soirs  ! La milice de Ben Bella nous a arrêtés. Boudiaf envoyé au Sahara et moi à Dar Nakhla, où j’ai passé un stage de torture ! C’est pourquoi je suis contre le système depuis 1962.

LE HIRAK , CET INTRUS PROVIDENTIEL

Un jour, peut-être, il faudra faire une analyse sereine et objective sur le pouvoir en Algérie qui n’a eu de cesse de marginaliser la société. J’ai toujours été marqué par cette réflexion de Tarik Maschino, enseignant comme moi, qui avait relevé que le peuple algérien n’est pas une entité visible malgré la présence de plus de 42 millions d’âmes ! Le peuple n’est souverain qu’en théorie ! La révolution en cours est une surprise inattendue, brisant le mur de la peur qui nous a ligotés pendant des décennies.

Je souhaite quitter ce bas monde la conscience apaisée, en voyant, enfin, mon pays jouir de la liberté, ce mot très cher, qu’on a galvaudé et mis en cage. Moi, quand je vois ces millions de jeunes exiger un meilleur sort et une vie digne, je me dis que c’est leur droit le plus absolu !

N’était-ce pas là, aussi, des objectifs pour lesquels nous avons combattu et pour lesquels l’Algérie a sacrifié ses meilleurs enfants.

 

 

Parcours

Né en 1923 près d’El Harrouch. A milité au PPA à 20 ans. A rejoint le FLN où il a occupé d’importantes responsabilités.
Il aime à dire que la Révolution a ses faiseurs, peu nombreux, et une nuée d’imposteurs qui ont fini par la dévoyer. N’est-ce pas une offense de voir le FLN historique du grand Mehri dirigé par des affairistes et des incultes, s’insurge-t-il ! Il a été professeur d’arabe à Aïssat Idir, aux lycées Okba et Hassiba Ben Ouali, avant de diriger l’Institut pédagogique. Il a pris sa retraite en 1997. Tayeb est père de 6 filles et 3 garçons : Malik, prof de mathématiques dans une université étrangère. Ancien initiateur et coach de l’équipe algérienne des Olympiades de mathématiques. Adnane, prof de maths en France et Moncef électronicien.


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