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Smaïn Lalmas . Expert en économie et finances, spécialiste en Médias : «Quand le politique s’empare de l’économique»

03 janvier 2019 à 10 h 27 min

«Qui craint de souffrir souffre déjà de ce qu’il craint.» (Montaigne)

 

Lalmas, ce patronyme résonne comme un tir fulgurant ou un heading victorieux, ou encore comme des dribbles déroutants dans l’euphorie des stades. Toute cette panoplie de bons gestes est l’apanage de Ahcen, qui a fait vibrer les foules par son talent.

Il aura été un des animateurs les plus doués de sa génération, jusqu’à séduire la légende. Mais cette fois-ci, il s’agit d’un autre Lalmas, Smaïn de son prénom, tout aussi talentueux dans son domaine de l’économie et des finances ; lui aussi considère son métier comme une compétition sportive. Toujours la performance. Voilà quelqu’un qui dit à haute voix ce que beaucoup pensent tout bas. On aimera, chez lui, la liberté de ton, la maîtrise des sujets abordés et cette manière d’appeler un chat un chat qui lui est chevillée au corps !

Son analyse sur les hommes et les choses, qui paraît parfois sévère, se nourrit toujours des faits. Sa curiosité ne se désaltère pas avec le temps qui passe. Son visage rond est toujours illuminé par un sourire irrésistible, car Smaïn est aussi un bon vivant, qui peut sans coup férir vous raconter une blague en coupant un discours sérieux ! Aussi loin qu’il remonte dans sa mémoire et dans son histoire, Smaïn a toujours cru aux vertus de l’effort, de l’affect, de la curiosité et de la sensibilité, qui lui ont été inoculées par ses parents ; simples, attentifs généreux, exigeants avec eux-mêmes et indulgents pour autrui. Ces merveilleux artisans de la vie lui ont donné les armes pour affronter l’existence. Et il en est très fier. Smaïn est né le 29 octobre 1968 à Sidi M’hamed.

Il a fait l’école primaire dans son quartier d’Appreval, à Kouba. Le CEM Ouandjilani à Jolie-Vue. «J’ai été marqué, par Mme Tache, une Française qui présidait à la direction de cet établissement, toujours propre avec ses fleurs, un véritable bijou.

La directrice était à cheval sur la discipline et le comportement des élèves», se souvient Smaïn, une lueur dans les yeux ! Puis ce fut le lycée Frères Hamia, toujours à Kouba, où il décrocha son bac sciences, avant d’intégrer l’université de l’USTHB de Bab Ezzouar, qu’il quittera après deux ans de tronc commun : «J’ai conclu que ma place n’était pas là. L’Institut de commerce avait lancé un concours. Je m’y suis engouffré en me classant parmi les premiers lauréats ! Ma carrière avait commencé et j’étais dans mon élément !»

De l’ambition, déjà

«Je me suis spécialisé dans le commerce international. Tout en étant étudiant, je travaillais comme représentant commercial dans une société qui faisait dans les sanitaires de luxe. Je suis fils unique, donc soumis à des restrictions, notamment dans la limitation des fréquentations.

Comme je tenais à mon indépendance, la rentrée d’argent m’aida à m’émanciper. Du coup, j’ai eu l’opportunité de travailler comme représentant. J’étais commissionnaire et je gagnais trois fois plus que le recteur ! J’ai intégré une entreprise nationale, l’ENAEB, pendant 6 mois, car j’avais constaté déjà des magouilles. Je ne voulais pas cautionner ces pratiques. Je me suis donc mis à mon compte ! Dans la distribution, le conditionnement de l’agroalimentaire, etc. En 2008, j’ai repris les études dans la même filière. Je me suis spécialisé dans l’export et la compétitivité des entreprises avec des organismes internationaux. J’ai suivi une formation pour devenir conseiller formateur agréé par le ministère du Commerce. »

A la question de savoir quel était le secret de ses prestations médiatiques empreintes de pédagogie et de technicité, il répond : «J’ai oublié de vous dire que je suis un spécialiste en communication. D’ailleurs j’ai créé une société en 2015, New Agency. J’étais appelé à développer tout ce qui gravite autour de la stratégie communicationnelle, en répondant au mieux aux besoins des entreprises, pour leur donner davantage de visibilité. Ce qui m’a permis d’apprendre énormément de choses. Aussi, mes sorties médiatiques ne sont nullement le fait du hasard. »

Sa proximité avec son oncle Ahcen, il l’évoque avec émotion, en commençant par la fin : «Au cimetière, le jour de l’enterrement, un journaliste m’a demandé : ‘Que pensez-vous de votre oncle et de cette marée humaine qui l’a accompagné à sa dernière demeure ?’ Je lui ai répondu que la véritable question à se poser est de s’expliquer comment se fait-il qu’un footballeur, qui a raccroché depuis plus d’un demi-siècle, puisse drainer, à sa mort, une telle foule.

Cela veut dire qu’il est resté populaire. Ce n’était pas un simple footballeur, mais une personnalité qui a réussi à se construire et à sauvegarder sa stature 50 ans après avoir quitté les stades, loin des médias. On était très proches. Avec beaucoup de respect, le courant passait très bien. Dans la famille, ce n’était pas des rapports classiques oncle-neveu.

Tous mes oncles étaient des pères pour moi, que ce soit l’aîné Amar, ou Hocine et Ahcen. Ils paraissaient durs, mais avec un cœur gros comme ça ! J’étais très admiratif de mes oncles : Hocine dans les affaires et Ahcen par rapport à sa réputation.

Mon père, Boualem, était dans la même lignée, nourri de respect et de bonne éducation. Je ne suis pas un mordu des stades, mais un jour, j’étais allé voir Algérie-Tunisie, en véterans, au stade du 20 Août. J’étais sur la main courante. J’ai vu Tarek Dhiab, Atouga. J’avais récupéré le ballon du match. Le seul match où j’ai vu Ahcen jouer.

A chacune de ses touches, répondait la réaction enthousiaste du public. Cela m’a marqué et j’étais comblé de fierté. En 1990, je voulais voir Algérie- Egypte au 5 Juillet. Il y avait un monde fou, c’est mon oncle Ahcen qui m’a déposé au stade puis est revenu me chercher. J’avais ma place en tribune officielle, mais j’ai préféré être avec mes amis dans la tribune d’en face. A la fin, discipliné et respectueux des consignes, j’ai dû attendre plus de 3 heures, seul dans le parking du stade, à une heure assez avancée. Quand il est arrivé, il a éclaté de rire, se contentant de me dire qu’il avait failli m’oublier ! Ahcen s’est toujours opposé à ce que je joue au football. Il m’avait inscrit à l’école de karaté de Mahfoud Louali, que je salue au passage, avec lequel j’ai beaucoup appris.»

Comment dépasser la crise

Abordant sa spécialité, nous lui avons posé la question de savoir quelles sont les causes de cette crise financière qui nous tourmente. Et quels sont les moyens de la dépasser. «Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le mot crise. S’il y a crise financière, cela suppose qu’on doit avoir une somme d’argent pour en sortir. Or, ce n’est pas le cas ! Nous avons consommé 140 milliards de dollars de nos réserves de change. 60 milliards du Fonds de régulation. Plus de 5000 milliards de dinars imprimés sans pour autant sortir de la crise.

Il est clair que celle-ci est due au type de modèle économique qui s’appuie sur une richesse qu’on ne maîtrise plus, à savoir les hydrocarbures. Notre modèle dépend totalement du prix du baril de pétrole. La sortie de la crise consiste en l’élaboration d’un nouveau modèle économique, basé sur la diversification économique en s’appuyant sur l’exportation hors hydrocarbures. Pour cela, il faudrait mettre en place une stratégie qui reposerait notamment sur des compétences pour réussir cette mutation ! Notre problème réside là !»

«Dans tous les pays qui ont réussi économiquement, le politique est au service de l’économique. Malheureusement, chez nous, l’économie doit s’accrocher au politique pour réussir. Nous avons tout politisé. Le résultat est là».
Prié d’expliciter, Smaïn, très à l’aise, décoche ses critiques : «La faillite de tous les secteurs d’activité, l’absence d’investissement local et étranger, qui est l’un des trois axes du commerce international : la promotion des explorations ; la régulation des importations ; l’attrait des investisseurs directs étrangers. Cet investissement a accompagné le développement de nombreux pays, dont nos voisins, d’où la concurrence qui devient de plus en plus rude !

Pour réussir cette approche, il faudrait mettre en place une politique pour attirer ces IDE dans un climat des affaires adéquat, avec toutes les facilitations nécessaires pour convaincre les étrangers de venir nous accompagner dans notre processus de développement. Mais on se rend compte que là aussi, on a échoué parce que les conditions ne sont pas réunies. Des efforts sont fournis, certes, comme la structure du développement des exportations hors hydrocarbures, qui est en chantier au niveau du ministère du Commerce. On a souvent appelé à son avènement en s’appuyant sur quatre axes essentiels :

– L’identification de l’offre algérienne exportable qui doit répondre à un impératif, qui consiste à faire un diagnostic au niveau des secteurs productifs ;
– Les marchés ciblés : un grand effort doit être effectué pour avoir des données fiables ;
– La mise en place d’une politique de logistique et de transport qui réponde aux besoins de nos exportations ;
– L’accompagnement de nos exportations en matière de conseils, de financement, de réglementation, de facilitations…

Car tous les dispositifs mis en place pour réduire la facture des importations n’ont pas donné le résultat souhaité. Aujourd’hui, nous allons terminer l’année avec presque 42 milliards de dollars.»
Fuite en avant

La planche à billets, une fuite en avant ?

«Dès le départ, le Premier ministre avait donné l’exemple du Japon, des USA et de la Grande-Bretagne, qui ont utilisé ce type de solution de sortie de crise ! Oubliant que nous n’avons pas le même modèle économique, ni les mêmes moyens ni la même situation. Les pays cités étaient en situation de déflation. Il fallait injecter de l’argent en plus sur les circuits financiers pour booster la consommation, qui est un moteur de croissance, alors qu’en Algérie on est en situation d’inflation. Injecter de l’argent, en plus sans contrepartie, aggrave encore plus l’inflation, affaiblit la monnaie locale et le pouvoir d’achat des Algériens est durement affecté. Donc ce n’est pas une solution.»

Face à ce scepticisme ambiant, y a-t-il une chance d’amortir le choc, s’est-on interrogé. «Comme on dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Pour sauver un peu les meubles, il faudrait un changement radical qui consisterait à injecter du sang neuf, des compétences, construire un nouveau modèle économique sur des bases solides et miser sur le facteur humain.»

Sinon, l’Algérie serait à brève échéance tributaire du bon vouloir des instances internationales, avons-nous spéculé.

«Si nous persistons dans cette voie, nous allons épuiser toutes nos ressources. Il ne reste pas grand-chose dans les réserves de change, 60 milliards actuellement. D’ici 2020, il n’y aura plus rien, avec les déficits enregistrés au niveau de la balance commerciale et de la balance des payements suite à la chute des cours du pétrole. Cela nous conduira à frapper aux portes des instances financières internationales dès 2020.»

Déjà que l’adhésion à l’OMC de notre pays traîne en longueur…

«On n’arrive pas à le faire. L’adhésion nécessite des conditions qui pénalisent l’accès de l’Algérie à l’OMC, malgré plusieurs rounds avec différents acteurs depuis plusieurs années. On est l’un des rares pays à ne pas pouvoir y accéder.»

A la question de savoir si le pays peut s’émanciper, avec les partisans du statu quo et de la continuité, Smaïn répond qu’on a l’air de ne pas prendre conscience de la gravité de la situation.

«Ces gens-là, peuvent-ils nous donner un argumentaire sérieux pour aller dans leur direction ? Je pense que pour corriger la faillite du système et ses échecs successifs, il faut aller vers un changement radical le plus vite possible, pour sauver ce qui peut encore l’être.»

Peut-être avec la perspective du gaz de schiste… «Des pays, et non des moindres, se sont lancés dans les énergies renouvelables et dans les énergies propres à bon marché. Parler d’hydrocarbures de schiste serait, à notre avis, une autre erreur d’approche…»

A la fin de cet entretien, Smaïn Lalmas en a profité pour présenter ses meilleurs vœux au peuple algérien et souhaiter une longue vie à sa maman.

 

 

Parcours :

Naissance à Alger le 29 octobre 1968, études à Kouba, l’USTHB et à l’INC.
Expert en économie et finances aux plans national et international
Conseiller formateur agréé
Spécialiste en communication
Président de l’Association nationale Algérie Conseil Exports
Membre du conseil d’administration d’Algerac
Marié, père d’un enfant

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