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Rachid Hamouche. Ancien cadre de la Nation, électronicien, acteur politique : «Je suis optimiste pour l’avenir de l’Algérie»

04 juillet 2019 à 8 h 26 min

«Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme.» Camus

Le 1er juillet est une date exceptionnelle pour Rachid. D’abord, c’est celle de son anniversaire qu’il a fêté il y a trois jours dans la chaleur familiale, au milieu des siens. C’est aussi celle, où à 22 ans, le 1er juillet 1962, il était assesseur, désigné par le Nidham, à la mairie de Tizi Ouzou, pour superviser le référendum d’autodétermination qui allait sceller, définitivement, l’indépendance de notre pays.

C’est justement dans la ville des Genêts, où il a fait ses classes, au collège de Tizi Ouzou, et où il a participé, le 13 décembre 1960, à la manifestation suscitée par la venue du général de Gaulle peu appréciée par la population musulmane. «J’étais en classe de première, nous avons manifesté dans la cour du collège. Quel honneur pour moi d’avoir côtoyé en ces moments de grands militants nationalistes, à l’image de Omar Chaou, Oubouzar et autres Amellal. J’étais militant de l’Union générale des étudiants musulmans algériens, qui avait décidé de la grève de Mai 1956.

On avait hissé le drapeau national et chanté Min Djibalina. Un policier a sorti son arme et m’a visé. Mme Capot Rey, prof d’histoire géo, l’a ceinturé et l’a empêché de commettre l’irréparable. Mon père, qui travaillait à la mairie de Tizi Ouzou, avait été mis en quarantaine, mais félicité au quartier, où nous habitions à Tabn Alit.» Son père devait décéder trois ans plus tard en 1963.

Ce qui obligea Rachid à rentrer à Alger, alors qu’il étudiait à la faculté des sciences de Grenoble. Le choc avait été difficilement amorti. Mais la vie reprend et Rachid poursuivra son cursus, en Angleterre, où il apprit la langue de Shakespeare, et dont il sortit diplômé de littérature anglaise, tout en honorant, à l’université de Cambridge, le contrat entre Sonatrach et Rugby Collège Electronics Technology, pour lequel il a été envoyé entre 1964 et 1967. Rachid fut par la suite missionné à la base de Sonatrach de Hassi Messaoud, dans le secteur de la recherche et de la production. En 1968, Rachid est à la direction production d’Alger. En 1970, il est envoyé à Calgary Alberta, au Canada, où il décroche son diplôme de programmeur en langage informatique.

Débuts à Sonatrach

Rachid, dont l’érudition semble inépuisable, est aussi un lecteur exceptionnel, dominant son sujet, disséquant les événements avec lucidité et simplicité. Rachid a produit des idées à jet continu, comme une source intarissable. On le savait déjà, mais on l’a encore confirmé lorsqu’il nous a sorti, de son armoire, des tas d’écrits de sa signature.

A l’évidence, Rachid déploie une culture époustouflante. C’est dire qu’il n’est jamais allé plus vite que la musique ! Bien qu’il ait anticipé les événements, prévu les hécatombes et prévenu les décideurs ! Hélas, sans écho en retour… Cet homme, qui a de fortes convictions sociales et humaines, est apprécié aussi par son esprit politique, puisqu’il a été un jeune membre de l’UGEMA et de l’UNEA, bien plus tard, secrétaire national du MAJD, parti créé par son ami Kasdi Mesbah.

Pendant des années, Rachid, ami de la presse, était un habitué des incursions inopinées au sein des rédactions qu’il venait renflouer par ses analyses, sa hauteur de vue et ses contributions très pertinentes. Il pressentait, depuis longtemps déjà, avec sa clairvoyance, que notre pays allait au-devant de graves convulsions ! Mais personne n’y a prêté attention, adoptant plutôt la politique de l’autruche !

En mai 1991, une anicroche avec Hamrouche, chef de gouvernement, lui vaudra d’être licencié. Et de s’en expliquer dans un article paru le 12 mai 1991 à El Watan, intitulé : «Motif politique ou mauvaise gestion». Rachid n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Après un passage à l’Organisation internationale du travail (OIT) de 1996 à 1998 où il est chargé des séminaires à travers le monde, il est conseiller au ministère de l’Agriculture jusqu’en 1999, date de son retrait, «car je ne voulais pas travailler avec Bouteflika», se suffisant d’une retraite méritée  ! Mais mal vécue. «C’est pourquoi je me suis engagé dans le syndicat des cadres gestionnaires du secteur public.

C’est comme ça que je suis devenu membre fondateur de l’Union nationale des entreprises publiques.» Rachid n’a pas apprécié la restructuration des entreprises, en fait déstructuration dont la plus méchante, celle de l’autonomie de gestion était, à ses yeux, inopportune. «Je faisais partie du groupe chargé des réformes économiques à la présidence de la République, désigné par Hamrouche, Hidouci et Goumeziane.

Je me suis opposé à la séquentialité des réformes, à l’autonomie de la gestion, tant que les systèmes de régulation économiques ne sont pas réformés, à savoir la banque, les impôts, la douane, le code des marchés. Pour moi, les réformes préconisées n’étaient que des réformes de bazar !» Rachid a tiré des enseignements de son itinéraire perturbé, sans jamais perdre la boussole de l’engagement, du devoir bien fait. Il en est qui disent volontiers reconnaître dans la vie deux sortes d’hommes : ceux qui veulent être quelqu’un par les titres et les honneurs, et ceux qui veulent faire quelque chose. Rachid fait partie de la deuxième catégorie.

Dénonciateur de dérives

La presse lui sert d’appoint pour dire certaines vérités amères et dénoncer les travers des gestions discutables. A ce propos, il nous sort des coupures de journaux et il exhibe des articles osés par lui écrits, par exemple dans Le Soir du 8 août 1992 où il révèle : «Plus de 200 dossiers, bien ficelés sur la corruption, moisissent à la Cour des comptes.» Ses opinions lui ont valu bien des déboires.

Il restera sans activités, arrivant péniblement à subvenir aux besoins de sa famille. «J’étais sur les rotules. Heureusement pour moi, un ami, Ouartsi, ancien DG de la Douane m’a trouvé du boulot au ministère de l’Agriculture. C’est dans cette structure que j’ai pu récupérer mes droits à la retraite, avant d’être écarté, car j’avais écrit un article sur le journal du FFS, Elhaq, où j’avais dénoncé la mainmise du ministère de La Défense sur le budget.» A la question de savoir si le souhait de la deuxième République est réalisable, Rachid estime que l’opposition structurée n’est pas en mesure, seule, d’amener le changement souhaité par le peuple. Pourquoi ? Parce que le système qui a prévalu jusque-là a toujours imposé des conditionnalités et inhibait les esprits.

Le cerveau était laissé au frigidaire pour servir docilement, sans ambition, le chef. Il faudra bannir cette mentalité  ! Rachid, qui se félicite du sursaut salvateur du 22 février, fait confiance à son optimisme, qu’il étrenne même dans les pires situations. «Ma proposition de sortie de crise, je l’ai annoncée dans le journal Le Matin du 14 janvier 1993. Elle est à l’ordre du jour, 26 ans après, par le refus systématique du pouvoir d’un dialogue inclusif et serein. Ces propositions qui n’ont pas été prises en compte depuis 26 ans sont les revendications essentielles de la Révolution blanche d’aujourd’hui.»

Le pouvoir va-t-il céder ? «Je crois que le peuple algérien est déterminé. Un peuple composé de 8 millions d’âmes, miséreux, analphabètes qui a éjecté 800 000 colons, détenant tous les pouvoirs, avec le soutien de l’OTAN, est aujourd’hui cinq fois plus nombreux, développé, déterminé, capable de gérer ses affaires démocratiquement, toujours digne de ses aînés et de la Révolution de Novembre.»

 

 

Parcours :

Né le 1er juillet 1940. Etudes à Tizi Ouzou, au lycée Bugeaud d’Alger, Grenoble, Cambridge, Calgary-Alberta au Canada. A exercé en qualité de DG dans plusieurs entreprises publiques. Consultant international. Membre de l’UGEMA et de l’UNEA. Cofondateur du parti MAJD. Membre fondateur et premier SG de la fédération d’échecs. Pèlerinage à la Mecque en 1988 et 2009. Membre initiateur et rédacteur de l’Appel à la Paix en novembre 1995, avec Aït Ahmed, Ben Bella, Mehdi, Hamrouche, Ali Yahia, Hanoune, Djedai, Bensmaïn, maître Khelili, Belkhadem, général Benyelles et Mahmoud Ouartsi ; a cessé toute activité politique en 1996.


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