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mercredi, 05 mai, 2021
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Kader El Fertas. Supporter assidu de l’USM Alger : Quand le stade, en fête, inspire la révolution

08 avril 2021 à 10 h 00 min

On attend des héros qu’ils exaltent les qualités et les valeurs propres du groupe, afin de s’admirer, en les admirant. Christian Pociello

Aujourd’hui, nous allons parler football. Non pas des querelles intestines et byzantines, qui rythment l’activité des responsables, encore moins des débats stériles qui meublent les émissions sportives. Nous allons évoquer les supporters, un des maillons importants de la longue chaîne footballistique.

Comme il est ardu de pénétrer ce monde complexifié, nous sommes allés à la rencontre d’un vieux supporter, notre ami Kader El Fertas, pour tenter de démêler l’écheveau. Kader, inconditionnel fan de l’USM Alger, du haut de ses 65 ans, nous entraîne dans cet univers clair-obscur des «galeries» des stades, notamment celle des Rouge et Noir, sans lesquelles le foot ne serait qu’un banal jeu, aphone, sans âme et sans charme.

Car ce sont bien les spectateurs, en jouant leur partition, qui ajoutent de l’émotion à l’émotion. Si dans les stades, les projecteurs sont braqués sur la pelouse et les joueurs, nul ne peut se passer de la touche essentielle, à savoir ces clameurs qui montent au ciel, entraînant une catharsis collective qui stimulera les acteurs sur le terrain.

Le 12e homme à la rescousse

Il n’a pas tort celui qui a qualifié le public de 12e homme… Les supporters, notamment ceux de l’USMA, ont franchi un autre pas en magnifiant des symphonies chatoyantes et bien élaborées. Kader est supporter assidu de l’USMA et il ne s’en cache pas. «A 8 ans déjà, j’avais fait la connaissance du stade de Saint Eugène, en assistant au match USMA/CRB (2/2). C’était en 1964.

Le Chabab jouait le titre, et nous, on traînait la savate. Meziani, notre coqueluche, avait été exclu lors de ce match. C’était une saison à oublier, puisque nous avions rétrogradé, en compagnie de la JSM Tiaret et du Mouloudia d’Alger.

Depuis, on a connu plus de bas que de hauts. Il a fallu attendre la génération des  Hadj Adlane, Dziri, Rahim et autres pour offrir un visage plus rassurant. On jouait bien, mais à la fin, on perdait, d’où la formule ironique «un tir sur la barre vaut mieux qu’un but.» Plus sérieusement, Kader concède que le stade est là pour absorber toutes les pulsions, toutes les frustrations des supporters, qui se donnent totalement dans cet espace, l’anonymat faisant le reste.

«Dans l’enceinte, on y va pour se défouler. C’est un lieu où on peut, sans contrainte, nous extérioriser. On s’identifie à l’équipe qu’on supporte, même si c’est une représentation subjective. Au stade, nous sentons que notre univers n’a pas de limites. Il arrive, à mes compagnons de travées, qui défendent les mêmes couleurs, d’insulter l’arbitre ou l’équipe adverse pour un geste agressif où un dépassement. En ces moments d’émotion, il est difficile de remplacer ce comportement agressif, qu’on ne peut contenir, car la nervosité, en ces moments, atteint son paroxysme.

C’est, il faut en convenir, moins dangereux que l’agression physique. Sans doute, l’USMA a acquis la réputation de fournir un jeu académique que d’autres lui envient. La rivalité, grandissante, et jamais démentie, peut aussi naître de la proximité de deux clubs prestigieux, comme c’est le cas  du MCA et de l’USMA.» C’est tout à fait naturel que cette rivalité existe et c’est ce qui fait le sel de cette mitoyenneté toute sportive et qui n’a que rarement dépassé les limites du fair-play et du bon voisinage.

Ces dernières années, les supporters des deux galeries ont fait dans l’innovation en recourant à des concepts moins rigides et plus attractifs.  Les banderoles ne sont plus sobres, mais chatoyantes et bigarrées, et où les couleurs du club sont bien mises en évidence ainsi que les légendes , parfois rédigées en italien ou en anglais. Parfois, les supporters s’attribuent aussi les chanteurs bien connus, chacun les revendiquant pour soi.

Le rituel et les tensions

Ce qui marque le rituel d’un match, c’est que celui-ci suscite les tensions chez les supporters bien avant son déroulement. Ce qui est sûr, c’est que la confrontation, avec le rival le plus proche dans un derby, constitue le point culminant de la saison, un sommet émotionnel, où les antagonismes sont les plus pointus et le suspense toujours présent.

Ces engouements collectifs ont pris avec le temps d’autres trajectoires, et le club favori est devenu, à son corps défendant, le réceptacle de toutes les représentations, auxquelles le supporter s’identifie. Lorsque le club aimé joue contre un autre plus huppé et bien assis  financièrement, l’antagoniste prend des airs victimistes. C’est un peu le duel du pauvre contre le riche,du faible contre le fort, où se dessine une revanche symbolique contre les «nantis» avec toute leur arrogance.

Par  ailleurs, et notre interlocuteur Kader en est parfaitement conscient, il y a aussi chez les supporters des conduites empruntées au  registre  de la religion où on invoque la protection tutélaire  de tel où tel wali essaleh Sidi Rached, Sidi Beloua, Sidi El Haouari, Sidi Abderrahmane… et d’autres appelés à la rescousse, pour apporter leur baraka.

Comme quoi, il faut mettre toutes les chances de son côté, même si au stade le recueillement est aux abonnés absents,et il n’y a que pour un comportement tapageur, détonnant et parfois provocateur. Actuellement, la donne a fondamentalement changé. Si les supporters sont mécontents de la production de leurs favoris, ils le font crûment savoir. «Ils sont grassement payés, pour un spectacle médiocre.»

La pilule est amère. Le retour de bâton est cruel. «Ils ne savent même pas aligner deux passes, s’essoufflent rapidement et n’ont aucune culture tactique.» Un ami désabusé, qui assistait à cette rencontre à trois, m’a  sorti la théorie du football, opium du peuple. «Tout cela n’est qu’une manière d’endormir les foules, en les fascinant par une sorte d’envoutement où le spectateur est dans un état second. Il ne réfléchit plus par lui-même. Le foot  n’est perçu que comme un exutoire aux frustrations, c’est pourquoi, certains, sociologues le classent dans la case reservée à la dépolitisation des foules.» L’ancien président de la FIFA avait prévenu contre cet état de fait. «Quand un nationalisme exacerbé s’ajoute à la passion et à l’émotion , cela devient explosif.»

Kader, sans se départir de son flegme légendaire, trouve toujours les mots justes pour qualifier avec objectivité son club de toujours. En vérité, la mise à jour est devenue  nécessaire si l’on se réfère au foot, tel que nous le vivons aujourd’hui.

Il apparaît comme une sorte de référent universel. La FIFA, ayant réussi à supplanter l’ONU, au nombre d’adhésions. 211 pour l’association du ballon rond, contre 193, pour l’organisation onusienne! «Un danger pour la suite ? La terre est ronde comme un ballon», soutient Pascal Boniface, spécialiste ,en géopolitique  Ce n’est pas le foot qui crée le racisme, il est au contraire un puissant vecteur d’ouverture sur les autres et de fraternité.

Ce constat, il l’a fait face à la montée actuelle des racismes dans les stades. «La stigmatisation se fait au nom des extrémistes qui y trouvent un terrain fertile pour encourager la haine et l’affrontement. Chez nous, fort heureusement, on est loin de ces comportements négatifs.

L’USMA, rappelle  Kader, est un club rassembleur qui a accueilli, à bras ouverts, des joueurs venus d’horizons divers, qui se sont épanouis dans un cadre de fraternité et d’amitié, comme Aissaoui, Rabet,  Atoui, Bellabes (MCO) Hannachi et Benkhalidi (Médéa) Mokdadi, Habbouche de Cherchell entre autres. Les supporters ont souscrit à ces arrivées qui ont indéniablement donné un plus au club.

Que sont devenus les cercles ?

Kader regrette que les cercles sportifs, lieux de rencontres, de convivialité et surtout point de chute des amoureux du club,, soient dans leur majorité fermés et la plupart dans un état lamentable. Sa brûlante interrogation ne trouvera peut-être jamais de réponse. En ajoutant «le rôle social du cercle n’est plus à démontrer, sa fermeture est vraiment dommageable, car il est le confluent de toutes les énergies et de tous les apports.

C’est aussi un lieu de rencontres, de concertations et d’informations sur la vie du club. En coupant ce lien ombilical, on l’a lourdement fragilisé, et hypothéqué son existence. Dans le domaine de l’imagination et la création, les supporters de l’USMA ont sûrement supplanté leurs footballeurs. C’est le plus du club de Soustara. Les banderoles confectionnées par les fans du club sont un modèle du genre.

Les chants entonnés comme des symphonies, admirablement exécutées par des centaines de gorges déployées, donnent, à travers  leur prisme, un aperçu de leur univers, de leur représentation, de leur vie mais aussi de leurs espoirs. La Casa d’El Mouradia c’est leur inspiration, qui a révolutionné le statut du supporter, qui a glissé vers la politique en tissant une véritable chronique, mélancolique, pathétique, mais terriblement vraie qui raconte les tourments d’une jeunesse jamais écoutée, mais qui garde malgré tout espoir de s’en sortir.

Les supporters usmistes ont tellement excellé dans leurs prestations qu’ils ont incité, lors du derby algérois, Son Excellence l’ambassadeur des Etats-Unis et son épouse portant, des écharpes aux couleurs des deux clubs, à assister à ce rendez-vous, les yeux rivés, moins sur le match que sur les galeries en fête.

Cette jeunesse dit avec force et humour que le stade peut être aussi un laboratoire passionné et passionnant, où la société se révèle avec ses espoirs et ses déboires. Le stade devient un repère, un symbole fort, un endroit idéal, parce que censé être neutre ni un lieu de domination, encore moins un lieu de pouvoir.

Bien avant leurs derniers exploits musicaux, les supporters de l’USMA avaient déjà défrayé la chronique, le 3 octobre 1988 lors du match USMA MCO (1/0) en s’en prenant rudement au pouvoir et au regretté président Chadli, auquel ils avaient collé toutes leurs misères.

Deux jours après, c’était l’explosion du terrible 5 octobre. En réalité, les stades étaient sous l’emprise des revendications bien avant cette date. Le président Boumediène en a pris pour son grade au stade du 5 Juillet en 1976, par des supporters de la JSK survoltés. Suite à quoi, il a dû recourir au changement de sigles des clubs, d’une manière plutôt grossière et  ridicule. Jeunesse électronique de Tizi, Sakakine Bordj Menaiel, Mouloudia Pétroliers, Solb el Kobba, Chabab mécanique.

Les supporters, commente Kader, avaient des «têtes» et chaque club avait la sienne. Ils s’identifiaient à leur club et réciproquement. Certains avant de devenir présidents sont passés par cette case à l’instar de Diabi (MOC) Boulahbib (CSC) Talbi(RCK) Boukelkal (OMédéa). Ceux-là et d’autres ont marqué leur passage dans les gradins, où le regretté Diabi s’y est illustré d’une manière tonitruante.

D’ailleurs, m’a raconté Fewzi Boubaha, ancien secrétaire général de la FAF, un jour,  Diabi en accédant à mon bureau a été attiré par une petite derbouka exposée. Vite happée, il ne résista pas à l’envie de tambouriner dessus, révélant un art jamais démenti qu’il affectionnait déjà dans les stades.

Parcours

Kader El Fertas est né le 28 mars 1956 à la Basse Casbah, (Zoudj A’youn). Il a fait des études en sciences exactes. A joué à l’USMA en cadets en 1973, puis à l’OMSE. A affronté le RC Kouba  en 1976, en coupe d’Algérie , alors qu’il était sociétaire de L’AS/BNA en fin de carrière. A exercé à Sonelgaz comme chef de section avant de prendre sa retraite. Marié et père d’une fille qui achève ses études à la Sorbonne.

  • Kader El Fertas est né le 28 mars 1956 à la Basse Casbah, (Zoudj A’youn). Il a fait des études en sciences exactes. A joué à l’USMA en cadets en 1973, puis à l’OMSE. A affronté le RC Kouba  en 1976, en coupe d’Algérie , alors qu’il était sociétaire de L’AS/BNA en fin de carrière. A exercé à Sonelgaz comme chef de section avant de prendre sa retraite. Marié et père d’une fille qui achève ses études à la Sorbonne

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