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vendredi, 04 décembre, 2020
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Said Tairi dit Said Kopa : ancien soigneur de la JSK et de l’équipe nationale : Notre foot est malade de ses hommes

09 juillet 2020 à 9 h 30 min

«La grandeur ne tient ni à la taille ni à la force. Elle vient du rayonnement de l’homme qu’elle habite et des actes qu’il accomplit.»  Paul Valery

 

Said Kopa, je le connais depuis au moins un demi-siècle. J’avais acquis, que cet homme qui arborait son affabilité habituelle avec cette volubilité toute méditerranéenne, était fait pour apporter sa touche originale, là où il intervenait. Combien de voyages avons-nous effectué ensemble dans le cadre de nos missions dans les fins fonds de l’Afrique.

Il nous reçoit chez lui à El Harrach, affaibli par la maladie et surtout affecté par la perte de son frère cadet Ali. Il a tenu quand même à nous livrer son message et nous entretenir cette semaine sur son parcours. Hier, dans la chaude ambiance familiale, aux côtés de son fils Rafik, j’avais le sentiment de tendre la main à ce passé heureux, en offrant l’une des plus belles pages du football national. On en a tremblé tous les deux d’émotions, car le football était dans la bouche de Saïd la clé de la vie, des êtres, des sentiments et des idées.

Quand il parle de la JSK, à laquelle il a consacré une bonne partie de sa vie, sur ses lèvres, les mots et les phrases se transforment en pierres précieuses, dont l’éclat éblouit et oblige à l’aimer. Saïd Tairi est né le 4 mars 1938 à El Harrach. Il a fait ses études à Belfort, puis il a joué au foot au Racing Club de Maison Carrée dont l’équipe faisait terreur dans son stade mascotte de Zevaco.

L’exil et le Royaume

Cet épisode ne dura pas longtemps, puisque Said largua les amarres pour la banlieue stéphanoise où il dégotta un boulot à Manu France, tout en évoluant dans un club, à l’ombre de la grande AS Saint Etienne, où Rachid Makhloufi brillait déjà de mille feux. Saïd y resta 7 ans, en nouant une solide amitié, jamais démentie avec le plus célèbre footballeur algérien de l’époque. «C’est là qu’un entraîneur français, ami de Rachid, m’a vu jouer et m’a comparé à Kopa, l’illustre attaquant de Reims et de l’équipe de France. Il en a les caractéristiques, la ressemblance, le physique et le jeu, a-t-il soufflé à l’oreille de Makhloufi.

C’est de là, qu’on m’a collé ce surnom qui me poursuit jusqu’à l’heure actuelle. D’ailleurs, peu de gens connaissent mon patronyme.» En 1968, Bousaad Benkaci l’intègre à la société nationale qu’il dirige, Sonelec. Deux années après, le regretté Khalef Abdelkader, alors président de la JSK, le recrute alors que l’équipe venait juste d’accéder en première division. Ce sera un long bail avec les jaune et vert, une lune de miel qui durera 32 ans, avec dans l’escarcelle 22 consécrations.

«Au départ, c’était une période exceptionnelle qui coïncidait avec l’entame de la reforme sportive qui, à mes yeux, a apporté le plus attendu sur le plan de la stabilité, de l’organisation, de la rigueur et de la sécurité des joueurs. Des moments intenses quand on a remporté la première coupe d’Afrique en 1981 à Kinshasa, en s’imposant à l’aller 4/0 et au retour 1/0 face au Vita Club et lorsqu’on a poursuivi notre ascension à Abidjan en ravissant la super coupe continentale à l’union de Douala en 1982.

Ce n’était que justice. Auparavant, j’ai participé aux JO de Moscou en 1980 et avec l’équipe nationale de football, à la finale de la coupe d’Afrique des nations perdue 3/0 à Lagos (Nigeria) en 1980. D’ailleurs, au titre de l’EN j’ai travaillé avec Khalef, et j’étais au mondial espagnol en 1982. L’année d’après, j’ai été très affecté par la mort de mon père Mohamed décédé en 1983. Je crois pouvoir dire sans forfanterie que le Jambo Jet a été la fierté de la JSK qui a fourni des épisodes de rêves pendant cette période avec Khalef Mahieddine qui ne transige ni avec la rigueur ni avec la discipline et l’apport du technicien polonais Ziwotko, qui a fêté dernièrement ses 100 ans et à qui je souhaite le meilleur. Il a bien accompagné la JSK qui lui est reconnaissante. Je persiste à dire que la reforme sportive que je n’ai jamais cessé de défendre a crée un environnement propice qui a permis au sport de rouler sur le bon rail.»

Une période exceptionnelle

Nous avons posé la question. Une comparaison avec le professionnalisme ? «Actuellement, il y a du bon et du mauvais, le bon, ce sont les moyens dont disposent les joueurs qui n’existaient pas à notre époque, de même que l’argent qui est plus disponible mais qui ne va pas hélas là où il doit aller. Le mauvais, il faut le chercher dans le comportement négatif des dirigeants. Pour une majorité, ils ont une large responsabilité dans le déclin de notre football qui n’est professionnel que de nom. Je pense que la JSK de ces dernières années a de l’avenir.

La JSK peut s’enorgueillir de son jeune effectif. Il n’a pas encore de l’expérience, mais elle viendra avec le temps, il faut savoir patienter. Mais dans la sérénité pas la confusion et le brouillard, il y a des gens autour du club dont le seul souci est de détruire. Le cou-rage, l’abnégation et parfois le stoïcisme dont a fait preuve Said des années durant, l’ont aidé à surmonter bien des épreuves, dont celle qu’il a vécue avec le président Hannachi avant son retrait définitif en 2002. «Je n’étais pas assuré et pas déclaré à la Caisse de retraite. J’ai déposé plainte et j’ai gagné le procès. Rétabli dans mes droits non sans avoir galéré pendant longtemps.

Toutes les démarches m’ont fatigué et ont finalement accéléré mon départ. A la fin Hannachi a reconnu son erreur. Après cela, plusieurs clubs m’avaient contacté, le CRB, l’USMA, la JSM Blida, la JSM Béjaïa. L’USM El Harrach du temps de Lefki, m’a supplié, en forçant sur la fibre affective du quartier mais sans que je ne cède, j’avais décidé de m’arrêter. Par intermittence, le regard de Said s’évade vers le ciel pour y implorer, je ne sais quel recours !

L’Afrique, cette inconnue

Véritable sanctuaire d’émotions refoulées, de sentiments dissimulés, tel est Said. Même son rire trahit sa fêlure, son ressentiment et sa colère. Ce qui en fait un personnage tragique, même si l’apparence est autre. La nostalgie des yeux de Said est insondable. On sent chez lui de la fraîcheur, une indicible jeunesse, malgré les aléas de l’âge et de la vie. Nous lui avons demandé de nous révéler l’autre facette de ses missions, celles de déjouer les plans ourdis, hors des terrains par les gris-gris et autres sorcelleries, bien en vogue dans les stades africains.

Je remplissais des bouteilles avec l’eau de mer que je déversais dans les vestiaires de la JSK pour annihiler les mauvais esprits de l’adversaire ; mais c’est surtout derrière le bois que l’acte est plus risqué. J’en rajoutais par des gestes bizarroïdes. Ce qui accentuait la colère du stade. Vous vous imaginez des milliers de voix hystériques en train de me vilipender et me vouer à l’enfer.

A un certain moment, je croyais que le ciel allait me tomber sur la tête, parfois je faisais semblant d’exécuter un rite ce qui suscitait un tonnerre dans le stade pensant que j’étais un sorcier. Mon autre mission c’était de faire le gendarme lorsque les joueurs étaient au vert, je leur confisquais les portables la veille du match pour ne les restituer qu’après la rencontre. Je veillais aussi à ce que certains joueurs ne fassent le mur le soir. En hiver ou en été, je demandais aux joueurs d’aller mouiller leurs jambes à la plage. Ils le faisaient sans rechigner.

En déplacement, avec la rigueur du froid glacial dans les vestiaires quand on effectuait des déplacements, les joueurs avaient peur d’être transis de froid. Un ami à moi de la famille Ziani d’El Harrach possédait une usine.

Il m’offrait des produits d’alcool et de vinaigre que je mélangeais et déversais dans les vestiaires en allumant une allumette, ce qui engendrait un grand feu autour duquel les joueurs formaient un cercle et se réchauffaient. Par ailleurs, j’ai inventé une méthode bien à moi en mixant du Syntol et de l’huile. Avec ce mélange, je frottais le ballon qui devient plus fuyant sur le gazon auquel nos joueurs étaient habitués mais pas nos adversaires, dont la maîtrise du cuir devient nettement plus problématique.

Pour l’ancien coach national et de la JSK, Mahiedinne Khalef, «Said était omniprésent, il était aux petits soins avec tout le monde. On a vécu des moments extraordinaires avec lui, il s’occupait de tout : de l’équipement, de la sécurité des joueurs qui l’estimaient, il faisait face aux situations les plus alambiquées avec un flegme et une assurance déconcertants. Il était un pion important dans l’échiquier de la JSK. Puisse Dieu accélérer sa guérison.

 

Parcours

Said Tairi est né le 4 mars 1938 à El Harrach dans une famille modeste originaire de Maâtkas (T.O.) mais qui a fait du travail son credo. Il passe son enfance dans son quartier où il effectue ses études. Adolescent, il évolue au Racing de Maison Carrée où il montre ses qualités footballistiques, mais c’est dans la région stéphanoise qu’il affûte son talent. Il se lie d’amitié avec Rachid Mekhloufi, vedette de l’équipe phare de St Etienne – Said y resta 7 ans. En 1968, il exerce à Sonelec sous la houlette de son directeur Bousaâd Benkaci, puis le regretté Abdelkader Khalef l’intégrera à la JSK en 1970 qu’il ne quittera qu’en 2002 avec quelques déboires, mais beaucoup de satisfactions !

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