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Mentouri Mohamed Salah. ancien Ministre, ancien président du COA et du CNES, dont il a démissionné : «Le statu quo les arrangeait…»

03 septembre 2020 à 11 h 00 min

Ce texte est élaboré sur la base du long entretien avec mon ami, le regretté Mohamed Salah Mentouri, dont la première partie a paru en mai 2010 dans les colonnes d’El Watan, quelques semaines avant sa disparition, le 4 septembre 2010. Demain, vendredi, ce sera le dixième anniversaire de sa mort.En hommage à la mémoire de ce grand homme aux multiples qualités, nous publions cette deuxième partie inédite.Égal à lui-même, ses propos, tranchants mais justes, sont toujours d’actualité. Il a vu venir la catastrophe et en bon patriote, il a prévenu, mais personne ne l’a écouté. Les bandes prédatrices qu’il a dénoncées n’ont eu de cesse d’essayer de le neutraliser, d’une manière lâche et sournoise. Il a fini par démissionner, le cœur lourd, mais l’âme en paix.

 

Tout autant plongé dans l’immédiateté que perché sur le passé avec ses déboires et ses heures de gloire, tel était Mentouri. Un clin d’œil à l’Histoire qui l’a tant fasciné et au présent qu’il aurait voulu moins pesant, plus agréable à vivre, avec moins de mirages et d’impostures !

Il était comme ça, celui qu’on appelait intimement Si Kamel, jaloux de sa liberté, de ses idées qu’il a défendues, bec et ongles, quitte à perdre sa place, mais pas sa dignité et son honneur auxquels il tenait comme à la prunelle de ses yeux. Esprit libre, Si Kamel mettait un soin particulier à faire cohabiter l’intransigeance et la générosité. Face au tumulte du monde et à ses convulsions, il opposait sa pondération, son savoir et ses convictions qui n’ont pas changé d’un iota ! Trait de caractère, ou trait de famille ? Les deux réunis, si l’on se réfère à sa famille qui a épousé la Révolution, imprégnée qu’elle était par le destin national.

Inféodé à aucune tutelle

«Les traits saillants de ma carrière ? Ce sont les caractéristiques représentatives d’une génération de cadres, ayant successivement partagé les espérances du combat de libération, puis conjugué dans leur diversité leur enthousiasme et leurs compétences pour construire l’Etat national, républicain, et enfin résisté au déluge intégriste et endigué ce péril. Je ne prétends pas pour autant incarner un échantillon standardisé de cette catégorie de cadres, aucune expérience n’étant, par définition, reproductible à l’identique.

C’est ainsi que j’ai eu, quant à moi, le privilège d’accéder, sans jamais les solliciter, à de hautes charges, auxquelles d’autres pouvaient légitimement prétendre. Mais pour en avoir refusé d’autres, tout aussi sinon plus prestigieuses, du moins selon une certaine critériologie, je me crois fondé à retenir de ces promotions gratifiantes à la fois un sentiment de légitime fierté et la satisfaction d’avoir accompli ces missions dans la dignité, l’honneur, la fidélité à mes convictions, sans être inféodé à une quelconque tutelle, ni subordonné aux centres occultes, dispensateurs présumés de nominations et promotions.

L’exercice n’est pas aisé à la sphère politique et du périmètre traditionnel de la haute Fonction publique. Confronté, comme d’autres, au dilemme sous-jacent à cette situation, n’étant quant à moi ni habité par le démon de l’ambition démesurée ni hanté par la soif du pouvoir, j’ai, en revanche, pu concrétiser mon aspiration constante d’accéder au rang d’un grand commis de l’Etat, aussi intransigeant que possible. Il va de soi que pour moi, ce statut ne comporte aucune charge négative.Il n’est pas exclusif de libre arbitre, ni antinomique de respect et d’épanouissement de la personnalité. Commis de l’État n’est pas synonyme de paillasson administratif !

Ce code de conduite, sans être mon lot exclusif, suppose le rejet de la soumission servile et de toute forme d’allégeance. J’ai la faiblesse d’imputer, dans ce registre, mon comportement à mon extraction et à l’environnement, dans lequel a baigné mon enfance», définissant ainsi sa trajectoire. Scrupuleux, Si Kamel l’était aussi bien dans l’exercice de ses fonctions que dans la vie de tous les jours. C’était un gagneur, et il le montrait dans les innombrables matches de foot organisés avec les amis, où la rigueur était toujours de mise. Sa passion pour ce sport était immense. Il n’y a qu’à se référer à ses cris de colère et ses fougueux emportements pendant les matches pour s’en convaincre, ou encore son passage au département des sports qui l’a marqué et qu’il aura lui aussi marqué, malgré son bref passage. Entier, il avait son franc-parler pour dire les choses dans leur justesse. J’ai eu à le constater lors de notre voyage en Chine en 1985, en mission officielle, avec mes amis, hauts cadres du MJS, Labed Rabah et Mostefa Chaour, sous la conduite de Si Kamel, alors ministre des Sports.

Là-bas, notre amitié s’est encore raffermie. J’ai eu à apprécier les qualités humaines de cet homme qui inspire l’empathie tant pour son honnêteté intellectuelle que par sa rigueur et sa propension à défendre ses idées progressistes quoi qu’il en coûte ! Viscéralement attaché à ses convictions, Si Kamel a pu éprouver la solidité de ses idées dans des actes palpables là où il est passé. Sa proximité avec Ali Zamoum, Belkaïd et Mohamed Saïd Mazouzi l’a encore renforcé dans ses louables postures malgré les vents contraires et les croche-pieds qu’il a su déjouer, par un acte courageux, en se retirant de ce milieu qui allait, quelques années plus tard, afficher l’étendue de ses méfaits, de ses dérives et de son désastre. Grâce à sa hauteur de vue, il avait déjà démasqué ce système dévoyé que ses promoteurs ne voulaient absolument pas assainir, comme le leur conseillait Si Kamel, en alertant sans cesse, sans toutefois se faire trop d’illusions ! Il ne supportait plus les asphyxies imposées et les impostures couronnées. Mais malgré tout, il y avait toujours chez lui un sourire en coin. Parce que c’était un homme engagé, il ne s’est jamais départi de son indépendance, de ses principes. Il abhorrait l’inculture, l’intolérance et l’inélégance. Et sur ce dernier point, il était intransigeant. Il donnait l’exemple en étant toujours agréable, tiré à quatre épingles ! Il détestait l’inélégance dans les comportements et dans l’apparence.Son passage au Conseil national économique et social (CNES) a fait des vagues au sein d’un pouvoir liberticide, rétif à la transparence.

Des rapports interdits de publication

Effectivement, le CNES s’est affirmé comme un acteur majeur de la scènce économique et sociale. Grâce à la pertinence de ses analyses sans complaisance ni négativisme racoleur, il a inspiré respect et considération. «Feue Baya Gacemi, m’évoquant dans le journal L’Express, me présente comme celui qui a donné au CNES ‘‘ses lettres de noblesse’’, ce que reconnaît même El Moudjahid du 12 avril 1999. Ce dernier ajoute : ‘‘Son indépendance, sa crédibilité, la qualité de ses travaux… consacrent le CNES dans l’édifice institutionnel du pays’’.» Les contributions balayaient l’éventail des enjeux et défis de l’heure. Le pays, contraint et inhibé par la crise multiforme, a dû subir les conditionnalités du FMI. Le CNES, conscient de la nécessité de cette épreuve, a cependant mis en garde contre les dangers d’un alignement définitif à la doctrine du FMI dont les thèses allaient être invalidées par les faits. Le programme d’ajustement structurel a été appliqué sans ménagement, parfois avec zèle : 400 000 licenciements, contraction de la demande sociale, sevrage en investissements publics…. El Moudjahid, déjà cité, écrivait que «le CNES a le double souci de protéger sa crédibilité et de placer l’intérêt national au-dessus de toute considération». «Dans cet esprit, j’ai proposé un ‘‘Pacte national de croissance’’, comme l’un des axes fondateurs d’un nouveau consensus national, l’ancien, issu de la lutte de libération, étant devenu caduc. Cette suggestion a accru la méfiance du gouvernement à l’égard du CNES, déjà tenu en haute suspicion pour son discours discordant et son rôle de veille et d’alerte. Je salue ici le rôle de la presse qui a contribué à diffuser les analyses et réflexions du CNES et à les cristalliser ainsi dans l’opinion.

Par ailleurs, je m’honore d’avoir été élu, en 2001, président de l’Association internationale des conseils économiques et sociaux (AICESIS), un hommage que j’ai ressenti comme destiné à l’Algérie. Cette trajectoire ascendante ne pouvait qu’exaspérer les partisans du statu quo anté et exacerber leur propension à l’autoritarisme et à l’éradication de toute aspérité. Les manœuvres dilatoires se sont multipliées sur fond de rétrécissement des espaces autonomes d’expression. Ces manœuvres ont pris la forme d’un projet visant à rendre les rapports du CNES non publiables, donc d’un impact nul, puis d’une annonce officieuse du renouvellement d’une partie de la composante du CNES. Ce renouvellement statutaire aurait dû être effectué depuis plusieurs années. Il n’est d’ailleurs toujours pas intervenu, 5 ans après, aujourd’hui. Ma démission m’a valu nombre d’hommages et de marques de considération. Elle a été saluée comme la rançon de la fidélité à des convictions fortement ancrées et de l’attachement à des principes solidement incrustés.»

«Je ne nourris aucun regret»

«Je ne nourris aucun regret quant à cette décision, n’ayant jamais été assailli par l’obsession du pouvoir. C’est ainsi que lorsque en 1999 mes amis du CCDR m’ont fait l’honneur de suggérer ma candidature à l’élection présidentielle, j’ai fait valoir ma très haute conception de cette charge, estimant ne pas réunir, quant à moi, toutes les qualités requises», indique Si Kamel. Esquive pour les uns, excès de modestie pour d’autres plus indulgents. «J’ajoute pour la vérité que je ne créditais cette éventualité d’aucune chance d’aboutir. De plus, je n’ai ni la vocation ni le désir de faire tapisserie ou jouer les utilités dans un scénario au dénouement préétabli. La fiction de l’alternance a fait long feu et s’est réduite à sa dimension spatiale, territoriale, nécessairement restrictive, même si elle répondait à une attente diffuse. Mais le régionalisme ne peut être assimilé au cholestérol. Il n’y a pas un bon et un mauvais régionalisme.

Cette pratique est à tous égards condamnable et négative. La reconstruction du pays postule la préservation et le renforcement de la cohésion nationale fragilisée. L’édification d’une nation moderne et solidaire suppose le plein épanouissement de toutes ses compétences, l’émergence d’espaces affranchis et la recherche apaisée d’un nouvel équilibre institutionnel, capable d’en garantir la pérennité. Il ne s’agit pas là d’imprécations angéliques ou d’incantations souvent ressassées ad nauseam, mais d’une conviction profonde, d’un credo comme résultat de mes observations et de mes réflexions personnelles. Un développement durable, équitable et harmonieux du pays doit être fondé sur des bases consensuelles, bannissant l’étroitesse, le sectarisme et l’hégémonisme. J’ai toujours été fidèle à cette conception durant toute ma carrière. J’ai évoqué mon parcours personnel, avec la crainte de ressortir des clichés d’archives pour des mémoires défaillantes. Je peux me féliciter d’avoir accompli les missions qui m’ont été confiées avec rectitude et loyauté, et j’espère une certaine réussite, mais sans perdre mon âme, ni renoncer à ma personnalité, ni aliéner ma liberté d’expression. J’espère pouvoir mériter ainsi le respect de mes amis et la fierté de mes enfants et parents.

Ceci dit, je reste confiant en l’avenir du pays, même s’il est traumatisé par les dérives prédatrices récurrentes et qu’il laisse l’impression d’être quelque peu chloroformé par l’aisance financière actuelle de l’Etat», dira-t-il en guise de conclusion.

 

 

Parcours

Naissance le 9 avril 1940 à Hamma Constantine, dans une famille originaire de Ferdjioua. Diplomé de l’Ecole des hautes études commerciales, licence en droit, DES en Sciences économiques. Membre de l’OCFLN et de l’UGEMA. DG de la Sécurité sociale de 1970 à 1980. Secrétaire général au Secrétariat d’Etat et ministre de la Formation professionnelle. Vice-ministre des Sports, du Tourisme. Président élu du Comité olympique algérien entre 1984 et 1989. Ministre du Travail et des affaires sociales en 1991, puis ministre de la Santé et des affaires sociales. Elu président du CNES le 7 decembre 1996, il en démissionne le 3 mai 2005. Il décède le 4 septembre 2010 et repose à El Alia.



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