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mercredi, 19 décembre, 2018
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Mohamed Messaoudi. Ancien joueur de l’équipe nationale, de Hadjout et du Mouloudia d’Alger

Le «Gaulois» qui subjuguait les foules

29 novembre 2018 à 11 h 00 min

«Le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités.» Albert Camus

On le surnommait Messaoudi le «Gaulois», à cause de ses bacchantes qui dominaient son visage rond, lui donnant un violent air de méchant, ce qui, bien sûr, ne reflétait pas la réalité, tant l’homme est d’une gentillesse remarquable. Aujourd’hui, si la moustache moins fournie a blanchi, l’œil est toujours pétillant, limpide et malicieux derrière ses lunettes. L’homme ne regrette nullement son passé de sportif accompli.

Joueur vedette de l’O Marengo, déjà bien avant l’indépendance, il a gagné ses galons par la suite, en intégrant l’équipe nationale en 1963 en qualité d’inamovible défenseur. Et, cerise sur le gâteau, il eut les faveurs du prestigieux Mouloudia d’Alger dont il fut l’élément clé en défense.

A 83 ans, malgré une mémoire capricieuse, souvent oublieuse, il continue de vivre sa passion, de loin certes, car la flamme n’est plus la même. Quand bien même voudrait-il s’en passer qu’il ne le pourrait pas, tant Mohamed respire le foot à plein nez.

Dans sa boîte à souvenirs qu’il est allé convoquer pour nous dans son domicile, entouré de sa famille, Mohamed a trouvé les ressorts nécessaires pour nous conter son parcours avec ses heurs et ses malheurs, ses joies et ses regrets, comme cette frustration qui ne l’a jamais quitté, celle de ne pas avoir eu le plaisir et le privilège de jouer contre Pelé, étoile montante du football brésilien et mondial, dont l’équipe était en tournée en Algérie en 1965.

Cette privation est due à une suspension alors qu’il était au summum de sa forme. L’histoire, réduite à la caricature , relayée par la rumeur et le monde sportif ici à Hadjout, est brandie comme un trophée, un pied de nez à l’ injustice. On dit que c’est Ben Bella en personne qui est à l’origine de la suspension de Messaoudi, pour une durée de deux ans, à cause des graves incidents dont a été l’objet le stade de Hadjout.

Ce triste épisode est développé ci-dessous à travers deux grands derbys de la Mitidja qui se sont terminés en queue de poisson. Le 9 décembre 1962, à Marengo, l’USMM recevait l’USM Blida, l’arbitre, Ahmed Khelifi, a arrêté le match à 10 minutes de la fin à la suite de graves incidents, dont le joueur de l’USMM, Miranon, a fait les frais en étant sérieusement touché au visage et dont le seul tort était d’être Européen, à la 80e minute.

Ce défenseur voulait dégager la balle, quand Begga lui a assené un coup de tête par derrière. C’est la confusion et une marée humaine envahit le terrain qui s’acharne sur Miranon, qui est conduit à l’hôpital dans un état très sérieux. Après la fin de la rencontre, notait Alger Républicain, le ministre, M’hamed Yazid, le président de l’USMB, le docteur Hadji, ainsi que le capitaine de l’équipe, Chellane, rendent visite au blessé à l’hôpital pour lui présenter leurs regrets.

Une suspension historique

L’autre scandale eut lieu le dimanche 26 janvier 1964 lors du match USMM-WAB (0-0), à l’issue duquel, l’équipe de Hadjout a été suspendue durant la saison, elle ne joue pas le dernier match de l’aller et tout le retour, mais échappe à la relégation. Ce match a fait couler beaucoup d’encre et a causé la suspension de Messaoudi, citée plus haut.

Mohamed n’a connu que deux clubs, celui de sa ville natale, qu’il rejoignit en 1947, lorsqu’il signa sa première licence en cadet au sein du club européen, l’O Marengo.

Il a gravi les paliers pour en devenir une des pièces maîtresses, après il endossa les couleurs de l’Union sportive musulmane de Marengo peu avant le déclenchement de la lutte de libération, pour y rester jusqu’à l’arrêt décrété par le FLN en 1956.

En somme, un palmarès riche, terni quelque peu par la réputation peu glorieuse d’«équipe brutale», qui ne lésine pas sur les moyens musclés pour s’imposer.

«Ce n’est que de la propagande. On jouait viril, certes, mais jamais on ne dépassait les limites de la correction», explique Mohamed, non pour se justifier, mais pour rétablir la vérité.

«Il y avait des matchs explosifs, comme les chocs entre le Gallia et Marengo, c’était la rage de vaincre des deux côtés, des matchs ‘‘dardik’’, où on ne se faisait pas le moindre cadeau. On jouait sec, moi personnellement je taclais fort mais toujours dans les limites des règles admises.»

Après l’arrêt imposé par le FLN, Mohamed entra dans la militance qui lui valut d’être interné dans le camp de Tefeshoun, où, parmi les codétenus, d’autres sportifs, à l’image de Hamid Bernaoui, Mohamed y passa deux longues années, à sa sortie à la fin des années 1960, Mohamed raconte qu’il avait aidé le fidaï Rouab, auteur du tir sur l’inspecteur de police Gonzales : «Avec ma voiture, je l’ai emmené au maquis.

Au retour, je me suis trouvé nez à nez avec les soldats qui avaient dressé un barrage. Ils m’avaient laissé passer, après avoir cru à mon argumentaire, je leur avais dit que j’étais au cimetière pour me recueillir sur la tombe de mes parents.»

A l’indépendance, Mohamed a eu l’honneur de revêtir le maillot national : la première fois le 6 janvier 1963 au stade municipal des Annassers, où la sélection nationale prit le meilleur sur la Bulgarie grâce à deux buts de Zitouni Abdelghani et Meziani Abderrahmane.

Ce jour-là, Lalmas avait sorti un grand match, prélude à ses exploits futurs, les regroupements se déroulaient à Sidi Moussa, moins sophistiqué que le cadre actuel, bien sûr, sous la houlette des entraîneurs Khabatou, Ibrir, Firoud et Bentifour. On a aussi gagné contre l’Allemagne en 1964 par 2-0. C’est cette même équipe qui s’inclina en Coupe du monde, quelques mois après, contre l’Angleterre.

Au lendemain de l’indépendance, il n’y avait pas encore le championnat tel qu’il existe aujourd’hui. C’était le Critérium qui réunissait les meilleurs des trois régions. «Je crois que ma sélection en équipe nationale, je la dois à mes qualités techniques et physiques que j’ai développées grâce à une hygiène de vie exemplaire, d’autant que je n’ai jamais été attiré par les produits illicites et interdits ni par la cigarette».

L’Allemagne, déjà en 1964

«Il savait se sortir des pires situations. Et pour le spectacle, on admirait ses chevauchées et ses coups de ciseaux, sa petite taille lui permettait d’être bien sur ses jambes», témoigne le docteur Kerfa Maâmer, enfant de la ville.

Il faut noter qu’avant de renouer avec le foot à Hadjout, juste après l’indépendance, De Perne, qui tenait une briqueterie ici et dont le directeur n’était autre que Messaoud, fit une offre alléchante à ce dernier en lui proposant d’aller monnayer ses talents du côté d’Avignon.

Mohamed n’en tint pas compte, préférant rester au bercail et à l’USMM, son club de cœur. «Il y avait les frères Maroc, ils étaient trois, mais c’est M’hamed qui tirait son épingle du jeu. Dommage, il n’a pas su gérer son après-carrière. Il était très doué, comme d’ailleurs le regretté Ali Hamadouche, qui fit par la suite les beaux jours du RC Kouba avec Touta.»

Mohamed s’est dit ravi d’avoir joué contre Lalmas, son ami, et aux côtés de Omar Betrouni, qui venait, à moins de 18 ans, de faire ses apparitions en équipe fanion.

Betrouni renvoie les mêmes éloges à son aîné, équipier au MCA et en équipe nationale. «Je me rappelle qu’au milieu des années soixante, nous avions joué ensemble avec la sélection à Casablanca. Mohamed est un gars extraordinaire, c’était un grand frère pour moi.

Au Mouloudia, il s’est vite intégré au groupe grâce à son talent. Il était rapide et avait une détente exceptionnelle malgré sa petite taille, il était solide comme un roc. Au plan de la mentalité, c’était un exemple de droiture et d’honnêteté.»

Quant à Omar Si Chaïb, ancien demi des Vert et Rouge, bien qu’il ne l’ait pas connu comme coéquipier, il en garde une image positive. «Vous savez, il n’est pas aisé d’intégrer un grand club comme le MCA, surtout lorsqu’on vient d’une équipe moins huppée.

Mohamed s’est imposé grâce à son talent mais aussi en raison de son comportement irréprochable. Il est vrai qu’à l’époque, les valeurs de rejla, de nif étaient des constituants de la personnalité, valeurs, qui se sont, hélas, diluées pour pratiquement disparaître.»

Le foot a changé

Mohamed renoua avec sa ville et son club qu’il fit accéder en division supérieure après son intermède mouloudéen à la fin des années 1960 en qualité d’entraîneur-joueur.

A la question de savoir si le football algérien actuel lui inspire quelque chose, Mohamed esquisse une moue qui en dit long et qui vaut tous les discours.

«Vous parlez de foot professionnel, alors que c’est un marché sauvage où les valeurs qui étaient les nôtres n’ont plus droit de cité, avant c’était un plaisir, désormais ce n’est plus qu’un vulgaire business», tranche-t-il. «Je préfère rester sur mes anciennes images, jalousement gardées dans ma mémoire.»

On voit que Mohamed vit aujourd’hui encore sur le stock de passions qu’il a accumulées lors de son enfance et de son adolescence, il sait que si le foot n’est qu’ombre et lumière, qu’il a progressé sur le plan des moyens et de la technicité, il a, en revanche, chuté sur le plan moral.

Le modèle économique a changé du tout au tout, mais tout compte fait, le foot reflète, en réalité, la marche du monde, même si elle est déréglée. On voit qu’avec Mohamed et sans doute avec beaucoup d’autres, la capacité à ressentir des émotions n’est plus ce qu’elle était et s’affaiblit avec le temps. On n’est toujours qu’un nostalgique de sa jeunesse.

– Parcours

Mohamed Messaoudi est né le 30 janvier 1935 dans ce grand village colonial qu’est Marengo. Il y effectua de brillantes études secondaires et fut happé par la passion du foot dès son jeune âge. A 12 ans, il est déjà cadet à l’OM, où il fit carrière, avant de porter les couleurs de l’USMM.

Mohamed joua en équipe nationale, au lendemain de l’indépendance, et au Mouloudia d’Alger. Il est marié et père de 7 garçons et 5 filles. Il coule une retraite tranquille au milieu des siens dans la ville qui l’a vu naître.

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