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mercredi, 19 décembre, 2018
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Mehdi Cerbah. ancien joueur de l’équipe nationale, du l’USM ALGER, de la JSK et du RCK

Le foot professionnel à l’algérienne est un gag !

06 décembre 2018 à 9 h 00 min

«La vérité est comme l’eau froide qui fait mal seulement aux dents malades.» (Nicolas Iorga)

Depuis tout petit, il avait des prédispositions pour le football qui l’attirait. Il l’aimait et le pratiquait comme tous les gosses de son âge, sur les terrains vagues, véritable école, qui étaient légion à l’époque.

Aussi, à 13 ans, en 1966, à l’instigation de Boudjemaa Tayeb, bien connu pour avoir été un formateur hors pair à Hydra, Mehdi est déjà structuré au Rama, où en cadets il émergeait du lot. Cette posture, ajoutée au surclassement médical, lui permettra d’être incorporé en seniors.

Mais le costume étant petit et l’appétit plus grand, ce n’est ni plus ni moins que la grande USMA qui l’accueillera grâce à un coup de pouce d’un fan du foot Ammar Zeghdoud, avec laquelle Mehdi, malgré son jeune âge, compte parmi l’équipe fanion avec un autre équipier du même âge Réda Abdouche aux côtés des chevronnés Belbekri, Bernaoui, Krimo, Guitoune, Meziani et les autres.

«Je me souviens que contre l’ESS à Bologhine, on avait gagné par 3-1, j’avais joué contre la prestigieuse Entente des Gagaa, Salhi, Gherzouli, Mattem , Koussim, après avoir remporté en semaine la coupe d’Algérie juniors contre le RCK par 1-0. Pour la petite histoire, dans cette catégorie, j’étais drivé par Ahmed Zitoun aux côtés duquel j’évoluais en senior.

C’est au cours de cette année 1972 que j’ai été contacté par la JSK et son boss Abdelkader Khalef, toujours par le biais de Ammar Zeghdoud.

Cette équipe qui venait d’accéder en 1972 était entraînée par Popescu, un Yougoslave qui avait fait les beaux jours du Partisan de Belgrade et dont la carte de visite était fort impressionnante. Ce coach d’envergure n’a pas hésité à m’introniser en seniors au vu de mes qualités, malgré mon jeune âge. »

A 16 ans déjà…

La belle aventure pouvait commencer agrémentée d’un passage en équipe nationale militaire intégrée lors de son service national au CMEPS sous la houlette de Rachid Makhloufi qui en fit l’équipe nationale tout court pour remporter l’épreuve de JM en 1975, à l’issue d’une finale époustouflante contre la France. «C’était une expérience enrichissante avec les Draoui, Keddou, Naïm, Menguelti, Ali Messaoud et consorts.

A la JSK, école de la rigueur et de la discipline, on se sentait vraiment en famille.» A l’époque, Abdelkader Khalef, l’architecte du renouveau, a permis à la JSK de devenir un club qui gagnait des titres et qui a su se faire connaître et respecter sur la scène africaine. Puis, ce seront les Jeux africains de 1978 et une autre distinction dans le tournoi de football.

Dans cette compétition, l’Algérie va s’enorgueillir de l’émergence d’une nouvelle vague de footballeurs très doués, dont Assad, Madjer, Belloumi, Bencheikh, Merzekane, etc., qui se feront notamment remarquer lors des JM de Split en 1979. Peu avant cette compétition régionale, Mehdi avait fait un essai concluant au FC Metz sous la direction de Jean Snella. «J’étais retenu dans l’effectif professionnel, mais je n’y avais pas le droit du fait qu’il y avait déjà deux étrangers sur place.

Metz m’a cédé à Thionville qui évoluait en deuxième division, j’étais sur le point de signer lorsque la FAF m’a convoqué pour Split, à partir de laquelle j’ai rallié Alger pour ne plus repartir en France.» Durant l’année 81-82, Mehdi joue presque tout l’aller à la JSK. «On a gagné à Mascara par 1-0, mais j’avais décidé de mettre un terme à ma carrière à cause d’un différend qui m’a beaucoup marqué et peiné à l’époque.»

Cet épisode, Mehdi l’a ressenti comme une grande frustration, lui qui ne supporte pas les injustices et qui n’a pas l’habitude de se laisser marcher sur les pieds. «On était au cœur des préparatifs de la Coupe du monde 1982 en Espagne. Surpris par ma décision, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Djamel Houhou, m’a demandé d’aller jouer avec l’EN à Khartoum, en m’assurant de me trouver un club à mon retour.

C’est lui qui m’a placé au RCK, où je suis resté 4 ans en remportant le titre en 1981. Kouba, c’était une équipe sympathique, une ambiance conviviale et un président, M. Djermane, très brave homme. Zerar, le coach était un bon pédagogue.» Puis vint la grand-messe de la Coupe du monde avec la prouesse des Verts qui ébranla Gijon et secoua l’Allemagne dans ses certitudes.

«On était sortis de l’anonymat, et les sollicitations ne manquaient pas. Personnellement, Betis m’a contacté. Comme on était assujetti à l’autorisation de sortie, Hadj Sekkal, alors président de la FAF, n’a pas donné suite à la demande des Sevillans.

C’est comme ça qu’ils ont pris un Yougoslave à ma place. Je suis resté quelque temps en France, en m’entraînant au PSG, pris en charge par mon ami Mustapha Dahleb, avant de répondre à l’invitation de Manic de Montréal où j’ai signé un contrat de deux ans.

Il y avait trois clubs canadiens qui participaient à la compétition de la Ligue nord-américaine, dont les fameux clubs Yankees, Cosmos de New York, Tort lorderal, Tulsa, etc. Il y avait des joueurs de renom tels que Gerd Muller, Bettega, Chinaglia, Von Beveren.

J’y ai passé 15 mois, jusqu’au décès de mon regretté père Mohamed, je suis rentré en urgence en résiliant mon contrat et en retournant au RCK où j’ai évolué de 1984 à 1988.» Mehdi y est même entraîneur des gardiens lorsque Benzekri tenait la barre technique.

Puis, ce sera une virée à l’USM Blida, retour à l’EN où il exercera la même fonction, ensuite la JSM Béjaïa avant la grande aventure aux pays du Golfe en 2001. D’abord au Nasr Arabie Saoudite, puis Al Jazira des Emirats arabes où il restera 3 ans.

Ce sera ensuite au tour des clubs du Nadi Rayane et Al Saaddu Qatar de s’offrir les services de Mehdi qui y restera 8 ans jusqu’en 2014.

«C’était une aventure positive, j’y ai découvert des clubs organisés avec des infrastructures adéquates pour le haut niveau, le seul handicap, c’est le climat, ce qui complique la récupération des joueurs.»

Mehdi s’était déjà mis en tête que rien ne s’accomplissait sans beaucoup de travail. De l’inspiration certes, mais énormément de transpiration.

C’est pour cela qu’il est connu pour être un forçat de l’effort, un bosseur.
On le voyait souvent après les rencontres officielles, alors que ses camarades harassés rentraient aux vestiaires, lui continuer d’autres exercices en solo.

Sans doute s’était-il résolu que le dépassement de soi était une exigence et que chaque exercice requérait une somme considérable de sacrifices. «Je m’entraînais beaucoup plus que les autres. Dès que j’avais un temps libre, je le consacrais à l’entraînement.

Ces dernières années, je confortais mes connaissances grâce à la vidéo et les précieux conseils prodigués par des coaches de haut niveau. Il faut avouer qu’il n’y avait pas d’autres alternatives pour évoluer et améliorer sa situation physique et sociale. Il y a la vocation, mais aussi la chance», suggère-t-il.

Talent, sérieux et exigence

«Cerbah était incontestable parce qu’il possédait la technique la plus aboutie, meilleure que celle des autres. Il anticipe, lit très bien le jeu. Il dégage une vraie puissance avec beaucoup d’explosivité», nous avait confié un de ses équipiers.

Mehdi complète : «J’étais autoritaire dans ma surface et très écouté par mes partenaires. A contrario, je suis du genre anxieux, qui donne trop d’importance aux futilités qui ne valent pas grand-chose. C’est peut-être à cause de cela que j’ai commis quelques bévues.»

Exigeant, sévère envers lui-même et envers les autres, autant dire que la situation actuelle du football algérien ne l’enchante guère. «Sans lui lancer des fleurs, notre génération travaillait beaucoup et cherchait toujours à se perfectionner. Il y avait de grands joueurs qui parlaient peu et qui ne cherchaient pas la notoriété.

C’est cette dernière qui venait à eux. Actuellement, les joueurs parlent tous azimuts, ils sont presque tous obnubilés par les médias, alors que c’est le contraire qui doit en principe se produire. Le joueur actuel joue à l’instinct individuel. Les médias titillent les ego des présidents de club qui sont devenus des vedettes et qui accostent les journalistes à chaque coin de rue.

De notre temps, le président respectable et respecté n’intervenait publiquement que très rarement.» Quant au professionnalisme tel qu’il est conçu chez nous avec toutes ses dérives, Mehdi le juge sans prendre de gants.

«C’est un pavé jeté dans la mare. Ce n’est pas une erreur de casting ou du concepteur, mais un gag ! Pratiquement presque toutes les conditions objectives sont absentes, telles que les infrastructures, les statuts des clubs et leur organisation, leur stabilité, leurs fonds et les prérogatives des uns et des autres.

Même le métier d’entraîneur est galvaudé, on constate que l’argent a pourri le football, je ne suis pas contre le paiement des joueurs à coups de millions, mais il faut considérer le joueur à sa juste valeur, certains ont un niveau très contestable.

Il en est de même pour les entraîneurs, dont des étrangers qui sont ramenés avec tambour et trompette mais qui ne font pas de résultats et repartent sans rendre de comptes et sans susciter la moindre réaction des dirigeants, ils ont pris le paquet mais n’ont rien donné en retour.

Où va-t-on ainsi ? Et puis, regardez cette valse des entraîneurs qui dépasse l’entendement, alors qu’on n’en est qu’à la moitié du championnat.

Qui se soucie de la stabilité ? Sans parler de l’immixtion effarante des dirigeants dans les affaires techniques, c’est le technique qui doit primer sur l’administratif et non le contraire. Il est dit que la loi doit être appliquée dans toute sa rigueur, que voit-on dans la réalité ? On l’applique au gré des humeurs et à la tête du client.

De plus, on nous saoule continuellement d’histoires graves, que l’actualité nous assène comme des uppercuts sans que personne ne veuille rasséréner l’opinion sportive.»

Belmadi est à encourager

Concernant l’équipe nationale, Mehdi se dit content qu’il y ait un coach algérien à la tête de la sélection. «Belmadi est à sa place, je l’ai connu en tant que joueur et entraîneur au Qatar et il doit être aidé et ne pas se sentir seul. Personnellement, je lui souhaite de réussir.»

Dans son diagnostic, Mehdi semble nous dire : «Je ne suis plus de ce temps, mais d’une époque où on ne se comportait pas comme ça, une époque de loyauté, de fidélité et de durée.» «On ne se permettait même quelques écarts dans notre comportement très sérieux.» Il nous livre en guise de conclusion une anecdote :

«Vivre en groupe nécessite une dose de sacrifices et de concessions pour faciliter le vivre-ensemble.» Mehdi raconte que les regroupements n’étaient pas toujours de longs fleuves tranquilles : «Des fois, on se révoltait contre la rigidité imposée lorsqu’on sentait nos libertés brimées, il y avait un garde matériel qui était constamment devant la porte de l’hôtel.

Le staff l’avait mis là pour surveiller les entrées et sorties des joueurs, c’était l’œil de Moscou, personne n’osait l’approcher. Un jour, pour le faire fuir de son poste de garde, on l’a bombardé à partir de l’étage d’ananas qui n’ont pas eu raison de sa perspicacité.

Malgré les coups reçus, tenace, il est resté impassible, cloué à son poste, hna ymout Kaci ; on n’a pas réussi à l’éloigner pour pouvoir sortir prendre l’air hors de l’hôtel.» Après, tout confus, il est allé raconter sa mésaventure au staff.

 

Parcours :

Cerbah est né le 3 janvier 1953 à Alger-Centre. Attiré très jeune par le football, il entama une carrière riche avec un palmarès enviable. Il débuta sur les terrains vagues et gravira grâce à son talent tous les paliers en côtoyant des équipes modèles comme l’USMA, le RCK et la JSK avec lesquelles il connut beaucoup de joie.
Son parcours international est aussi empreint de moments inoubliables, il aimerait que notre foot retrouve son lustre d’antan, c’est pourquoi il en parle avec sévérité mais aussi avec beaucoup de passion.
Mehdi est marié et père de 5 enfants.

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