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Hansal Mohamed. Ancien arbitre international de football

«J’ai eu une carrière riche et accomplie»

07 novembre 2019 à 9 h 00 min

«Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre» (De Coubertin)

Il est de ces hommes que l’âge ne semble pas avoir affecté. Ses traits, certes, se sont aiguisés, son corps est toujours aussi bien sculpté par la grâce du sport. Il a gardé la même forme, due à une discipline impeccable. De la marche, régulièrement, une alimentation équilibrée et saine, et une hygiène de vie qu’il a adoptée très jeune.

Casquette bien vissée sur la tête, en survêtement, il nous reçoit dans le quartier de Gambetta, à Oran. Son énergie est intacte, adossée à un instinct de la réussite, fondé sur une philosophie de la vie très simple, très pragmatique : «Le travail, le sérieux et ne jamais abandonner face à toutes les adversités.»

C’est dit sur un ton sûr et rassurant. Le seul plaisir qu’il s’est autorisé dès sa prime jeunesse est le football. Hansal Mohamed, 72 ans, ancien arbitre international parmi les plus marquants, nous raconte sa vie. «C’est au lendemain de l’indépendance que j’ai acté mon bail avec la foot, en signant ma première licence à l’USM Oran, avec comme entraîneur Adjali Houari, journaliste sportif et à qui je dois beaucoup.» Mohamed avait déjà affûté ses armes en juniors à l’Union Sportive Verrerie d’Afrique du Nord. «Je n’y ai pas fait de vieux os. J’ai joué un match de coupe d’Algérie avec cette équipe contre l’Espérance de Mostaganem à Arzew.

J’ai été expulsé par le regretté Toto Hasni, arbritre fédéral, car j’étais agressif dans la conquête du ballon. J’avais été suspendu.» C’est peut-être cette péripétie qui allait lui ouvrir la perspective de l’arbitrage. «Un jour, j’ai assisté à un match au stade Habib Bouakeul à Oran où il y avait l’ASMO dans le cadre du critérium. Il y avait un arbitre, Belgherbi, qui n’a pas fait carrière, qui m’a orienté vers l’arbitrage et la Ligue d’Oran pour suivre des cours. La Ligue était dirigée à l’époque par Benbassal Benaouda, directeur régional des PTT. Il y avait Kouider Benzellat, arbitre de renom reconnaissable à sa ‘‘chéchia’’ Ghalem, Hadj Houari, membre de la ligue.»

Débuts précoces

Son début officiel dans la compétition, Hansal l’inaugura au début de l’année 1965. A dix huit ans ! Il a dirigé la rencontre opposant le journal La République à Misserghine, sur le terrain de Boutlelis. «Au cours de ce match, il y a eu la venue inopinée de Hadj Ghalem et son collègue Agaag pour me superviser. Ils avaient apprécié ma prestation. J’ai passé tous les examens avec succès. Benzellat me suivait et m’orientait. Mais mon véritable examen, je l’ai subi en match interligues, entre le MC Saïda et le WATlemcen. Comme examinateur, il y avait le célèbre arbitre Hadj Ahmed Chekaïmi.

Il était membre de la CCA qui siégeait avec la FAF, à la rue Khetabi à Alger, dans un appartement. J’ai tapé dans l’œil du prestigieux superviseur et de suite la commission m’a désigné au stade Mohamed Guessab pour un explosif ESS-NAHD, constellé de vedettes : d’un côté, Ouchen, Akak, Khedis, Fergani, et de l’autre, les frères Salhi, Griche, Khalfa, Cheniti. Ce grand match s’est terminé sur le score de 1-1 avec deux avertissements pour Cheniti et Fergani.»

En 1977, Mohamed a été promu au grade d’international. C’est ainsi qu’il flirta avec les grandes manifestations, comme la Coupe du monde juniors à Tokyo en 1979 avec l’équipe nationale des Yahi, Menad, Chaïb, Osmani et un certain… Maradona pour l’Argentine qui allait s’avérer l’un des meilleurs joueurs du monde. En 1983, il officia la finale de la Coupe d’Afrique au Ghana entre Kumasi et le Ahli du Caire aux côtés de Mimoun et Medjiba. En 1984, il prit part aux Jeux méditerranéens au Maroc.

L’arbitrage, une passion

Ceux qui se plaignent de son franc-parler comptent parmi les gens qui ne veulent pas bouger, qui veulent préserver leurs privilèges, non sans un amer goût de jalousie. Assurément, sa rugosité, sa manière de dire les choses crûment ne plaisent pas à tout le monde. Il s’autorise, à mi-voix, des blagues ou des anecdotes sur des faits qui l’ont marqué. «Par exemple, lorsque j’ai été désigné nominativement, en 1986, par la Fédération internationale du sport universiatire pour aller officier à Kobé, au Japon.

Issad Dhomar, alors président de la FAF, m’a enlevé de la liste pour mettre un autre. Cela m’a vexé. J’avais déposé ma démission, victime d’une flagrante injustice, mais la CAF avait refusé en me désignant à la Coupe du monde de Mexico. J’ai continué ainsi, en participant à des compétitions au Maroc pour les éliminations de la Coupe du monde juniors (1987), au Chili et en Italie (1990) pour la Coupe du monde. En 1988, j’ai arbitré un match épique CSC-ESS au stade Hamlaoui. Aribi coachait l’Entente.

A 3 minutes de la fin, alors que l’équipe hôte était menée, il y a eu un envahissement de terrain incroyable. La partie a été arrêtée. On a craint le pire tant la violence était exacerbée. Un journal avait mis ma photo en écrivant que j’avais échappé de justesse à la mort. Ma mère, qui a su la nouvelle, était dans tous ses états et a développé un diabète. Paix à sa belle âme. C’était au mois de Ramadhan. On est partis par route. C’était éprouvant. Le retour encore davantage.»

Le foot, malade de ses hommes

Discret, réservé, on a l’impression que son regard n’est vraiment attiré que lorsqu’il parle de foot et plus singulièrement d’arbitrage. «J’ai activé jusqu’en 1992, date à laquelle j’ai mis un terme à ma carrière internationale (limite d’âge oblige) Dans son parcours, il s’est imposé comme un arbitre respectable et respecté, qui n’avait pas peur d’aller au «charbon» et qui s’acquittait généralement convenablement de ses missions, parfois «kamikazes».

«Moi, je n’ai pas d’ennemis, que ce soit au niveau des dirigeants, des supporters ou chez les journalistes. La CCA me faisait confiance. La preuve, j’ai arbitré deux matches à Oran MCO-JSK où j’ai «commis» le sacrilège d’expulser le grand Miloud Hadefi qui avait fauté. Je n’ai tenu compte que de mon intégrité et de mon honnêteté. Cette histoire me poursuit jusqu’à aujourd’hui, où on me la ressort chaque fois ! J’ai aussi arbitré à Oran le choc MCO-CRB. Ce dernier club a gagné aux tirs au but grâce à un excellent Abdallah Elam ! J’ai arbitré 3 finales de coupes d’Algérie !»

Il nous raconte des choses de sa vie sportive, en faisant défiler plus d’un quart de siècle de souvenirs les uns roses, d’autres moroses. Modeste, il est resté le même, tel qu’on l’a connu, car il sait d’où il vient et il n’a pas l’intention de changer ou de le dissimuler. En tous cas, il n’est pas du genre à traîter les autres de haut. A intevalles réguliers, il répète : «L’arbitrage, c’est devenu ma passion, et la passion ça éteint tout le reste !»
Le match le plus important qui l’a marqué en tant qu’arbitre ?

«Tous les matchs sont importants, mais il y en a un qui est resté gravé dans ma mémoire. C’était en quart de finale de coupe d’Algérie, en 1983, au stade du 5 Juillet entre le MCA et la JSK (3-2) devant 100 000 spectateurs. Une rencontre époustouflante ; un match-poursuite qui nous a tenus en haleine, même moi qui arbitrais.» Souvenir amer que celui de sa candidature à la LOFA en 1994, où l’urne l’a choisi mais la tricherie en a décidé autrement.

Mohamed s’est présenté pour être membre de la FAF  en 1997, du temps du président Diabi. Il a été élu, mais lors de la répartition des tâches, on est venu l’informer que des instructions étaient parvenues à la présidence de la FAF pour mettre un autre à sa place. «On m’avait proposé la commission de recours. Par honnêteté intellectuelle et comme je ne suis pas juriste, j’ai refusé. Première réunion. Première démission !»

Mohamed accorde plus d’intérêt à la conversation qu’à l’interview. Et lorsqu’il bute sur un fait que la mémoire lui a confisqué, il donne l’air d’être gêné. Quand on le lui rappelle, son visage s’illumine, puis il raconte, souvent s’émeut de la vérité de la vie captivée par le foot, l’arbitrage. En parlant de ce dernier volet, il aime à dire «qu’il y a de jeunes talents que je suis à travers la presse et la télé. Par exemple Gamouh, il a des qualités avérées. Il faut un suivi. Le mal, c’est qu’il y a certains dirigeants au sein de la CFA qui n’on rien à y faire, d’autres n’ont pas d’expérience !»

«Je ne regrette rien»

L’arbitrage, confesse-t-il, est le vilebrequin du football. S’il n’y a pas d’arbitrage, il n’y a pas de foot. Havelange, qui m’avait félicité, avait toujours accordé un intérêt à notre corporation. Certains pseudo-dirigeants ne sont là que pour déstabiliser l’arbitrage qui est en train de traverser une zone de turbulences. Souvent vilipendés, les arbitres ont la tâche difficile avec des joueurs plus belliqueux, dans des stades où la violence n’a pas encore disparu. Et où l’arbitre est généralement le bouc émissaire le mieux indiqué. Alors que c’est un être humain seul face à sa conscience et à ses connaissances et qui peut naturellement commettre des erreurs !

Mohamed ne manque pas d’adresser sa gratitude aux anciens arbitres qui ont joué leur rôle convenablement malgré des moyens dérisoires. Le foot professionnel chez nous ? Il en parle avec dérision. «Je le considère encore comme amateur, car n’ayant aucune assise solide. Et puis, qu’est-ce que cette décision d’augmenter le nombre de clubs en LI. On n’a pas pu avec 16, on veut encore rajouter deux autres clubs ? N’est-ce pas une fuite en avant ? Quand terminera-t-on le championnant avec toutes les contraintes des dates.»

La corruption ? «Il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs. Il faut les demasquer avec des preuves et les juger». Le VAR ? «Il intervient contre la tricherie de certains joueurs notamment dans la zone de vérité, mais il ne faut pas exagérer dans le temps perdu pour  la consultation et donner le décision finale.»

Le football national ? «Il n’est pas reflété par l’EN qui nous a redonné notre fierté ; j’espère une évolution dans le championnat et l’instauration de la Commission de contrôle et des finances est peut-être un gage pour mieux avancer.

– Parcours

Hansal Mohamed est né le 6 novembre 1947 à Oran. Footballeur, sans faire carrière dès son jeune âge, il s’orienta vers l’arbitrage qui le fascinait, aidé en cela par de vieux chevaliers du sifflet ! Sa carrière a été à la hauteur de son talent, de sa détermination et de son courage. Il a été international pendant des années, officia avec succès des derbies chauds, participé avec honeur aux Coupes du monde et à d’autres manifestations footballistiques de grand prestige. Il a pris sa retraite internationale en 1992 et continue de suivre de près le foot national.


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