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Salah Hanchi. ancien gardien de but du CSC, du moc ET DE L’équipe nationale

«Hormis les Verts, notre foot est à l’envers»

21 novembre 2019 à 9 h 00 min

«Le foot est le reflet de notre société. Regardez bien l’expression d’un joueur sur le terrain. C’est sa photographie dans la vie.» (Aimé Jacquet)

Tout est dans le regard mélancolique, nostalgique, accompagné d’un sourire qui n’est pas seulement de nervosité. Hanchi Salah a sans doute été un grand gardien, parfois contrarié par le destin et les hommes qui ne l’ont pas estimé à sa juste valeur. L’attitude condamnable de certains
dirigeants est passée par là.

D’ailleurs, son parcours parle pour lui. Une telle assiduité et longévité sur la durée sont évidemment trop prégnantes pour être accidentelles. Si les choses ne s’étaient pas passées de façon positive pour lui au plan international, c’est qu’il y a une raison qu’il nous expliquera avec des trémolos dans la voix, avec un goût d’amertume.

Salah Hanchi est né le 27 juillet 1946, à Constantine, où il a fait ses études primaires et l’entame du moyen. «La passion du foot l’a emporté. Nous, les enfants de ‘‘zaoualia’’, on n’avait que ce sport populaire pour nous défouler. En fait, ce n’était pas un ballon, mais des ballons factices, souvent en chiffons, qu’on façonnait, qu’on remplissait parfois de sable et qu’on appelait le sou.

Les surfaces pelées étaient notre terrain de prédilection, surtout à la ferme Ameziane, de sinistre réputation, puisqu’elle servait de centre de torture pour la soldatesque coloniale pendant la guerre de Libération. Moi j’habitais à la rue Ouled Brahim (actuelle rue des Maquisards). Déjà, étant scolarisé, je jouais gardien de but dans la sélection de handball.

Mon ami, le regretté Blame, tenait les bois de l’équipe de foot de l’école. Il y avait des recruteurs du CSC et du MOC qui venaient superviser. J’ai été repéré par un technicien du CSC, dénicheur de talents, en l’occurrence Ammi Mabrouk, coach de boxe, au sein du vieux club constantinois». Salah signera sa première licence en 1963. «En fait, une double licence : à l’ASPTT de Constantine et au CSC simultanément. Pourquoi les postiers ? Parce que mon père Ramdane y exerçait.

Il est tombé malade et j’étais prédestiné à prendre la relève pour subvenir aux besoins de la famille. J’étais détenteur d’une double licence au cours de la même saison sportive. C’était interdit. Je l’ignorais. Finalement, j’ai été qualifié au CSC, en première année junior, catégorie dans laquelle j’ai joué 2 matchs. Lors du 2e match contre le Widad de Skikda, en ouverture des seniors, qui jouaient l’accession, sous la houlette du driver Botella, instructeur à la DGSN de Constantine.

Ce dernier nous a vu évoluer ; il a demandé aux dirigeants de me convoquer pour le match amical programmé en semaine à Khenchela contre l’USMK. C’est là que j’ai commencé, chez les grands (seniors) en gagnant par 1 à 0. Le premier match officiel, c’était contre le Hilal de Chelghoum Laïd, en déplacement. On a gagné 1 à 0. Depuis, j’ai scellé ma place et je suis resté jusqu’à la fin», se souvient-il avec une lueur de fierté dans les yeux.

Du CSC au MOC

De 1963 à 1975, c’est un long bail avec le CSC. Puis c’est la rupture qui est restée en travers de la gorge des milliers de fans, les Sanafir comme on les appelle, considérant ce lâchage comme une trahison. C’est qu’ici à Constantine, on ne le répétera jamais assez, entre le CSC et le MOC, c’est une vieille histoire de leadership, d’amour, d’attration-répulsion entre deux rivaux. Deux clubs phares de la ville et du pays qui se sont toujours regardés sans se voir ! Le départ de Salah chez le frère ennemi est considéré plus qu’une offense, un sacrilège !

Déjà, l’aîné clubiste, ne voyant pas d’un bon œil la venue, le 15 décembre 1939, du petit-frère apparu à l’instigation du cheikh Ben Badis, dont on dit qu’il en a été un fervent supporter, avant de décéder prématurément à quelques semaines seulement de l’avènement du Mouloudia. «Mon départ a été une révolution et ressenti comme une bombe», se souvient-il.

Il en garde un souvenir mitigé, car il n’est pas parti comme ça sur un coup de tête. «La cicatrice est fermée depuis longtemps», précise-t-il, mais impossible d’oublier cette séquence. «J’avais un problème de logement. Marié, père de famille ayant fourni un dossier à l’OPGI.

Après 6 ans, je n’ai rien vu venir du côté du CSC, alors que les dirigeants du MOC m’ont rassuré pour résoudre mon problème familial. J’avais sacrifié 10 ans de ma jeunesse au CSC. Il fallait me sacrifier désormais à ma famille. L’occasion s’est présentée et je l’ai saisie, c’est comme ça que je suis parti. Sans bruit, ni vagues !» Ce changement, au-delà du tintamarre provoqué, Salah l’a vécu sans trop de dégâts, même s’il a dû changer d’ambiance !

«En vérité, l’ambiance au MOC n’était pas différente. Ce sont deux clubs constantinois. A l’époque, il y avait des joueurs qui s’entendaient à merveille. Ceux du Mouloudia, plus jeunes et plus performants sans doute. Qui ne se rappelle des feux follets Gamouh, Krokro, Fendi, Barkat et consorts, au jeu académique et plaisant. Au CSC, le jeu était plus physique avec les Touat, Medilekh, Rouabah, etc. Assurément, les deux styles étaient différents.

Moi, je me suis adapté aux deux sans problème. Mais ma grande satisfaction personnelle, c’est d’avoir des amis des deux côtés, que ce soit au MOC ou au CSC et cela n’a pas de prix ! Je n’ai aucun regret. Si, un seul ! J’ai été sélectionné pendant 7 ans. J’étais donc bon de 1967 à 1975. Mais je n’ai joué en sélection en tout et pour tout que 4 à 5 matchs. Il y a une douzaine de gardiens de but venus bien après moi en équipe nationale. Je citerai Ouchen, Abrouk, Zerga, Krimo, Ounes, mais qui ont eu plein de sélections.

Ce n’est pas mon cas, et je suis convaincu que ce n’est pas un problème de compétence mais de discrimination, voire de régionalisme. J’étais apte à jouer, mais on m’en a empêché et cela je ne peux l’oublier… En 1968, Algérie-Tunisie au 20 Août, on avait perdu 2 à 0, deux buts de Chekroun. En semaine, et en prévision du retour, l’équipe A était opposée à l’équipe B. Un coup franc des 20 m de Saheb Madjid était tellement puissant qu’il a eu raison du pouce du goal Krimo qui s’est fracturé.

On lui a mis un plâtre. Dans les vestiaires, l’entraîneur Lucien Leduc me signifia que j’allais jouer contre la Tunisie. J’étais dans l’équipe type en train de m’échauffer avec mes camarades dans le tunnel lorsqu’Amara, le second de Leduc, a ramené le Dr Mekhalfa pour une injection à Krimo qui, brusquement, ne sentit plus rien et fut titularisé in extremis.» Imaginez dans quel état d’esprit Hanchi allait rentrez chez lui et rejoindre ses camarades de club !

«Au retour, à Tunis, on se préparait à Sidi Moussa, et le car devait prendre la direction de l’aéroport. Le téléphone sonne et Amara semblait répondre aux injonctions venues apparemment d’en haut lui ordonnant de réserver 3 places pour des ‘‘pontes’’ du FLN. Il fallait sacrifier 3 joueurs de l’effectif. Pour ‘‘l’équité’’, on a choisi un de chaque région : Fréha, Achour et moi. On était en plein Ramadhan. On était abattus.»

Celui qui n’avait de goût que pour la victoire lorsqu’il était joueur n’a pas changé, en gardant cette impulsivité et cette détermination qui ont façonné son caractère de gagneur !

L’attaquant qui l’a marqué ? «Indéniablement, Lalmas ; on a commencé et terminé notre carrière au même moment. C’était un grand joueur qui n’a pas eu la chance de s’exprimer dans de nombreux clubs français qui le convoitaient… A côté de Lalmas, j’ai beaucoup d’admiration et de tendresse pour mon idole Benbaatouche du MOC, ainsi que le grand Boubekeur qui auront certainement marqué leur époque !»

Des regrets et des espoirs

Bien qu’éloigné des stades, Salah demeure un observateur attentif et un éternel amoureux du foot, même si la manière de gérer des instances fédérales l’exaspère.

«Le foot, dit-il, est une véritable aventure humaine. Il m’a permis de connaître des hommes formidables, de voyager, d’avoir beaucoup d’amis, que ce soit dans notre pays ou à l’étranger. Les obstacles sur notre chemin, il faut les sauter, sinon on n’avance pas», commente-t-il. Les «creux» de sa carrière, il les évoque en faisant son mea-culpa : «La finale contre le MCO en 1975, on aurait pu la gagner. J’étais l’un des joueurs ayant concouru à la défaite», reconnaît-il.

«Le stade était archicomble. Allahoum, chef du protocole de la Présidence, était venu aux vestiaires en qualité d’émissaire de Boumediène. Il nous a dit : ‘‘Le stade du 5 Juillet est sur un cratère et n’attend qu’une étincelle pour exploser’’. Il m’a fixé des yeux, et j’ai senti qu’il me visait. Il m’a déstabilisé. A la fin, quand on a perdu, j’ai pleuré à chaudes larmes.

Au défilé, à la tribune présidentielle, Boumediène m’a posé la question de savoir pourquoi j’étais dans cet état. ‘‘Vous n’avez perdu qu’une bataille, pas la guerre.

Ressaisissez vous ?’’, m’a-t-il conseillé.  La même posture, au retour du Championnat du monde militaire en Grèce durant le printemps 1971, l’Algérie, pour la 1re fois de son histoire, parvenait en finale contre le pays organisateur à Athènes.

Notre équipe a décidé d’abandonner après avoir marqué un but limpide qui avait transpercé les filets, mais que l’arbitre avait refusé. A Sidi Moussa, pour la réception, on attendait tout de même Boumediène. Il nous a envoyé Bencherif, chef de la Gendarmerie, qui nous a rapporté le message du président : ‘‘Je serai venu à l’aéroport pour accueillir 30 soldats morts au combat mais pas 30 soldats qui abandonnent.’’» Tranchant et sans commentaires.

Bon pied, bon œil

Pour Salah, le football ne peut être géré que par des footballeurs. «A chacun son métier». Il persiste à dire qu’il n’y a pas de professionnalisme chez nous dans le football. Et que c’est du pur bricolage. Il raconte avec cette volubilité qui est la sienne qu’il ne peut côtoyer le milieu footballistique tel qu’il est devenu, pourri, vulgaire et violent et les instances suspectées de partialité.

«Pourquoi interdire à l’USMA ce qu’on accorde au Paradou ? C’est de l’injustice.» Une lueur dans ce tableau sombre. «L’équipe nationale, qui est l’arbre qui cache la forêt, avec un Belmadi qui a su redonner vie au onze national.» Salah est le grand-père de Rami Bensebaïni. A-t-il eu une influence sur lui. «Il s’est construit lui-même. A 8 ans, il suppliait son père de l’inscrire au club. Guillou l’a supervisé et l’a retenu.

Comme il est garçon unique, il a fallu beaucoup d’efforts pour convaincre ses parents. Moi, je lui ai dit, tu aimes ce que tu fais ? Il m’a répondu par l’affirmative. A partir de-là, j’ai compris qu’on ne pouvait le priver de son bonheur. Je n’interfère nullement dans sa carrière. Je le suis de loin. Il a enduré pour arriver, en faisant tous les sacrifices inhérents à cette belle mais redoutable aventure !»

Parcours

Naissance à Constantine en 1946. A joué au CSC où il s’est affirmé avant de larguer les amarres et rejoindre le club rival du MOC. A eu une carrière bien remplie, bien que déçu par son passage en équipe nationale.

Il continue d’observer le football national à distance en fustigeant certains plateaux de télévision, fossoyeurs de la balle ronde, selon lui. Salah est marié, père d’une fille et de deux garçons, dont l’un est gardien de but. Il est grand-père de 5 petits-enfants.


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