Khatib Youcef (Si Hassan). Chef politico-militaire de la Wilaya lV historique : Footballeur, médecin, maquisard et défenseur de la mémoire | El Watan
toggle menu
lundi, 08 mars, 2021
  • thumbnail of elwatan07032021




Khatib Youcef (Si Hassan). Chef politico-militaire de la Wilaya lV historique : Footballeur, médecin, maquisard et défenseur de la mémoire

04 février 2021 à 10 h 00 min

La vérité première, devant régler les rapports d’entre les hommes, est la justice et non la mémoire.

Chaleureux et courtois, Si Youcef (Si Hassan, son nom de guerre) nous reçoit dans son quartier général, la Fondation de l’ancienne Wilaya IV historique, qu’il a créée en 2000 avec quelques rescapés, maquisards, qui étaient sous ses ordres pendant la lutte de libération.

Khatib, en arabe veut dire orateur. Un patronyme, dont il s’enorgueillit, mais il laisse le soin à d’autres, plus doués, de s’adonner à cet art de la parole et de haranguer les foules.

Sage, discret, avec un mélange de simplicité et de décontraction, il déroule, pour nous, son parcours, qui est loin d’être ordinaire. Au lieu donc des envolées oratoires et des discours enflammés, calmement, méthodiquement et sans les brûler, il nous retrace les principales étapes de sa vie. De son enfance, il a gardé le goût de la famille et des valeurs ancestrales.

Cette manière qu’il a de balancer son parler vrai, avec assurance, trahit son indépendance par rapport aux chapelles, quelles qu’elles soient. Ce qui joue, en sa faveur, c’est qu’il n’est préoccupé par aucune prétention ni ambition, encore moins enfermé dans un carcan politicien. Son seul souci est pour la patrie, et il l’a amplement démontré pendant les années de feu.

L’histoire malmenée

La question d’actualité, sur la guerre des mémoires et le rapport de l’historien Stora, l’agace, en ce qu’elle a suscité de réactions déplacées et soulevé de passions exacerbées.

Les gens ont-ils saisi que ce rapport ne s’adresse pas à nous, mais aux Français. Je ne comprends pas ce flot de commentaires autour d’un document commandé par le président français à un historien français, qui a certes beaucoup écrit sur l’Algérie. Mais dans ce cas, c’est une affaire franco-française.

Pour moi, il n’y a pas de guerre des mémoires, comme on le rapporte ici et là. Au lieu de se fixer sur Stora, on aurait mieux fait de s’interroger sur la place du récit national dans notre histoire, notamment celle de la lutte de libération, et le rôle de nos historiens.

Car, en plus du fait que la plupart des faits liés à la guerre d’Algérie ont été rédigés par des historiens français, avec toute la partialité qu’on imagine, nous, nous avons séquestré notre propre histoire depuis l’indépendance. Les archives officielles sont inaccessibles. C’est un véritable parcours du combattant qui se termine toujours par des déceptions.

Comment voulez-vous qu’on puisse écrire notre histoire sous un tel ostracisme ? Du temps du président Boumediène déjà, on avait proposé une commission nationale pour l’écriture de notre histoire, mais sans suite, car le pouvoir en place n’en voulait pas. Il s’avère que tous ceux qui lui ont succédé ont fait de même.

Ce vide a été exploité par le tout- venant pour écrire n’importe quoi. Tout le monde aura compris que les archives renferment des vérités qui peuvent démasquer des faussaires et des imposteurs, qui se sont construits des gloires indûment.

C’est en cela qu’elles dérangent. A ce sujet, je vais raconter une anecdote. Tout le monde a vu le premier défilé de la Wilaya IV, de Kouba, jusqu’a Sidi Fredj, à l’occasion de la Fête de l’indépendance que l’INA (archives françaises) avait filmé. Le documentaire, qui passait à la télé et lors de l’entracte dans les salles de cinéma, montrait les chefs de la Wilaya IV sur des jeep, suivis par des centaines de djounoud marchant sur Sidi Fredj.

C’est une archive d’importance. Quand on est allés récupérer la cassette, quelques années plus tard, à l’ENTV, on a constaté, à notre grand regret, qu’elle a été largement charcutée.

La séquence des chefs Khatib et Bouregaâ a été censurée ! Il n’y avait plus que les soldats qui paradaient. C’est comme ça que les adeptes de la gomme et des ciseaux écrivent l’histoire, qui, du reste, ne semble pas avoir les faveurs de nos historiens, qui sont avares de productions et qui n’ont jamais mis les pieds ni contacté la fondation qui existe depuis 2000, se désole Si Youcef.

Sur un ton las et désabusé, Si Youcef s’insurge contre ce gâchis, qui nuit non seulement aux acteurs mais à la nation tout entière. Car, sans passé, il n’y a pas d’avenir, rappelle-t-il. «Personnellement, et par honnêteté intellectuelle, je ne peux m’engager dans l’histoire d’avant 1954.» Après cette date, il y a eu profusion d’écrits, mais l’histoire de la Révolution reste occultée, parfois sélective. A notre niveau, et face au vide constaté, nous avons été amenés à créer la Fondation de la Wilaya IV historique.

Bien qu’on ne soit pas historiens, ni ne voulons nous substituer à eux, nous avons fait de notre mieux, pour enregistrer les témoignages faute d’archives. C’est ainsi qu’on a pu recueillir des témoignages individuels et collectifs pour connaître la vérité sur chaque événement C’est une matière brute à ne pas négliger.

Le plus regrettable, c’est que les relations avec l’université sont quasi nulles et que nous sommes submergés par des ouvrages d’histoire nous concernant, faits par des Français dont la plupart sont connus pour leur partialité et leur parti pris. Nos historiens sont peu nombreux et on accuse un retard considérable dans ce domaine. Il faut agir vite si on ne veut pas perdre ce legs mémoriel qui impacte le passé mais aussi le présent et l’avenir de la nation.

De l’amphi au maquis

Après des études secondaires, studieuses, couronnées par l’obtention du bac, Youcef est à la faculté d’Alger durant l’année 1953/54, où il prépare physique, chimie, biologie (PCB). Ils étaient 10 Algériens sur 100.

«Mon ami et camarade d’amphi  Medjaoui Abdelalim est parti à Oran en octobre 1955, d’où il est revenu avec le Dr Nekkache. C’est là qu’on a crée une cellule FLN, avec Nefissa Hammoud, Benouniche, Smail Boudema, Medjaoui et moi-même. On se préparait pour aller au maquis, à travers des stages accélérés d’infirmerie et de petite chirurgie. Avec Medjaoui, on était prêts pour le djebel. Le 19 mai 1956, on était favorables à la grève. On avait tenu la première réunion au cercle du progrès, siège des oulamas et la seconde à la Robertsau.» C’est de là que Youcef a quitté les amphis pour les djebels.

Au maquis, dès 1956, Youcef s’est chargé du volet sanitaire, avant d’occuper, en 1959, la direction politico-militaire de la wilaya 4, dont bon nombre de ses éléments étaient des lycéens et des étudiants.

Son regard bleu se glace lorsqu’il évoque le Congrès de Tripoli (dont la séance est encore ouverte), qui s’est déroulé dans la discorde et la violence. C’est là où la division a éclaté au grand jour. Les Wilayas I, V et VI ont fait allégeance à Ben Bella, les Wilayas II et III ont suivi le GPRA, et la Wilaya IV ? On est restés neutres, bien que Bencherif, qui nous représentait, a pris une position personnelle. Nous avons tenté de concilier les deux parties.

Personnellement, je me suis déplacé à Rabat pour calmer le jeu. En présence de Benbella, Khider avait juré : «On prendra le pouvoir, quel qu’en soit le prix.» A son retour du Maroc, la Wilaya IV a pris l’initiative de réunir les autres wilayas, le 20 juillet 1962, à Chlef. En plus de ma personne (Wilaya IV), il y avait Tahar Zbiri (Wilaya I), Salah Boubnider (Wilaya II), Mohand Ouelhadj (Wilaya 3), Si Othmane (Wilaya V) et Mohamed Chaabani (Wilaya VI).

Malgré deux jours de débats, on n’a pas réussi à trouver un consensus. La Wilaya IV est restée fidèle à sa neutralité. Elle a libéré Alger, où les résidus de l’OAS activaient toujours, peu avant le 5 juillet où nous avons défilé en force de Kouba jusqu’à Sidi Fredj.On a neutralisé la capitale pour faire comprendre qu’elle appartient à tous les Algériens.

Pour cette célébration, nous avons invité toutes les Wilayas.Seules les Wilayas II et III y ont assisté. A Sidi Fredj, lieu symbolique et signal fort, nous avons détruit la stèle des colons qui s’y trouvait et on a hissé le drapeau national. C’est Mohand Ouelhadj qui s’est chargé de cette tâche eu égard à son statut de doyen. Quelques mois après, j’ai repris mes études de médecine en 1963, en 3e année, après examen. J’étais membre du bureau politique du FLN.

A ce titre, j’avais défendu le cas de mon ami Medjaoui, arrêté pour ses activités clandestines au PAGS. J’ai réussi à le sortir de la prison de Blida. J’ai terminé mes études le 13 juillet 1967. Après le 19 juin 1965, je siégeais au secrétariat exécutif du parti avec Salah Boubnider, Mohand Oulhadj, Cherif Belkacem et Tayebi Larbi, mais ça n’a pas marché.

Ça ne pouvait marcher. Il y avait trop d’intrigues et Boumediène ne voulait plus de cette structure. Il nous a réunis pour donner notre avis sur le parti. C’est là où il m’a proposé le poste de ministre de la Santé. J’ai refusé car je n’ai pas fait la révolution, pour être ministre. Ma place est à l’hôpital, avais- je répondu.

Youcef a fait spécialité chirurgie au CPMC, aux côtés du professeur El Okbi, puis a changé de cap, en optant pour la gynéco-obstétrique à Parnet avec le professeur Val et Mme Laalam, notamment. «Le 14 décembre 1967 a eu la tentative de renverser Boumediène par Zbiri. La rumeur courait avant. Des membres du Conseil de la révolution, dont Mohand Ouelhadj, Boubnider et moi-même sommes allés voir Zbiri pour connaître ses intentions, mais il ne nous a pas fait confiance.

C’est Bouregaâ qui l’a fait fuir à Bouzaréah.» Le putsh avorté, presque tous les membres de la Wilaya IV ont été arrêtés. A notre procès devant la Cour de sûreté de l’Etat, qui s’est tenu en 1968 à Oran, on nous a considérés comme des complices ayant trempé dans cette tentative de renversement du pouvoir.

La Cour, composée du colonel Abdelghani (président), Draia Ahmed (procureur) et Mohamed Touati (juge), m’a infligé une résidence surveillée à In Salah, jusqu’en 1972. Au lendemain de mon arrivée dans cette région où l’on suffoque de chaleur, j’ai rejoint l’hôpital d’In Salah. Peu de temps après, et comme il n’y avait pas de chirurgie dans cette structure, j’ai demandé à exercer à l’hôpital de Ouargla. A ma sortie, en 1972, j’ai choisi l’hôpital de Tiaret.

Une année après, j’ai ouvert un cabinet dans la même ville. En 1977, profitant de la fin du Zoning imposé aux médecins à Alger, je me suis installé à la rue Didouche Mourad, jusqu’a ma retraite. En octobre 1993, on m’a appelé pour diriger la Commission de dialogue national débouchant sur la Conférence nationale que j’ai présidée les 24 et 25 janvier 1994. Il y a eu la création du Conseil national transitoire. La conférence devait désigner, en son sein, le président de l’Etat par consensus.

Au 2e jour de la Conférence, quelqu’un est venu me chuchoter à l’oreille que Bouteflika etait déjà désigné en attendant d’être plébiscité par applaudissements par la Conférence. Chose que j’ai refusée. En leur disant, s’il vient, moi je sors et je quitte les lieux. Vous avez un vice-président, vous n’avez qu’à le désigner pour continuer. C’est ainsi qu’ils ont procédé, faute de consensus, au changement sur place d’un article de la Plateforme donnant pouvoir au Haut Conseil de sécurité de désigner le chef de l’Etat, en la personne de Liamine Zeroual.

Un défenseur très doué

Avant de manier le scalpel, Youcef se distinguait dans le sport. A El Asnam, Youcef était un brillant footballeur, promis à un bel avenir. «J’étais junior à l’ASO, les dirigeants du GSO (club huppé qui évoluait en division supérieure), m’ayant remarqué, sont venus voir mon père pour me recruter. Mon paternel ne pouvait que s’exécuter, de peur de représailles, en cas de refus. C’est, comme ça, en étant junior, j’ai évolué en seniors, en coupe d’Afrique du Nord.

A cette époque, au début des années cinquante, j’étais encore interne à Alger, précisément, au lycèe Bugeaud. Je me souviens que j’ai pris le train d’Alger pour rejoindre l’équipe qui m’attendait à la gare d’Orleansville afin de continuer le voyage ,jusqu’à Casablanca, où on a affronté et battu le Widad local, en quart de finale, avec ses vedettes Chtouki, Driss, Abdeslam, notamment, par 3 à 1.

En demi-finale, nous avons éliminé l’autre club de Casablanca, le RAC par 2 à 1. Mais, nous avons échoué, en finale (1/2) face à l’Esperance sportive franco-musulmane de Guelma, qui carburait fort, avec les frères Adda, Hassani et autres.

Je n’ai pas joué, ce match car j’avais une blessure à la cheville. J’ai encore, des souvenirs vivaces de nos rencontres épiques face au FC Blida qui rayonnait avec son buteur Meftah. Contre ce club, l’émotion était garantie. C’etait un derby explosif avec des acteurs de talent des deux côtés. J’évoluais au poste d’arrière central. J’aimais bien ce poste stratégique, car je dominais tout le monde. Cela me permettait de superviser et d’avoir une emprise sur le jeu.»

PARCOURS

Youcef est né le 19 novembre 1932 à El Asnam (Chlef). Issu d’une famille nombreuse de 4 filles et 7 garçons, dont il est le troisième, son père Ali était artisan menuisier.

Comme ce métier ne rapportait pas, il est entré dans l’administration. Youcef a fait ses études à l’école Lallemand 1, rue de la République, au cœur d’El Asnam, puis le collège moderne, avant de rallier le lycèe Bugeaud à Alger en tant qu’interne. Il réussira sa première partie du bac. La seconde, il la décrochera en 1951 à Montpellier avec mention assez bien.

Il participe activement à la grève de Mai 1956 en tant qu’étudiant de médecine. C’est de là qu’il rejoint le maquis où il s’occupe du sanitaire 1956/58 avant de prendre la direction politico-militaire de la Wilaya IV.

Après l’indépendance, il a poursuivi ses études pour devenir médecin spécialiste en 1967. A cette date, et à la suite de la tentative de coup d’Etat, il est accusé avec la majorité des éléments de la Wilaya IV d’être dans le coup.

Il est mis en résidence surveillée à In Salah jusqu’à 1972. A sa sortie, il exerce en tant que médecin à l’hôpital de Tiaret puis ouvre un cabinet dans cette ville avant de le déménager à Alger où il continue son métier jusqu’à sa retraite. Si Youcef est âgé aujourd’hui de 88 ans.


Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!